Faire ses premiers pas (ou plutôt premières foulées) à cheval n’est pas le plus compliqué : les centres équestres ne manquent pas en Europe ! Les difficultés peuvent cependant apparaître plus tard, lorsque l’équitation ne demeure plus un simple loisir mais se profile comme un metier : faut-il mieux rester chez soi ou faire ses valises et changer de pays, voire de continent et tout (re)construire ? Il est en effet plus que fréquent aujourd’hui de voir des cavaliers sortir de leur zone de confort à la poursuite de nouvelles opportunités. Certains sont restés chez eux, d’autres ont choisi de quitter leur pays d’origine pour leur carrière : Bertram ALLEN, Douglas LINDELÖW, Denis LYNCH et Margaux ROCUET nous ont fait part de leurs expériences sur le sujet !

Faut-il partir de chez soi pour réussir à haut niveau ?

Bertram ALLEN : « Oui je pense qu’il est nécessaire de déménager parce que c’est assez difficile de faire tous les concours depuis l’Irlande, pour ma part. C’était vraiment pour la localisation que j’ai déménagé en Allemagne et être ainsi plus proche des gros concours. Je connaissais déjà des personnes là-bas et ça semblait être un bon endroit, j’y étais d’ailleurs déjà avant de participer à la Rolex Academy. Ça n’a pas été trop difficile de trouver des écuries, on a réussi à trouver un bel endroit et nous y sommes toujours sept ans plus tard.

bertram allen molly malone
© Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE
Publicité

Ça a été un peu compliqué de s’habituer à vivre dans un autre pays, je n’avais que seize ans mais je savais que je devais être là-bas en Allemagne pour faire tous les concours. C’est une décision qui a été collective, avec ma famille nous avons pensé que c’était la meilleure chose à faire. Mon petit frère (Harry ALLEN, ndlr) est lui aussi en Allemagne depuis quelques mois maintenant ! Je n’ai pas vraiment pensé à avoir une base aux Etats-Unis et une autre en Europe comme certains, je pense que le mieux est l’Europe et je veux donc rester en Europe.

Je pense que c’est très important d’être entouré d’une bonne équipe, d’avoir les bonnes personnes, des personnes en qui vous pouvez avoir confiance. Il faut des personnes calmes qui font un bon travail avec les chevaux et je suis chanceux d’avoir une bonne équipe. Aussi, la plupart des gens qui travaillent avec moi sont là depuis un moment déjà donc ils savent tous comment tout fonctionne et ils connaissent tous mes chevaux. »

Douglas LINDELÖW : « Je ne pense pas qu’il faille forcément déménager, changer de pays pour réussir à haut niveau, j’aime la Suède et nous avons une jolie ferme avec beaucoup de terres. Ce n’est pas facile de trouver de telles écuries en Europe centrale comme ce que j’ai en Suède, nous avons beaucoup de chevaux et nous essayons toujours de les faire sortir au pré, etc… Bien sûr l’Europe centrale est plus proche des concours mais je ne suis pas si mal que ça en fait, je me rends sur tous les concours en un ou deux jours. J’ai déjà pensé à partir, la solution serait éventuellement de louer des écuries et de laisser les chevaux qui feront les meilleurs concours au centre de l’Europe et garder les plus jeunes à la maison en Suède.

douglas lindelow zacramento
© Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Je suis avec ma mère, nous gérons les écuries et nous sommes propriétaires des chevaux et du terrain. Ca a été pour moi d’une grande aide et je devrais même dire crucial d’avoir une personne comme ma mère pour tout gérer : ça m’allège d’une grande charge de travail. Ce qui est important chez les personnes qui travaillent avec nous aux écuries est leur état d’esprit. A vrai dire nous sommes constamment avec les chevaux, tout peut arriver, un cheval peut être malade, en concours les journées peuvent être longues… Je pense donc que la mentalité et la volonté de faire le mieux pour le cheval sont les choses les plus importantes. Vous pouvez toujours apprendre et vous adapter à un nouveau système, et si vous êtes prêts à fournir le travail nécessaire ça ira dans tous les cas.

Les concours nationaux en Suède sont d’un assez haut niveau avec de bons concours et de bons terrains. Ce que nous n’avons pas, c’est les concours internationaux plus intermédiaires tels que les CSI 2* ou 3*, ce qui est un peu un problème parce que tout dépend beaucoup du classement mondial pour obtenir des invitations sur les gros concours. C’est pour ça que je dois toujours voyager en Europe centrale pour faire les grosses compétitions internationales, donc c’est le principal souci d’être en Suède, mais pour travailler les jeunes chevaux, jusqu’à sept ou huit ans on n’a pas de problème de ce côté-là. »

denis lynch cavalier irlandais
© Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Denis LYNCH : « C’est bien d’être basé en Europe mais nous avons aussi des concours dans le monde entier maintenant. L’endroit où je suis est près d’Aix-la-Chapelle en Allemagne, proche des aéroports. Ce n’est pas très loin pour les chevaux et c’est pour moi quelque chose d’important. Je suis parti d’Irlande quand j’avais dix-huit ans, et je voulais aller de l’avant et pour ça dû faire des sacrifices, quitter ma famille et mes amis. Je savais que c’était la seule façon de progresser et c’est pour ça que je l’ai fait. J’ai été très chanceux quant aux personnes avec qui j’ai pu travailler pendant toute ma vie jusqu’à ce jour. J’aime évidemment les personnes qui ont une bonne éthique de travail.

J’ai eu une très bonne opportunité la saison dernière de monter des chevaux de Ruschy MARSCH qui a des écuries à Wellington. C’est bien sûr une super chance là-bas et j’y ai fait quelques concours, j’en suis vraiment très très reconnaissant. Les chevaux sont basés à Wellington, il y a des écuries là-bas et cinq chevaux s’y trouvent. Je passe donc un peu de temps là-bas et après je reviens ici pendant l’été mais évidemment je suis revenu quelques semaines entre temps, comme pour Göteborg par exemple. Il y a une différence entre les concours américains et européens mais on s’y habitue, ce n’est pas un problème : c’est la même chose une fois en piste.

Voyager revient en fait à apprendre, tout le temps apprendre. Vous faites face à de nouvelles cultures et vous rencontrez différents types de personnes donc je suis en train d’apprendre et j’espère toujours continuer à apprendre !« 

Margaux ROCUET : « Je suis partie chez Ludger BEERBAUM, puis je suis retournée chez moi avant de partir chez Jos LANSIK et finalement rentrée à la maison et c’est vrai que c’était surtout pour prendre de l’expérience, apprendre à travailler les chevaux sur le plat, je pense qu’avant de partir chez Ludger je ne savais pas travailler un cheval sur le plat ! Je suis revenue parce que je pense que mon père (Bruno ROCUET, ndlr) était sûrement la personne la plus apte à me trouver des chevaux. C’est vrai qu’on est une écurie de commerce et ce n’est pas vraiment mon domaine : il y a beaucoup de jeunes chevaux, environ 80% de l’écurie. Il me laisse quand même venir avec deux chevaux à ‘s-Hertogenbosch et je suis allée avec un seul cheval au Saut Hermès mais il y a quand même quarante chevaux à la maison, il pourrait avoir besoin de moi ! Il ne me laisse pas faire ce que j’ai envie quand j’ai envie, mais il me soutient quand même dans ce que je veux faire.

margaux rocuet trafalgar kervec
© Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

C’est vrai que lorsqu’on est en France on peut faire à peu près tous les concours que l’on veut en Europe. C’est assez facile d’accès et les Français ont quand même une bonne image donc je pense que c’est assez simple pour des cavaliers français de rentrer dans des grands concours. Je pense que l’on est assez enviés déjà sur nos circuits jeunes chevaux parce que c’est un circuit qui a été mis en place vraiment pour former, des parcours spécifiquement adaptés à leur âge et leurs capacités.

C’est vrai qu’à l’étranger c’est un petit peu moins développé, et on a de vrais beaux nationaux, sur de beaux terrains que ce soit en indoor ou en outdoor. Le Grand National est une chance pour nous parce que par exemple pour des écuries comme la nôtre, nous partons avec neuf à douze chevaux, donc trois chevaux par épreuve ce n’est pas négligeable. D’autant qu’en CSI on ne peut parfois mettre que deux chevaux maximum par épreuve, en général c’est trois chevaux maximum dans le CSI donc on ne peut pas tous les amener. Il y a beaucoup de chevaux du coup, qui je pense, passent à travers les maillons du filet.

Je suis très bien en France même si je suis partie à l’étranger, pour bien me former ! Avoir un bon circuit national en France, c’est assez important je pense pour former les jeunes, mais aussi les vieux chevaux qui sont un petit peu en retard. Ce que je veux dire c’est que c’est plus facile de faire du Grand National lorsqu’on récupère un sept ans vert : on se dit qu’on ne sacrifie pas une place dans le CSI dans le camion pour lui. Je trouve que c’est quand même un bon circuit et formateur pour les cavaliers et pour les chevaux.

C’est vrai que j’avais déjà pensé à aller aux Etats-Unis en étant plus jeune pour partir l’hiver et partir deux ou trois mois au soleil pour faire du concours. Ça ne s’est pas concrétisé, mais j’y avais déjà pensé.« 

Propos recueillis par Marie-Juliette MICHEL.