« Alerte canicule ! ». Le mois de juillet 2019 a été le plus chaud jamais enregistré. Plongés au cœur de cette belle saison estivale, cavaliers, chevaux et grooms doivent faire face à des hausses de températures spectaculaires extrêmement incommodantes. Face à ce thermostat qui grimpe en flèche, la gestion de la chaleur se pose comme une vraie problématique. Jump’inside s’est emparé de cette question et vous propose les analyses des experts Lee Mc KEEVER, fidèle bras droit de Mclain WARD, et Karim LAGHOUAG, champion olympique de concours complet !

Comment gérer la canicule avec les chevaux ?

Lee Mc KEEVER : « Une des choses les plus difficiles à gérer avec un cheval lors de fortes chaleurs est le transport. Avec le temps, on connaît bien ses chevaux et leurs habitudes durant les voyages vers les concours. On différencie donc la préparation des chevaux en amont du trajet, en administrant des compléments à ceux qui ne boivent pas et ne mangent pas durant les trajets. Lorsque celui-ci est très long, on nourrit les chevaux. On leur donne généralement un mash de son. Là aussi, on anticipe en donnant à manger des compléments alimentaires à ceux qui n’aiment pas manger dans le camion.

Aujourd’hui, nos camions sont équipés de ventilateurs et de la climatisation, qui permettent de contrôler la température. Les conditions de transport sont donc bien meilleures qu’il y a quelques années, où le thermomètre pouvait très vite grimper dans la partie des chevaux. Lorsque l’on voyage par fortes chaleurs, on roule en général de nuit et on part à une heure qui nous permet d’éviter de rester coincés dans les embouteillages.

Une fois arrivés sur le concours, on apporte des ventilateurs, car il est très important de renouveler l’air dans les boxes. On compte sur les organisateurs pour qu’il y ait assez de puissance électrique dans les écuries pour pouvoir les brancher. Pour prévenir tout risque de baisse de forme liée à la chaleur, on hydrate logiquement beaucoup les chevaux et on les douche très régulièrement afin qu’ils se refroidissent. On privilégie aussi beaucoup l’électrolyte, qui améliore la récupération des chevaux et évite les coups de chaud, que ça soit entre deux manches de Coupes des nations ou après une journée de concours classique. Ils ont aussi généralement leur mash de son et des compléments alimentaires après les épreuves.

Lorsqu’il fait très chaud, les chevaux suent énormément. La récupération diffère selon chaque cheval, néanmoins la plupart du temps boire ne suffit  pas pour leur permettre de bien récupérer. On leur administre donc des produits afin de les aider.

Nous devons aussi veiller à la qualité des sols sur lesquels nos chevaux travaillent. C’est un paramètre primordial dans la récupération des efforts. Un sol dur ou gorgé d’eau entraînera des efforts accrus, et donc une récupération plus longue. Les chevaux récupèrent mieux lorsqu’ils concourent sur herbe que sur sable, l’herbe restant leur terrain de jeu naturel. »

Karim LAGHOUAG : « La priorité est évidemment le bien-être des chevaux. Afin de les mettre dans le confort, je les fais voyager dans des camions bien équipés en systèmes de ventilation. On veille à bien les hydrater. Lorsque le voyage s’opère en van, j’évite de transporter mes chevaux aux heures chaudes ou durant la journée par forte chaleur. Nous partons soit très tôt le matin, soit en début de soirée. Si vraiment je n’ai pas le choix, alors on s’arrête plusieurs fois pendant le voyage pour qu’ils puissent boire.

Une fois sur place, on équipe les boxes de tentures afin d’éviter que le soleil n’entre dedans tout en veillant à ce que l’air puisse passer. Quoi qu’il en soit, il faut régulièrement mouiller les chevaux, les promener à l’ombre et chercher les endroits avec un peu d’air à l’extérieur de leurs boxes.

Les chevaux peuvent aussi être de nouveau tondus. On essaie de mouiller le foin au maximum et on augmente, de trois à quatre, le nombre de rations dans la journée.

En concours complet, on prépare les chevaux en amont de la compétition. En période d’été ou lorsqu’on se rend sur un concours dans un pays chaud, on prépare différemment avec des galops d’entraînement un peu plus intenses, en faisant attention tout de même au surentraînement. Les chevaux sont plus affûtés et prêts à encaisser l’effort.

Lors de la détente, on limite les efforts, l’important étant de faire des pauses. On saute un peu puis on marche cinq minutes, on reprend et ainsi de suite. On fera moins de sauts et surtout on s’adaptera au cheval, selon son comportement.

En parcours, on reste vigilant sur les signes de fatigue et on le laisse souffler quand il y en a besoin, c’est-à-dire qu’on laisse le cheval galoper à son rythme afin qu’il reprenne son souffle. L’important est la gestion et la prise en charge du cheval à son arrivée, les premiers soins sont déterminants. Il y a une zone d’arrivée du cross, où les chevaux marchent et où ils sont refroidis à pied avec les grooms et les vétérinaires. Il y a deux à trois personnes autour du cheval pour le déshabiller au plus vite. Puis, il est mouillé avec de l’eau glacée qui est rapidement enlevée au couteau de chaleur afin d’éviter qu’elle se réchauffe. Tout cela en marchant le cheval. L’opération est reproduite jusqu’à ce que le corps soit bien refroidi. On vérifie que le cardio et la température sont aux normes. En cas de fortes chaleurs, on reste souvent plus longtemps dans cette zone.

Afin de faciliter la récupération et d’éviter les coups de chaud, il faut s’assurer que le cheval s’hydrate bien et lui donner des produits et des compléments de récupération qui apportent des solutions pour aider le corps à compenser des efforts en pleine chaleur. »

Propos recueillis par Manon LE COROLLER. Photo à la Une : © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE