Nous sommes le 3 septembre 2006 lorsqu’une nouvelle monture s’apprêtait à faire son entrée dans le cercle très fermé des chevaux de légende. Il est quatorze heures, heure locale à Aix-la-Chapelle, le coup d’envoi de la finale des Jeux Équestres Mondiaux vient d’être lancé. La pression monte d’un cran lorsque trois des quatre couples de la tournante doivent s’affronter une dernière fois, à l’occasion d’un barrage qui allait déterminer la couleur de leur médaille, et changer à tout jamais leur vie. Edwina ALEXANDER regagnait désespérément les tribunes pour assister à ce match sans merci, après avoir été la seule à fauter dans cette épreuve si mythique avec Shutterfly, la monture de l’Allemande Meredith MICHAELS-BEERBAUM. Cette dernière rejoignait Beezie MADDEN avec Authentic et le seul représentant masculin, Jos LANSIK en compagnie de Cumano, pour écrire une nouvelle page d’histoire. La gent féminine n’était finalement pas parvenue à sortir indemne de cet ultime round. Après avoir été le seul à réaliser cinq parcours sans-faute sur cinq, l’impressionnant Cumano décrochait le titre tant convoité, faisant de lui une nouvelle star planétaire, championne du Monde de saut d’obstacles.

Tous les passionnés de cette discipline se souviennent de ce moment si magique, rempli d’émotion, que seul le sport est capable de véhiculer. Mais le temps passe vite et emporte avec lui ceux qui font partie du commun des mortels. Immortel dans les mémoires, Cumano nous a quittés le 20 septembre dernier, en plein pendant les Jeux Équestres Mondiaux de Tryon, comme s’il voulait regarder la fin de cet événement avec un peu plus de hauteur, aux côtés des grands Clinton, Baloubet du Rouet et autres cracks… C’est en effet avec beaucoup de peine que nous avions appris la nouvelle. Son fidèle cavalier Jos LANSIK, qui a toujours cru en lui contrairement à beaucoup d’autres, s’exprimait sur cette grande disparition : « Cumano était l’un des plus grands chevaux que j’ai jamais monté et a partagé certains de mes plus beaux succès. C’était un cheval qui n’abandonnait jamais et ne me laissait jamais tomber. Même pendant sa retraite il montrait qu’il était toujours le roi. Merci pour tout, mon pote. Tu n’es plus avec nous, mais tu vivras éternellement dans nos cœurs. »

Cumano et Edwina ALEXANDER lors de la tournante des Mondiaux de 2006 © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE
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Revenons vingt-cinq plus tôt, le mercredi 31 mars 1993 précisément, où un nouvel être sensible voyait le jour en plein cœur de la région du Holstein. Chanell II, fille du chef de race Langraf I et sœur utérine des internationaux CasitaCasino et Carlucci, donnait en effet naissance à un mâle après avoir été inséminée onze mois plus tôt par le grand Cassini I. Willy LÜHRS, son naisseur, le nomma Cumano sans se soucier que ce nom allait résonner sur les plus grandes pistes du monde. Dès son plus jeune âge, le puissant gris impressionnait avec ses 1.78m au garrot et sa force hors norme. Ce dernier n’est pas passé inaperçu aux yeux de beaucoup de monde, et encore moins de son premier cavalier qui s’est chargé de le former de trois à neuf ans. Marc VAN DIJCK ne pouvait pas rêver d’un meilleur élève, qui était doté en plus de cela d’un très bon caractère : « Cumano a toujours été un cheval exceptionnel, dès l’âge de trois ans, puis à quatre ans, à cinq ans et après. Un cheval doté de moyens extraordinaires, particulièrement respectueux et, ce qui ne gâte rien, très gentil. »

Avec un très bon papier, Cumano n’a pas mis longtemps avant de commencer sa carrière de reproducteur. L’Hosteiner a même pu faire profiter de son sang aux juments françaises durant l’année 2000, lorsqu’il fut loué au Haras National de Saint-Lô sur les conseils du Haras du Ry. Sûrement l’une des raisons du nombre important de Selle-Français nés d’un père étranger pour cette époque ? Julien EPAILLARD et Reynald ANGOT ont eu l’opportunité de pouvoir sortir le don juan en concours durant cette année, mais lui reprochaient toutefois d’être difficile et non respectueux malgré sa force exceptionnelle pour un cheval de sept ans. Le premier cavalier tricolore cité n’a cependant pas hésité à utiliser Cumano par la suite au sein de son élevage.

Retour à l’envoyeur après cette saison de monte, le gris retrouvait son cavalier belge en fin d’année 2000. Après encore quelques mois d’apprentissage, de réglages et de patience, le couple remportait son premier Grand Prix CSI 5* en 2002, sur leur terre, au CSIO de Lummen. C’est à partir de cette date-là que la carrière du gris allait prendre un véritable tournant. Il avait en effet suscité l’intérêt d’un certain Léon MELCHIOR, qui décidait de le louer à son tour. Jos LANSINK, alors cavalier de l’élevage, bénéficiait de l’étalon au tempérament toujours aussi complice. Leur succès au plus haut niveau ne s’est pas fait attendre, à tel point que le couple est choisi pour représenter la Belgique lors des Jeux Olympiques de 2004. Cette sélection n’a pas été du goût du fondateur de l’empire Zangersheide, qui voyait un cheval non-issu de son élevage s’envoler pour Athènes. Cette situation un poil amer provoquait la rupture entre les deux parties, poussant Jos LANSINK à se lancer à son compte. Cumano prit alors la direction des nouvelles écuries de son cavalier située à Meeuwen, pour ne jamais les quitter.

Jos LANSINK et Cumano lors de leur sacre à Aix-la-Chapelle © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Après être rentré bredouille de l’aventure grecque, le couple s’impose quelque temps plus tard dans le mythique Grand Prix de Calgary. Ce sacre ne fut que le début d’une série de performances rarement égalées. Quatrième en individuel des championnats d’Europe de San Patrignano en 2005, troisième du Grand Prix d’Aix-la-Chapelle cette même année et un an avant son sacre de champion du Monde comme mentionné plus tôt, vice-champion d’Europe par équipes en 2007 à Mannheim, de nouveau sur le podium du Grand Prix de Calgary avec une troisième place en 2007 puis une deuxième place en 2008, Cumano a largement monopolisé les remises des prix des plus belles échéances, jusqu’en 2008, où sa dixième place en individuel lors des Jeux Olympiques de Hong-Kong marquait sa dernière grande sortie (vidéo).

Le grand crack à la robe blanche immaculée a pu profiter d’une belle et longue retraite dans les écuries de son fidèle cavalier, qui ne tarissait pas d’éloges sur son protégé lors d’une interview accordée à Studforlife : « Cumano est un cheval à part et ce n’est pas parce qu’il est à la retraite que son statut a changé. Il occupe toujours le même box que lorsqu’il évoluait dans le sport. C’est un cheval qui a fait beaucoup pour moi dans ma carrière et c’est la moindre des choses de pouvoir lui proposer le meilleur pour sa retraite. J’ai moi-même plusieurs produits de Cumano issus de notre propre élevage avec des juments qui ont évolué avec moi en compétition… Nous verrons ce que l’avenir nous réserve. »

Kamal BAHAMDAN et Noblesse des Tess, l’un des meilleurs produits de Cumano © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

En parallèle de son temps consacré à contempler les prairies belges, et après s’être illustré sur les terrains de compétition, Cumano s’est très vite distingué en tant que père. La qualité de sa semence laissait malheureusement à désirer, lui infligeant d’être disponible à la monte uniquement dans les centres de reproduction pratiquant l’ICSI (l’injection intra-cytoplasmique de spermatozoïde). À ce jour, l’Hosteiner compte moins de deux cents produits, mais un grand nombre d’entre eux ont participé, ou participent encore, à sa renommée internationale, à l’image de : Noblesse de Tess (quatrième en individuel aux JO de Londres avec Kamal BAHAMDAN), AD Camille Z (Athina ONASSIS), Malito de Rêve (entre autres père d’Estoy Aqui de Muze*HDC performante avec Kévin STAUT et Grand Cru van de Rozenberg performant avec Jérôme GUERY), Navalo de Poheton (Andrew KOCHER), Nasa (Steve GUERDAT), Nenuphar’Jac (Michel ROBERT), Nectar des Roches (Edouard COUPERIE), No Name de Siva (Julien EPAILLARD) ou encore l’inoxydable Neptune Brecourt qui excelle dans les épreuves de puissance avec Luca Maria MONETA.

Un champion nous a quittés mais nous ne sommes pas prêts de l’oublier…