Pourtant discrète parmi les pilotes du plat pays, Céline SCHOONBROODT DE AZEVEDO attire les regards avec sa jument Cheppetta. Partagée entre sport, commerce et vie de famille, l’amazone se construit étape par étape pour rester au plus haut niveau. Rencontre avec la cavalière belge.

COMMENT AVEZ-VOUS CROISÉ LA ROUTE DES CHEVAUX ?

« J’ai commencé l’équitation assez tard, à douze ans. Je ne viens pas du tout d’une famille issue du milieu équestre : je montais dans un poney-club comme une fillette qui adore les chevaux. Petit à petit, j’ai débuté les compétitions nationales. À partir de mes quatorze ans, j’ai concouru deux ans à poney en représentant les couleurs belges à l’international. 

Plus tard, j’ai fini par épouser mon entraîneur, Luiz Felipe DE AZEVEDO FILHO. En 2000, nous nous sommes installés à Remicourt, en Belgique. Nous avons monté notre société sept ans plus tard, l’écurie FAPE. Mon mari, mon fils Luiz et moi sommes tous trois cavaliers. Nous faisons beaucoup de commerce, de l’achat à la vente de chevaux de haut niveau en passant par la préparation. C’est notre activité principale. Au début, je montais surtout pour mon plaisir. Je m’occupais principalement de toute l’organisation et de la comptabilité. Je ne me considère comme cavalière professionnelle que depuis dix ans. J’ai pu le devenir car je suis bien conseillée et épaulée. »

PARLEZ-NOUS DE VOTRE JUMENT DE TÊTE CHEPPETTA !

« Cheppetta est arrivée dans mes écuries il y a près de deux ans dans le but d’être commercialisée. Mon mari a commencé à la monter et à l’emmener sur quelques concours. Moi, je recherchais un cheval qui avait réellement les capacités de concourir à haut niveau. J’avais des partenaires, Virginie COUPERIE et Franck ULLMAN notamment, prêts à investir dans ma carrière et à mettre un cheval à ma disposition. Aujourd’hui, ils sont propriétaires de Cheppetta à cinquante pour cent, nous détenons le reste. La jument n’était pas du tout prête à participer à des épreuves CSI 5*. Lors de notre première année ensemble, nous avons pris part à des compétitions de CSI 2* à 4*, et même au 5* de Knokke. Cette année 2018 a été une sorte de stage de transition pour Cheppetta. Il y avait de bonnes choses mais elle n’était pas régulière, il y avait encore des détails à peaufiner. C’est à partir du CSI 5* de Madrid, en fin d’année, que la jument a réellement commencé à s’affirmer. Nous avons ensuite pu débuter le circuit Coupe du monde où elle a été performante dans beaucoup de Grands Prix.

Au quotidien, c’est une jument qui me donne beaucoup, je pense que cela est dû à la confiance qu’elle a en moi. Elle se couche très souvent pour se détendre entièrement, elle est très sereine. Quand je rentre dans l’écurie, elle me reconnaît directement. Concernant son travail, je saute peu aux écuries hormis lors de petits exercices. Elle peut être rigide alors j’essaie surtout de travailler là-dessus plutôt que de réellement sauter, ce qu’elle sait déjà faire. »

UN DE VOS PLUS BEAUX PODIUM ENSEMBLE : LE GRAND PRIX DU CSI 5* DU PARIS EIFFEL JUMPING OÙ VOUS ÊTES DEUXIÈMES. RACONTEZ-NOUS !

« En tout cas, le podium le plus significatif ! Virginie COUPERIE, l’organisatrice de l’événement et propriétaire de Cheppetta, était présente. C’était chouette de réaliser cette performance là-bas, devant elle. De plus, ce n’était pas vraiment prévu que je vienne à Paris, et puis j’ai réussi à obtenir la Wild Card de la Fédération équestre internationale. C’est aussi au Paris Eiffel Jumping que nous avons participé à notre premier Global Champions Tour. Tous ces détails emboîtés les uns dans les autres ont donc réalisé un rêve pour moi ! »

CHEPPETTA ATTISE D’AILLEURS BEAUCOUP LES REGARDS DE POTENTIELS ACHETEURS. POURTANT, ELLE EST TOUJOURS À VOS CÔTÉS…

« Je pense que des chevaux comme ça, nous ne pouvons pas songer à les vendre. Ce ne sont pas vraiment des chevaux de commerce. Ils se montrent en piste et peuvent éventuellement être vendus si l’offre est suffisante. Cheppetta n’est pas une jument que j’annonce, le but principal n’est pas de la vendre. Je ne la considère pas comme une jument de commerce mais comme une jument de haut niveau. »

Depuis notre rencontre avec Céline SCHOONBROODT DE AZEVEDO, Cheppetta a quitté ses écuries pour celles de Kévin STAUT (lire ici).

COMMENT GÉREZ-VOUS VOTRE ÉCURIE DE COMMERCE ?

« De nos jours, nous n’avons plus réellement de chevaux de commerce, c’est-à-dire des chevaux dont on pense qu’ils ne peuvent pas aller plus loin et doivent être vendus. À l’époque, nous avions une écurie de commerce avec des chevaux de roulement ainsi qu’une écurie de bons équidés, environ soixante dix chevaux au total. Aujourd’hui, nous avons diminué, entre vingt et trente. Nous cherchons à acheter de jeunes chevaux avec beaucoup de potentiel et à les former. Nous faisons primer la qualité sur le nombre. Le but est de pouvoir construire leur carrière en les accompagnant le plus loin possible puis de les vendre. Il faut croire en tous nos chevaux, car c’est ça l’important, et de croire en eux jusqu’au bout. »

VOUS REVENEZ DU MEDITERRANEAN EQUESTRIAN TOUR D’OLIVA, VOUS Y AVEZ PRÉPARÉ VOTRE RELÈVE. COMMENT VOYEZ-VOUS LEUR AVENIR ?

« Dix-neuf chevaux étaient du voyage. Chaque semaine, j’avais environ sept équidés à gérer. Il arrivait à certains de changer de cavalier au cours des semaines. Je repars au Sunshine Tour avec eux d’ailleurs ! Toute notre équipe est fière de leur qualité. Nous avons vraiment un bel avenir. J’ai beaucoup d’espoir en mon cheval de neuf ans Clinto T Z, fils de Clintissimo Z, ainsi qu’en Kheops de Bois-Mesange, par Baloubet de Rouet, qui, à mon avis, iront faire des beaux Grands Prix CSI 5*. »

EN MARS, VOUS ÊTES À LA 172ème PLACE DE LA FEI RANKING LIST. COMMENT PERÇEVEZ-VOUS CE CLASSEMENT ?

« Le classement mondial des cavaliers est utile mais aussi contradictoire. Beaucoup de cavaliers sont haut placés dans ce classement mais n’ont pas nécessairement de chevaux pour sauter dans un Grand Prix CSI 5*. Alors que moi, j’en ai un. Certes, je n’ai que Cheppetta pour aller chercher les points, car mes autres chevaux sont souvent vendus avant que je ne puisse jouer le jeu. Prenons l’exemple du Mediterranean Equestrian Tour d’Oliva, je ne m’en suis pas du tout tracassée, j’étais là pour faire évoluer mes chevaux. C’est une philosophie de travail avec d’autres objectifs. C’est sûr que je suis très heureuse lorsque je gagne des points mais ce n’est pas mon but principal. Je veux former des chevaux et essayer d’avoir un piquet grandissant. Pour cela, il est impossible de courir les épreuves et les perfectionner en même temps. Cela étant, il est certain que si je suis dans un grand concours, c’est différent. Là, je suis dans l’objectif de faire un résultat tout en préservant Cheppetta. »

LA BELGIQUE EST UN PETIT PAYS MAIS AVEC UN BON NOMBRE DE CAVALIERS. QU’EN EST-IL DE L’ÉQUIPE NATIONALE POUR VOUS ?

« Bien sûr, c’est un rêve ! Cette année, Cheppetta a été assez performante et a rarement manqué de grosses échéances. Elle est toujours présente quand on en a besoin. Le staff belge m’a demandé de participer à quelques Coupes des nations et m’a dit qu’il allait compter sur moi cette année. J’espère en tout cas avoir de belles opportunités. Il y a tellement de Coupe des nations auxquelles j’aimerais participer. En 2018, mon mari a gagné cette épreuve à La Baule avec l’équipe brésilienne, c’était un moment exceptionnel ! Il y a énormément de concours mythiques et j’espère pouvoir en être un jour. Il y a deux ans, je ne me serais jamais imaginée faire ce que je fais aujourd’hui : il faut y aller étape par étape, en étoffant mon piquet de chevaux. Je m’en rends compte, il est compliqué de faire du haut niveau avec qu’un seul équidé. »

VOTRE NATION COMPTE TRÈS RAREMENT DE FEMMES DANS SON ÉQUIPE, COMMENT POURRAIT-ON EXPLIQUER CETTE DIFFÉRENCE AVEC LES ÉTATS-UNIS QUI GAGNENT SOUVENT AVEC UNE ÉQUIPE 100% FÉMININE ?

« Je ne connais pas assez l’équitation américaine pour en parler mais je pense que l’économie y joue un rôle. En général, les personnes commençant à monter à cheval aux États-Unis sont fortunées. Le sport coûte cher, bien plus que chez nous ! Les coûts sont bien plus importants tant au niveau des entraîneurs que des chevaux, et même des installations. Un cavalier débutant l’équitation aux États-Unis a déjà beaucoup plus de moyens. Pour certains, passés 18 ans, être au haut niveau est plus rapide : ils ont la main d’œuvre, les chevaux et une vie où ils n’ont pas besoin de travailler pour subvenir à leurs besoins. Je pense que le mode de vie des cavaliers américains n’est pas le même que celui des Européens, et c’est ce qui fait la différence. 

En Europe, tout le monde peut aller monter dans le centre équestre du coin. Je me rappelle que nous étions énormément de filles dans les épreuves Jeunes. Mais plus tard, il devient dur de pouvoir gérer ses enfants, son mari, ses chevaux, le commerce, ses déplacements et toutes autres activités. Beaucoup de femmes arrêtent de monter pour cela.  J’ai souvent entendu dire que les bonnes cavalières ont un mauvais caractère. Lorsque Philippe GUERDAT m’a fait la réflexion, je lui ai répondu : « Je ne sais pas si c’est du mauvais caractère mais en tout cas, elles ont du caractère, elles savent ce qu’elles veulent de la vie ! »

LA BELGIQUE EST LA NATION LA PLUS PRÉSENTE DANS LES ÉQUIPES DE LA GLOBAL CHAMPIONS LEAGUE, PENSEZ-VOUS QUE CE CIRCUIT A AIDÉ LES BELGES À DEVENIR CE QU’ILS SONT AUJOURD’HUI ?

« Je pense que la Belgique était déjà performante avant et que ce circuit n’aide en rien. Pour être dans une équipe de la GCL, il faut avoir un très bon piquet de chevaux : les exigences sont énormes. Certains cavaliers belges peuvent se permettre de concourir ces épreuves-là tout en étant performants. Mais je ne pense pas que d’autres ont surgi grâce à celui-ci. Dans un sens, ce circuit demande aux cavaliers d’avoir une bonne gestion de leurs chevaux. Certains ont su s’adapter, d’autres non et ont perdu des équidés. Je dirai plutôt que c’est du cas par cas. En Belgique, il y a beaucoup de grands cavaliers. Lorsqu’il y a un CSI 5*, la place est toujours assez compliquée à obtenir. De mon côté, je ne suis pas spécialement pour ce circuit mais si l’occasion se présente, que le contrat me convient, ce sera avec plaisir. Cela me permettra d’accéder à de grands concours sans devoir me battre. La condition est que la santé morale et physique mon piquet de chevaux soit préservée. Je veux avant tout être correcte avec eux. Il est difficile qu’un cheval ne saute pas pour moi : j’ai toujours l’impression qu’ils sont à 100% avec moi, cela est dû au respect que je leur donne. Je pense à eux avant les gains. Malheureusement, j’ai l’impression qu’avec ce circuit, le cavalier peut être amené dans un cercle vicieux : il a pris un engagement et, parfois, il en oublie le respect de l’athlète. Mais, aujourd’hui, je ne me sens pas capable de faire toute une saison dans une équipe de la Global Champions League avec Cheppetta. »

VOTRE MARI, MEMBRE DE L’ÉQUIPE BRESILIENNE, ET VOTRE FILS, EGALEMENT CAVALIER DE L’ÉQUIPE BELGE, VOUS ENTOURENT. COMMENT ORGANISEZ-VOUS VOS COMPÉTITIONS TOUT EN RESTANT EN FAMILLE ?

« Prenons l’exemple d’Oliva, mon fils de quatorze ans a fait les allers-retours en avion pour aller à l’école, il est débrouillard ! Nous essayons le plus possible de faire les mêmes concours. Nous nous entraidons énormément. Finalement, nous sommes plus ensemble qu’une famille normale. Nous avons notre vie de famille et notre sport que nous faisons ensemble. Mais, il faut savoir séparer la vie personnelle et professionnelle, c’est le plus difficile je crois. »

LE STRESS EST-IL IMPORTANT LORS DES PARCOURS DE VOTRE FILS ?

« À ses débuts, j’avais vraiment un stress de maman : qu’il tombe, qu’il lui arrive quelque chose. Ce stress-là est passé. Aujourd’hui, je le vois plus comme un stress professionnel et d’exigences. J’essaie de lui donner les meilleurs conseils tout en restant sa mère, c’est-à-dire être juste sans trop lui en demander. En piste, je le vois plus comme un professionnel que comme mon fils, j’ai confiance en ce qu’il fait. 

Luiz était dans l’équipe qui a représenté la Belgique lors du championnat d’Europe Enfants l’année passée. Il débute sa première année Juniors. Je pense qu’il a un très bon potentiel de cavalier. Certes, je suis sa mère mais le sport est tellement difficile, je préfère aussi voir les choses claires. Il était à Oliva avec quatre chevaux dont certains confiés par de grosses écuries tout comme Gudrun PATTEET qui lui a confié Sea Coast Exellentie dans le but de la commercialisation. »

PLUSIEURS CHEVAUX DE RODRIGO CARRASCO, DONT ACAPULCO FZ, SONT MONTÉS DE TEMPS EN TEMPS PAR VOTRE MARI ET VOUS, QUELS SONT VOS RELATIONS AVEC CE CAVALIER ?

« Rodrigo CARRASCO est un cavalier chilien. Nous travaillons avec lui depuis environ sept ans, il représente notre écurie FAPE au Chili : nous nous faisons mutuellement confiance. Lorsqu’il est venu participer aux Jeux équestres mondiaux à Caen en 2014, en repartant, il nous a laissé sa jument Bardine. Je l’ai montée en compétitions un an. L’année dernière, il est venu concourir la Finale Coupe du monde avec Acapulco qu’il m’a également confié pour que je le maintienne dans la compétition. Il l’a ensuite récupéré pour concourir les Jeux panaméricains, au Pérou. Aujourd’hui, ce cheval est de nouveau dans nos écuries où il continue de le monter. Rodrigo est à la fois un ami, un partenaire et un collaborateur. Chacun de notre côté, nous permettons à l’autre de progresser. »

Propos recueillis par Léa TCHILINGUIRIAN. Photo à la Une : © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE