Les championnats sont souvent les lieux, en coulisses, de nombreuses ventes de chevaux. Celui de Rotterdam dernièrement n’a pas fait exception. Comme de coutume, le marché s’est affolé pour s’arracher les dernières pépites aperçues sur la piste batave, pour des sommes dépassant parfois le million d’euros. L’occasion pour nous d’aborder ce sujet, relativement sensible.

Nous assistons depuis quelques années à l’arrivée de nouveaux acteurs sur le marché équestre, tous ayant des porte-feuilles de plus en plus conséquents. Les demandes pour les chevaux de haut niveau sont en hausse et viennent de partout. Leur prix est lui l’objet de nombreux fantasmes. Jump’inside a donc décidé d’enquêter sur le coût réel d’un cheval de haut niveau en donnant la parole à des acteurs clé du milieu équestre, Grégory WATHELET et Geneviève MEGRET. C’est la question du mois !

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Grégory WATHELET, récent champion d’Europe par équipe :

« Tout d’abord, je tiens, pour contextualiser, à dire que lorsque l’on veut réussir et perdurer à haut niveau, il y a plusieurs paramètres à prendre en compte. Il faut être bien entouré, par une équipe compétente mais aussi par des propriétaires avec lesquels vous vous entendez très bien. Cela n’a pas toujours été le cas par le passé. J’ai déjà été confronté à certains propriétaires avec lesquels cela s’est mal passé. Je suis donc devenu beaucoup plus sélectif. Aujourd’hui 100% de mes propriétaires sont des personnes de confiance avec lesquels je m’entends très bien. C’est important pour moi car je base tout sur la relation de confiance. Par exemple, je ne fais aucun contrat. Je fonctionne à la parole.

La gestion de la carrière des chevaux se fait en fonction des envies des propriétaires mais aussi de l’évolution des chevaux et de leurs potentiels. La décision de garder ou non un cheval dépend de l’envie du propriétaire. Certaines personnes fortunées vendent quand d’autres moins aisées préfèrent conserver leurs chevaux. Il n’y a pas de règle générale, cela dépend vraiment de la personne.

Il y a beaucoup de paramètres à prendre en compte lorsqu’on achète un cheval. Il faut cibler le cheval en fonction des envies et demandes des futurs propriétaires. Est-ce un cheval à commercialiser ou pas ? Quel est le budget ? Quelles sont les envies des personnes ? Est-ce un investissement purement sportif ou est-ce pour faire un bon investissement avec plus-value à la clé ?

Si c’est un achat pour le sport, je fais souvent investir dans mes jeunes chevaux auxquels je crois beaucoup. Je connais le cheval, son historique, son potentiel, cela évite les mauvaises surprises et je suis gagnant sur les deux tableaux puisque je rentre de l’argent et je garde le cheval pour le sport. Si on veut revendre rapidement le cheval, il faut que l’achat soit bon d’un point de vue rapport qualité / prix.

Je sélectionne un cheval suivant certains critères mais aussi suivant mon planning. Il faut qu’il puisse s’insérer facilement dans mon piquet. Je participe à des tournées comme Vilamoura et Olivia en début de saison pour leur donner de l’expérience et les juger. Si je décide de poursuivre avec eux, j’établis un plan à moyen terme dans le but de les valoriser. Je touche environ 10% de la commission à la vente. Il m’arrive d’investir moi-même dans des jeunes chevaux. Le risque et les coûts sont plus élevés mais lorsque les résultats suivent, les retombées financières sont bien plus élevées. Il faut garder en tête que lorsqu’on investit dans un cheval, on prend un risque et que tout peut s’arrêter du jour au lendemain pour diverses raisons (problème de santé, erreur sur le potentiel). En cela, l’achat d’un cheval est comparable à une action en bourse. On investit sans certitude et on peut doubler ou tripler ses gains comme on peut tout perdre.

Pour repérer de nouveaux chevaux, je fais appel à des éleveurs avec lesquels je travaille régulièrement, ainsi qu’à certains contacts du milieu qui gardent un œil sur le marché belge. La Belgique est un point névralgique pour le commerce de chevaux. Avec les vidéos, les réseaux sociaux, les résultats, il n’y a pas aujourd’hui un cheval qui passe inaperçu.

Il faut régulièrement rentrer de nouveaux jeunes chevaux à construire car aujourd’hui pour faire du haut niveau, il faut disposer d’un piquet de chevaux conséquent car nous sommes en concours tous les week-ends. Il faut donc pouvoir effectuer des roulements en tenant compte des chevaux blessés, vendus, au repos et des chevaux qui n’ont pas atteint le niveau espéré.

Concernant les tendances actuelles du marché, les qualités recherchées sont avant tout les suivantes : des chevaux faciles et agréables à monter, en bonne santé et beaux. Concernant le prix d’un cheval, je dirai que 90 à 99% des chevaux gardent un prix correct, basé sur leurs capacités actuelles, leurs potentiels futurs, leurs génétiques et leurs visites vétérinaires. Il faut garder en tête qu’il n’y a pas d’argus pour les chevaux, comme il y en a pour les voitures. Tout dépend de l’offre et de la demande. C’est la raison pour laquelle suivant le contexte, certains chevaux de haut niveau ont été achetés bien au-delà de leurs valeurs réelles !

Il n’y a aujourd’hui plus d’acheteurs type. L’argent vient de partout. On sait cependant que certaines données varient peu. Par exemple, on sait que les États-Unis sont un pays utilisateurs de chevaux, leurs acheteurs sont fortunés et l’argent est rarement un problème pour eux. Ils viennent souvent acheter en Europe, continent formateur très reconnu.

Je tiens à conclure en disant qu’avoir des chevaux de haut niveau ne suffit pas pour réussir. Il faut ici souligner l’importance de l’équipe qui m’entoure. Elle est aussi vitale, sans elle, je ne peux pas faire tourner ma structure. Un cavalier de haut niveau aujourd’hui c’est plus au moins un chef d’orchestre. »

Geneviève MEGRET, dirigeante du Haras de Clarbec, éleveuse et propriétaire de nombreux chevaux de haut niveau :

« C’est une question complexe ! En ce qui concerne le prix d’achat, il n’y a pas de norme. Le juste prix d’un cheval est le prix sur lequel le vendeur et l’acheteur se mettent d’accord ! Comme il y a relativement peu de chevaux de haut niveau aujourd’hui par rapport à la demande, la rareté a un prix élevé !

En ce qui concerne le coût d’entretien, les chevaux de haut niveau nécessitent un suivi pointu au quotidien, notamment vétérinaire. Un entraîneur peut être nécessaire pour le cavalier, ces chevaux voyagent beaucoup et parfois loin, et tout cela a un coût très élevé, qui ne peut s’amortir que quand les chevaux sont très performants en CSI 5*.

L’inflation actuelle des prix sur le marché est liée à la pénurie de chevaux de top niveau et à l’arrivée de propriétaires, parfois étrangers, pour lesquels les prix élevés ne sont pas un problème. Certains d’entre eux voient avec les circuits actuels la possibilité de rentabiliser en partie leur investissement grâce aux gains, voire à la revente alors que d’autres ne cherchent pas forcément la rentabilité mais la possibilité de performer à haut niveau dans le sport. Cette inflation des prix n’est pas totalement négative car c’est toute une filière qui en bénéficie. C’est une bonne chose pour les cavaliers et les propriétaires qui vendent leurs chevaux si cela ne se fait pas au détriment du sport et du bien-être des chevaux qui doivent rester au centre des préoccupations de chacun.

On peut voir actuellement deux types de recherche : pour des chevaux modernes avec beaucoup d’influx, de respect et de génie mais qui peuvent parfois être délicats à monter. Puis pour des chevaux plus classiques, porteurs avec des très gros moyens, bien dressés, faciles à monter qui peuvent bien convenir à un certain nombre de cavaliers émergents sur le circuit et qui sont des bons chevaux formateurs pour le haut niveau.

Au Haras de Clarbec, nous recherchons plutôt des chevaux assez jeunes, modernes et réactifs, intelligents à la barre, avec un fort potentiel pour les former dans l’optique du haut niveau. Nous sommes souvent sur les terrains de concours et ma fille Elise est présente sur beaucoup de concours de jeunes chevaux ce qui nous permet de repérer les bons chevaux du circuit. Nous avons notre propre élevage et nous essayons de produire des sujets d’avenir.  Il nous arrive aussi de faire appel à des marchands dans certains cas.

Nous privilégions toujours la qualité et recherchons le juste prix à payer.  Le budget dépend de l’âge du cheval, de son potentiel et de ses performances. Le processus d’achat d’un cheval est le suivant : le repérage, l’essai où nous confrontons notre avis à celui du cavalier, la négociation du prix et la visite vétérinaire.

Parfois, il faut aussi vendre ses chevaux de haut niveau parce que c’est nécessaire sur le plan économique et tous les propriétaires de chevaux de haut niveau reçoivent des propositions qu’il est parfois bien difficile de refuser. D’un autre côté si l’on veut rester dans le grand sport, reconstruire un piquet après une vente peut s’avérer onéreux et sans certitude de retrouver des chevaux de la même qualité.

Enfin, nous ne pouvons pas parler de prix d’un cheval et de marché sans parler des intermédiaires et des marchands. Ce sont des acteurs importants du marché aujourd’hui. Ils ont en général un bon réseau de repérage et une certaine compétence. Ils présentent l’avantage de proposer un grand choix de chevaux. Les marchands peuvent apporter de nombreux services comme la reprise des chevaux quand l’acheteur se rend compte que le cheval ne correspond pas à ce qu’il escomptait, par exemple. Si on dispose de budgets importants, c’est une solution de facilité ! Dans notre cas, nous préférons toutefois travailler le plus en direct possible.« 

Propos recueillis par Manon LE COROLLER. Photo à la Une : © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE