Médaillée dès son plus jeune âge lors des championnats de France cadet, Alexandra PAILLOT gravit les échelons peu à peu, décrochant de précieux métaux lors des championnats européens en juniors et jeunes cavaliers. L’année 2015 marque cependant un tournant dans sa carrière puisqu’elle est sacrée championne de France Pro-Elite, lui ouvrant les portes des plus beaux concours français. Double médaillée lors des derniers Jeux Méditerranéens, la cavalière tout juste âgée de trente ans fait un point avec Jump’inside sur sa carrière.

Parle-nous un peu de ton parcours équestre.

« Tout ça vient de mon père qui était cavalier et qui montait en concours hippique mais en tant qu’amateur, et je crois que c’est lui qui nous a transmis la passion des chevaux, c’est un virus familial. J’ai eu la chance de monter chez Eric LAMAZE, et c’était une expérience extrêmement enrichissante. Je devais rester deux semaines et je suis restée presque deux ans. Eric est quelqu’un de qui on apprend beaucoup, il est extrêmement généreux, il m’a beaucoup apporté. Je dirais qu’il m’a appris à vraiment être plus autoritaire à cheval, bien plus compétitive. Ça a vraiment été un tremplin pour moi de pouvoir aller là-bas, c’était ma première expérience dans une écurie professionnelle donc j’ai appris toutes les facettes du métier : que ce soit les soins des chevaux (il avait les meilleurs grooms du monde), le management des écuries… J’ai aussi beaucoup appris en regardant Tiffany FOSTER avec qui il travaille, c’est une véritable inspiration pour moi. »

Encore félicitations pour tes superbes performances aux Jeux Méditerranéens, peux-tu revenir sur ce championnat ?

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« C’était une très belle expérience, on avait une super bonne équipe avec Félicie BERTRAND, Titouan SCHUMACHER et Pierre-Alain MORTIER. C’était intéressant de pouvoir participer à un championnat et ça s’est très bien passé avec cette médaille par équipe et en individuel (toutes deux en argent, ndlr). On avait une très bonne ambiance avec l’équipe, tous les chevaux ont bien sauté, c’était un super beau souvenir. J’avais déjà participé à une Coupe des Nations avec Titouan au Maroc, avec Pierre-Alain j’avais fait des championnats d’Europe jeunes cavaliers, il y avait juste Félicie que je connaissais moins bien. Au final, on avait déjà tous plus ou moins de l’expérience ensemble.

C’était mon premier championnat international en tant que senior : j’avais participé à des championnats d’Europe juniors et jeunes cavaliers, donc c’était intéressant de pouvoir sauter un championnat senior qui est moins gros que les championnats d’Europe ou du monde, mais où il y a tout de même ce format de championnat et la pression. C’était une première marche vers les championnats seniors ! »

Que penses-tu de ces compétitions en équipe dans un sport individuel tel que l’équitation ?

« Je crois que ce sont les meilleures épreuves, c’est là où on a le plus d’adrénaline, ce sont des épreuves que j’apprécie beaucoup. On se connait tous plus ou moins et les nouveaux venus en équipe de France comme moi sommes toujours bien accueillis par ceux qui ont plus d’expérience. Je trouve qu’il y avait eu une bonne ambiance et on se sent tous bien. »

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Alexandra Paillot et Tonio La Goutelle dans le Grand Prix de Dublin © Marie-Juliette MICHEL / Jump’inside

Peux-tu nous présenter ton piquet de chevaux ?

« J’ai donc Polias de Blondel avec qui j’ai gagné les championnats de France Pro-Elite. Il a quinze ans maintenant donc il saute un peu moins que les autres, il a déjà beaucoup donné.

Tonio la Goutelle est un cheval que nous avons acheté quand il avait six ans, donc c’est d’autant plus gratifiant de voir sa progression et de l’avoir formé quand il était jeune et qu’il atteigne aujourd’hui le niveau des Grands Prix. Je n’ai jamais pensé que c’était un cheval pour faire ce type d’épreuve : je pensais que c’était un très bon cheval mais plutôt pour les épreuves de vitesse à 1.45m. Depuis l’année dernière, grâce à Philippe GUERDAT qui m’a un peu poussé pour le mettre sur des épreuves plus grosses, il a monté d’un cran. Pour l’instant il ne cesse de me surprendre, il est vraiment génial !

J’ai une autre jument qui est ma jument de tête avec lui maintenant, Lumina et qui a participé aux deux grosses épreuves à Dublin. On l’a achetée quand elle avait huit ans, elle faisait des petites épreuves en Allemagne et je ne m’attendais pas non plus à ce que ce soit une jument de Grand Prix. Elle a beaucoup de force, un très bon mental donc c’est vraiment une chance d’avoir un cheval comme ça dans son piquet. Lumina a pas mal d’expérience sur l’herbe, elle avait sauté à Calgary l’année dernière, qui est un concours assez impressionnant.

J’ai aussi Pembroke qui est un huit ans que j’ai acheté l’année dernière quand il avait sept ans. Je pense que ça va être un très très bon cheval : à Dublin il est directement allé sauter 1.45m sur la grande piste en herbe sans rien regarder, et il a été très bien les trois jours. »

Tu étais justement cet été au CSIO de Dublin, un concours mythique, qu’en as-tu pensé ?

« C’est un concours que je regarde depuis que je suis petite à la télé. C’était un vrai rêve pour moi d’y sauter, donc j’étais tellement contente quand j’ai appris à la dernière minute que je pouvais venir. La majorité des cavaliers le compte parmi leurs concours préférés, et je comprends pourquoi : c’est incroyable ! On sent vraiment le côté traditionnel, l’ambiance est incroyable et les Irlandais sont vraiment chaleureux. Je n’ai jamais vu ça ! Il y a du monde partout, même sur la petite piste en sable à côté on entend des gens hurler, derrière la grande piste il y a les pistes de présentation avec les trois ans… Il y a de tout ! »

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Alexandra Paillot et Pembroke au CSIO de Dublin © Marie-Juliette MICHEL / Jump’inside

Tu as aussi eu la chance de participer à la tournée de Wellington lors de tes séjours aux Etats-Unis.

« Cette tournée dure trois mois, il y a des épreuves tous les jours, toutes les semaines et ça va très vite ! Il y a beaucoup d’argent donc le niveau est assez élevé. La seule différence peut-être avec l’Europe c’est qu’il y a des amateurs qui participent au Grand Prix avec des très bons chevaux. »

 Que penses-tu de circuits tels que le Rolex Grand Slam ou le Global Champions Tour ?

« Quand on participe à un concours comme Dublin, l’ambiance n’a rien à voir avec un concours du Global qui est beaucoup plus aseptisé, un peu la même chose toutes les semaines, même s’il y a des lieux exceptionnels et mythiques comme Chantilly. Le Rolex Grand Slam est un circuit qui fait rêver, ils ont les plus beaux concours du monde avec les meilleurs publics. Pouvoir participer ne serait-ce qu’à une étape, comme à Calgary, c’est vraiment un rêve. »

 En tant qu’ancienne championne de France Pro-Elite, que représente ce championnat pour toi ?

« Pour moi c’est vrai que cela a été un vrai tremplin, ça m’a ouvert beaucoup de portes : j’ai eu des sélections dans des concours auxquels je n’aurais jamais pu participer si je n’avais pas gagné le championnat. Pour un cavalier avec peu d’expérience comme moi c’est un vrai tremplin, et je pense que pour un cavalier plus expérimenté qui fait du CSI 5* tous les week-ends, ça reste quand même un titre qui demeure important dans une carrière. »

Propos recueillis par Marie-Juliette MICHEL.