Sacré meilleur cavalier du CSI 5* de Bâle en début d’année et pilier de l’équipe Suisse depuis maintenant une dizaine d’années avec des participations à des championnats et de nombreuses Coupes des Nations, Werner MUFF reste néanmoins un cavalier discret. Avec déjà plusieurs victoires en international cette année, le cavalier suisse semble en pleine forme, plus que motivé et proche de l’exploit. Nous sommes partis à sa rencontre pour en découvrir un peu plus sur lui et sa méthode de travail.

Vous étiez au top niveau il y a quelques années mais les jeunes vous connaissent peut-être moins que les stars suisses actuelles. Pouvez-vous vous présenter ?

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L’équipe suisse à La Baule en 2009 © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

« Ça fait effectivement longtemps maintenant que je connais les concours, j’ai eu des hauts et des bas dans ma carrière. Avec des bons chevaux c’est toujours plus simple et je pense avoir retrouvé le piquet qui me permet d’être de nouveau dans la lumière. En ce moment avec Daimler, j’ai vraiment un très très bon cheval. »

Quels sont vos objectifs cette année ?

« Mes objectifs avec Daimler, ce sont vraiment les jeux équestres mondiaux de Tryon cette année. Pour y parvenir, c’est toujours les Coupes des Nations et les grands concours que j’essaye de faire, surtout que cette année j’ai deux, trois vrais bons chevaux. J’essaye de faire le meilleur plan pour arriver en forme à Tryon. Avec Daimler on va faire des Coupes des Nations et principalement sur des grandes pistes qui lui conviennent mieux que les concours indoor. On va essayer d’être au top de notre forme pour septembre. J’espère qu’on aura une chance et que le cheval va rester en forme. »

Vous avez refusé de participer aux championnats d’Europe l’an dernier pour préserver Daimler. Vous n’avez pas peur que cela vous soit préjudiciable pour une sélection à Tryon ? Des chevaux avec une expérience en championnat peuvent être préférés.

« Je connais très bien Daimler, je l’ai depuis ses sept ans et c’est vrai que les championnats d’Europe à Göteborg, c’était dans mes plans mais, après avoir réfléchi un peu plus, nous avons changé d’avis. Je connais les championnats, j’ai déjà monté les Jeux Olympiques, les championnats d’Europe avec Plot Blue qui avait lui aussi neuf ans. Donc en réfléchissant, je pense que c’était trop pour le cheval à cet âge et c’est pour cela que nous ne nous y sommes pas rendus. C’est sûr que l’expérience pour un championnat c’est le plus important pour un cheval car c’est une compétition un peu spéciale. Mais j’ai cette expérience et mon cheval va engendrer encore beaucoup d’expérience cette année et sera désormais prêt pour un grand championnat. »

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Werner MUFF et Kiamon en 2012 aux JO de Londres © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

On a eu l’habitude de vous voir avec de très bons chevaux qui ont ensuite été vendus. Est-ce qu’avec vos propriétaires vous optez maintenant plus pour le sport et vous espérez garder vos meilleures montures ou bien vos chevaux sont-ils tous à vendre ?

« Je suis très heureux de vous dire que Daimler n’est pas à vendre. C’est plus calme pour moi, pour le reste de la route, pour faire quelque chose de positif avec le cheval. Je suis vraiment très heureux, c’est la première fois que je suis dans une situation comme ça parce que normalement effectivement tous les chevaux que je monte sont à vendre. C’est donc une toute autre organisation autour du cheval, surtout que c’est un extra bon cheval donc ça me fait extrêmement plaisir qu’il ne soit pas à vendre, je remercie mes propriétaires. »

Entre Plot Blue, Kiamon et Daimler que vous avez monté, lequel est pour vous le meilleur et pourquoi ?

« Celui qui m’a beaucoup aidé c’est Plot Blue car avant lui je n’avais aucune chance de monter dans un grand championnat. Je n’avais jamais monté un cheval comme ça. Mais Daimler c’est un super crack, Kiamon c’est un super crack et Plot Blue c’est un super crack aussi donc c’est difficile de dire qui est le meilleur. Ça dépend aussi du temps qu’on y a attribué et de la manière dont on les a montés. Les trois sont très bons et ça été une super chance pour moi de pouvoir les monter. « 

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Werner MUFF et Plot Blue en 2007 © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Une de vos particularités est que la plupart voir tous vos chevaux sont montés en mors simple, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre méthode de travail ?

« J’essaye de faire un travail très, très simple pour les chevaux. Je pense qu’il y a beaucoup trop de moniteurs qui disent un coup noir, un coup blanc, mais pour moi monter un cheval ce n’est pas très difficile. Les chevaux sont d’ailleurs beaucoup plus attentifs quand on leur demande des choses simples ! Les chevaux, ils ont tous quatre pieds, une grande tête et pensent des choses. Si je travaille un cheval même un jeune et que je veux faire une préparation pour les plus grands parcours, je le considère déjà comme un très grand cheval et je le guide dans des exercices de bases, à réaliser à la perfection et avec décontraction.

C’est toujours le cavalier qui doit écouter le cheval, il faut faire le travail que le cheval a besoin et pas plus, pour moi c’est la condition la plus importante, beaucoup moins compliqué que ce que peuvent dire certains moniteurs ! La bouche du cheval, c’est un travail de tous les jours à la maison. Je dois dire que quand je vois un cavalier avec une bride, je ne comprends pas bien parce que pour moi c’est possible de monter tous les chevaux avec un filet simple. On ne doit pas monter avec la force mais complètement le contraire, parce que je pense que ce n’est pas la force qui compte pour les performances, c’est seulement la relation et le lien entre cavalier et le cheval, ensemble. On doit parler avec, communiquer avec la jambe et la main mais ce n’est pas la force qui donne de bons résultats. »

Avec moins de 200 000 licenciés contre 690 000 en France, la Suisse est pourtant l’une des meilleures nations mondiales avec notamment une médaille lors des deux derniers championnats d’Europe, comment expliquez-vous cela ?

« Je pense que la Suisse des dernières années est bonne car il y a des bons cavaliers qui sont maintenant expérimentés. C’est aussi parce que tous les cavaliers ont un très bon cheval. Avec des bons cavaliers et des bons chevaux, c’est toujours plus facile d’aller gagner une médaille que si tu as seulement deux qui sont très biens et les autres qui sont encore un peu jeunes ou pas des cracks. Si les cavaliers n’ont pas des très bons chevaux, ce n’est pas si facile de performer et nous en ce moment en Suisse on les a, donc on a encore une chance de médaille cette année à Tryon ! ? »

Propos recueillis par Alan CARARIC.