De nombreux concours cette année se sont révélés difficiles tant pour les cavaliers que leurs montures, et auront tenu le public en haleine jusqu’au dernier moment. On se souvient ainsi des Grands Prix Hermès et du Paris Eiffel Jumping, ou bien encore le Grand Prix 5* de Dinard où seuls deux parcours sans-faute sont réalisés. Le circuit Coupe du Monde n’échappe pas à ce nombre bas de parcours parfaits puisque récemment l’étape londonienne n’aura vu que quatre cavaliers terminer sans faire tomber une barre. Il n’y a pas de doute que le niveau attendu dans le jumping devient de plus en plus élevé et que les parcours ne cessent de se compliquer. Ainsi, Lorenzo DE LUCA et Olivier PHILIPPAERTS se sont penchés sur le sujet pour Jump’inside !

Pourquoi les parcours de Grand Prix sont-ils de plus en plus difficiles ?

Lorenzo DE LUCA : « Le niveau devient de plus en plus élevé chaque semaine et chaque année tout devient plus difficile. Les chevaux sont meilleurs et quant aux cavaliers, il n’y avait auparavant que les Américains et les Européens, alors que maintenant tout le monde monte mieux et achète les bons chevaux. Le sport se développe très rapidement. Nous avons de très gros Grands Prix avec toujours de nombreux sans-fautes au haut niveau mais il faut garder en tête qu’il est difficile de construire un bon parcours, gros et délicat. Je pense qu’ils vont commencer à changer les règles et qu’ils devront prendre en compte tout cela avec les chefs de piste, le niveau ne doit pas augmenter en permanence avec des oxers de plus en plus larges. Je pense qu’il faut que tout le monde discute de cela, que l’on se rende compte des différences et que l’on pense vraiment à la direction que prend notre sport.

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J’ai bien sûr ressenti cette évolution au fil du temps, cela devient plus difficile et plus intense chaque année. De plus, avant il y avait moins de 5* et maintenant il y en a chaque semaine donc si vous n’avez pas beaucoup de chevaux de Grands Prix vous devez bien gérer et rester à la maison quelques semaines pour laisser vos chevaux souffler. Vous ne pouvez plus sortir avec un cheval à 80% de sa forme, vous devez avoir un cheval prêt à 100% parce que le niveau est bien trop élevé.

Tout devient plus gros et c’est encore plus difficile dans des pistes comme celle du Saut Hermès qui était très petite et le parcours était peut-être trop dur. Mais à la fin du Grand Prix tout le monde en avait discuté et je pense qu’ils ont pris cela en considération. Comme je l’ai dit, il est difficile pour un chef de piste de construire chaque semaine un parcours difficile et novateur. Je ne pense pas qu’un parcours trop difficile vienne ruiner un concours. C’est un métier compliqué que d’être chef de piste donc si nous cavaliers faisons des erreurs, eux aussi peuvent en faire. Ils savent ce qu’ils font et font de leur mieux, ce sont des professionnels.

Je n’ai pas fait beaucoup d’étapes Coupe du Monde cette année mais je suis cela chaque semaine et je vois de gros obstacles. Des fois de la chance suffit pour que le chef de piste n’ait qu’une dizaine de sans-fautes mais des fois même avec des parcours difficiles il y en aura vingt. Peut-être qu’un léger changement au niveau du temps imparti, quelque chose comme ça devrait être considéré au lieu de mettre des obstacles plus gros et plus larges. Le parcours peut être technique et quand vous devez rentrer dans le temps accordé, vous devez monter un peu différemment et les fautes peuvent arriver sans qu’elles soient mauvaises.

Nous avons deux systèmes différents avec le Global où les dotations sont élevées et tout est très concentré sur le Grand Prix. Dans les Coupes des Nations, elles ont déjà lieu le deuxième jour donc je pense que les parcours sont toujours un peu plus faciles que le Grand Prix parce que les chevaux doivent sauter deux fois la même chose ce qui leur en demande beaucoup. Les systèmes sont différents : dans le Global le Grand Prix est central et les épreuves qualificatives sont déjà grosses mais les parcours de Coupes des Nations sont aussi très excitants. Cependant les concepts demeurent distincts.

Le parcours idéal pour moi est de ne pas avoir un temps trop long, pas de parcours trop gros mais qui reste délicat : dans ce cas-là les chefs de piste font du bon travail. Il faut pouvoir avoir des fautes un peu partout et que ça ne mette pas trop les chevaux à l’effort. On a déjà vu de mauvaises fautes, des barres qui n’auraient pas dû tomber dans notre sport, quand un cheval fait une barre ça devrait être suite à une faute légère et pas une mauvaise. Bien sûr, la santé des chevaux doit être la priorité pour les chefs de piste, ils ne doivent pas créer quelque chose de fou mais plutôt quelque chose de technique. Maintenant le matériel utilisé pour les obstacles est très délicat et simplement mettre un double de verticaux de palanques est suffisamment compliqué pour que les chefs de piste n’aient pas à trop se torturer les méninges.« 

Au Saut Hermès 2017, Edwina TOPS-ALEXANDER avait fait partie des trois parcours sans-fautes © Scoopdyga / Pierre COSTABADIE

Olivier PHILIPPAERTS : « Il faut d’abord prendre en compte le fait que le sport a toujours été en constante évolution. Cela fait maintenant six ou sept ans que je suis dans le sport de haut niveau et le changement ne s’arrête pas. Je pense même qu’il va devenir plus difficile dans les quelques années à venir mais je pense que ce phénomène est général et s’applique à tous les sports et pas seulement le saut d’obstacles ou l’équitation. Tous les sports évoluent et trouvent de nouvelles choses, et je pense que c’est un aspect positif du sport.

A mon avis cette augmentation du niveau de difficulté se doit au fait que tout devient beaucoup plus professionnel. Je pense que maintenant nous faisons en sorte que tout soit fait du mieux possible, que l’on s’occupe de tout au mieux avec les meilleurs entraînements. Tout le travail est beaucoup plus approfondi et fait plus en détail ce qui justifie les meilleurs résultats que l’on peut avoir.

Il est certain qu’une certaine sélection se fait avec cette difficulté, les meilleurs concours avec les meilleures dotations attirent les meilleurs cavaliers, il n’y a pas de doute. D’un autre côté, je pense également que monter dans le Global est un moyen de donner des opportunités à de plus jeunes cavaliers. La Global Champions League par exemple incluet vingt-cinq cavaliers ce qui est quelque chose de bien pour le sport et permet à une génération plus jeune de se développer dans le saut d’obstacles.

Les difficultés ne sont pas les mêmes sur le Global Champions Tour ou sur le circuit Coupe des Nations, mais si vous prenez des Grands Prix et Coupes des Nations comme à La Baule ou Rome, ce sont des parcours très difficiles où il y a peu de sans-fautes. Cependant, je pense que les parcours des Coupes des Nations sont toujours un peu moins compliqués que ceux des Grands Prix et c’est pour cela qu’il y a plus de parcours sans pénalité.

Je me suis rendu compte de la difficulté du parcours du Grand Prix Coupe du Monde de Londres quand je l’ai marché à la reconnaissance. Je me suis dit qu’il y aurait peut-être environ huit parcours sans-fautes et il n’y en a eu quatre au final. C’était une grosse épreuve mais je dois dire qu’elle était bonne, le parcours était bien construit et on peut dire que le chef de piste a fait un bon travail.

J’ai terminé deuxième dans le difficile Grand Prix du Paris Eiffel Jumping 2017. Il est toujours compliqué de savoir à l’avance ce que le parcours va donner, des fois vous savez que ça va être une grosse épreuve mais au final vous avez tout de même huit ou neuf parcours sans qu’une barre ne tombe, et des fois vous vous dites que ça va aller alors que finalement vous n’en avez que trois. Il est toujours compliqué de juger et de se faire une idée exacte de la difficulté du parcours, vous devez toujours attendre de voir comment ça se passe une fois sur la piste et comment les chevaux réagissent.« 

Olivier PHILIPPAERTS et H&M Legend of Love, deuxièmes du très difficile Grand Prix du Paris Eiffel Jumping 2017 © Scoopdyga / Pierre COSTABADIE

Propos recueillis par Marie-Juliette MICHEL.