Compétitrice de haut niveau émérite, femme du champion du Monde Philippe LE JEUNE, mère de famille, Lucia LE JEUNE VIZZINI n’a vraiment pas les deux pieds dans le même sabot. Aussi discrète que talentueuse, l’Italienne de quarante-trois ans s’est forgée, au fil de ses aventures, un caractère de gagnante. Alors qu’elle faisait sensation tout au long du circuit  Coupe du monde, avec notamment un crack confié par son mari, nous sommes partis à sa rencontre juste avant le Grand Prix du Saut Hermès 2019 !

Racontez-nous votre rencontre avec les chevaux !

« Ma mère montait à cheval donc c’est elle qui m’a transmis sa passion. J’ai très vite commencé à monter à poney en concours complet. Jusqu’à mes dix-huit ans j’évoluais dans cette discipline où j’ai couru trois Championnats d’Europe jeunes. Cela m’a beaucoup aidé à me former dans le saut d’obstacles, car la base du dressage que j’ai reçue me sert maintenant en obstacle. Je trouve cela très important. Après avoir terminé mes années chez les Juniors, je suis passée en saut d’obstacles. Je n’avais en effet plus de chevaux pour continuer en complet mais comme je voulais toujours évoluer dans le sport, mes parents m’ont dit : « maintenant tu es majeure, tu dois faire ta route ». J’ai de ce fait travaillé pour des marchands de chevaux, mais dans le complet c’était vraiment compliqué, surtout en Italie où il y a très très peu de propriétaires qui confient des chevaux pour cette discipline. Le saut d’obstacles est donc venu naturellement. Ma mère a toujours aimé me voir à cheval, mais elle aurait préféré que je continue mes études, tout comme mon père d’ailleurs ! »

Quels sont les premiers moments qui ont marqué votre carrière ?

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« J’ai commencé à participer à mes premières Coupes des nations aux alentours des années 2003-2004. Mon premier CSIO 5* fut celui de Rome, en 2006. C’était une vraie opportunité pour moi puisque j’ai pu bénéficier de cette sélection, beaucoup plus facile à obtenir pour des locaux dans le pays hôte. À cette période, l’Italie n’était pas en première division donc je participais aux CSIO de deuxième division, souvent à l’Est de l’Europe. Mes premières sélections me procuraient beaucoup de satisfaction car c’était l’aboutissement de tous mes investissements. J’ai toujours formé moi-même mes chevaux, je n’ai jamais reçu un cheval prêt pour pouvoir sauter ces échéances ou les Grands Prix. »

Parmi vos chevaux, y en a-t-il un qui vous a plus marqué que les autres ?

« Tous les chevaux qui ont croisé mon chemin étaient un peu spéciaux pour moi, mais celle qui a une place particulière dans mon cœur est Prinzess To Heart. C’est avec elle que j’ai participé à ma première Coupe des nations. Elle était très qualiteuse mais avec un caractère bien trempé. Sa mère était une Pur-Sang donc elle était un peu spéciale. Débutée en Allemagne, elle a eu quelques soucis au début de sa carrière. Je l’ai récupérée lorsqu’elle avait sept ans alors que ses anciens propriétaires et cavaliers disaient qu’elle ne pourrait jamais avoir une carrière sportive. Et puis c’est quand même elle qui m’a au final offert toutes mes premières fois, que ce soit aussi bien au niveau des sélections que des succès, avec notamment une victoire dans le Grand Prix du CSIO 2* d’Athènes en 2010, là où avaient eu lieu les Jeux Olympiques de 2004. Construire un cheval pour l’emmener au plus haut niveau, en partant de zéro ou en continuant sa formation, est vraiment quelque chose de spécial pour moi, une satisfaction en plus. »

Racontez-nous votre rencontre avec Philippe LE JEUNE, qui vous a fait prendre un autre tournant dans votre carrière !

« Je dois avouer que notre rencontre avec Philippe était assez drôle (rires). Je l’ai rencontré à Barcelone en 2012, durant la finale des Coupe des nations de deuxième division où les enjeux pour l’Italie étaient de taille, puisque nous jouions notre place pour la première division. La Belgique était, elle, déjà en première division donc Philippe courait en individuel. Nous n’étions pas super jeunes puisque nous sortions de relations compliquées, ayant engendré des divorces. Nous étions donc un peu dans le même état d’esprit, et avons eu un coup de foudre réciproque ! Nous nous sommes fréquentés pendant un certain temps avant d’officialiser notre relation. À l’époque, je gérais une écurie de propriétaire en Italie, et l’amour m’a donc poussée à partir m’installer en Belgique. Nous nous sommes mariés il y a maintenant deux ans, et avons deux filles, une de quatre ans et une de dix mois. »

Vivre avec un Champion du monde est-il quelque chose d’impressionnant ?

« Ce n’est pas parce qu’il est Champion du monde que je suis tombée amoureuse de lui (rires). Néanmoins, j’avais trouvé en lui quelque chose de différent dans la façon de monter les quatre chevaux de la finale, en comparant avec les autres cavaliers. Il écoute énormément les chevaux, et ce qu’il peut faire avec eux m’étonne toujours, et ce chaque jour. C’est très motivant de travailler avec lui pour ça. »

Comment avez-vous vécu votre changement de vie en quittant l’Italie pour la Belgique ?

« Ce qui a été vraiment difficile pour moi lors de ce changement de culture est la nourriture ! C’est vraiment différent, même si ce n’est pas non plus mal en Belgique. Il faut dire aussi qu’en Italie tu manges merveilleusement bien ! En revanche ce que j’ai vraiment apprécié c’est leur mentalité, surtout pour le sport et la vision des choses. Nous les Italiens, nous sommes un peu plus compliqués… On ressasse beaucoup : « et pourquoi il a fait ça, il a fait ci, et pas comme ça… ». Au début, quand je suis arrivée en Belgique et échangeais avec Philippe, typiquement je disais : « je ne peux pas faire ça car sinon… ». Les Belges sont beaucoup plus simples : il faut faire ça, ça et ça point barre. En Italie c’est plutôt : « non je ne mets pas d’éperon car le cheval va se fâcher » ou alors, « je ne peux pas monter comme ça car sinon… ». Cette mentalité complètement différente a rendu mon sport beaucoup plus facile, même si la transition a été compliquée au début. » 

Lucia LE JEUNE VIZZINI et Cabalgaro Z au Saut Hermès 2019 © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Malgré vos deux grossesses vous n’avez jamais vraiment quitté les terrains de compétition, comment avez-vous géré ces périodes ?

« Pour la première, j’ai monté jusqu’à quatre mois de grossesse, pour la deuxième j’ai arrêté un peu plus tôt. Elles ont presque trois ans d’écart donc entre les deux grossesses j’avais repris la compétition. Ceci dit, ça a été très difficile de se remettre au niveau. Mais quand tu veux être mère, il n’y a pas d’autre priorité plus importante que celle-là. Ce qui est particulièrement difficile c’est ton état d’esprit qui change, surtout après ma première fille. Quand j’étais avec elle je voulais monter, quand j’étais à cheval je voulais être avec elle car je culpabilisais. C’est un équilibre qui change, et comme pour tout changement il faut du temps pour retrouver un équilibre. Je me suis depuis organisée de façon à monter mes chevaux le matin et avoir du temps pour mes filles l’après-midi. Elles viennent souvent avec moi en concours, et ça c’est assez fatigant, mais je choisis quand même de les avoir avec moi. En effet, c’est compliqué (rires).« 

Encouragerez-vous vos filles à monter à cheval, à faire carrière dans ce milieu ?

« Si mes filles viennent à monter à cheval, je serai super contente ; si elles ne veulent pas, je serai aussi super contente. C’est un sport très difficile en plus de devoir avoir beaucoup d’argent. Normalement dans le sport c’est le meilleur qui gagne, mais avec l’équitation ce n’est pas toujours le cas et nous savons comment cela fonctionne, donc il faut l’accepter. Mais c’est difficile  d’expliquer à un enfant que certains d’entre eux sont sélectionnés alors qu’ils n’ont pas tout le talent, mais qu’ils ont les moyens d’avoir de bonnes montures, et cela au détriment de ceux qui montent mieux mais n’ont pas tous les moyens financiers pour pouvoir se faire une place. Donc si mes filles veulent faire un autre sport je serai également très contente. Je trouve que le sport est extrêmement important pour la formation du caractère : tu dois apprendre à gagner, à perdre, ce qui est beaucoup plus difficile ; c’est quand tu perds que tu apprends les premières leçons de la vie. Mais peut-être que les autres sports sont plus équitables ? »

Parlez-nous un peu de Philippe, l’homme de cheval, le mari et le père de famille qu’il est !

« À l’écurie il a toujours raison, certaines fois c’est vraiment fatigant (rires). Au début je discutais tout le temps en disant : « non il faut faire comme ça », « mettre cette embouchure », la mentalité italienne quoi ! Maintenant je sais qu’il a toujours raison ! Mais c’est vraiment motivant de travailler avec lui tous les jours.

Pour moi il est aussi le meilleur père de famille qui existe ! Il s’occupe très bien et beaucoup de ses filles. Il sait aussi donner des limites et je trouve cela très bien, car aujourd’hui j’ai l’impression que les enfants peuvent tout faire, il n’y a plus de règles. L’enfant roi, ce n’est pas du tout notre vision des choses… Avec Olivia, qui a un caractère très fort, quand elle ne m’écoute pas je lui dis : « je vais dire à papa hein ». Et je sais qu’il me soutiendra toujours de ce côté-là.

Et pour parler du mari qu’il est, je trouve que nous sommes très similaires dans notre façon de voir les choses. Je pense que pour qu’un couple fonctionne, il faut être similaires. Beaucoup disent souvent que les opposés s’attirent, mais pour moi ça ne marche pas ! »

Quelle organisation avez-vous mise en place dans vos écuries ?

« Nous avons acheté une écurie près de la mer il y a environ trois ans. Il y avait seulement dix boxes alors nous avons construit tout le reste, toutes les écuries, un grand manège couvert… Tout ce dont nous avons besoin pour pouvoir nous entraîner correctement au plus haut niveau. 

Nous avons donc la magnifique opportunité d’aller à la mer, où nous nous rendons presque tous les jours. Nous prenons aussi en pension les chevaux qui ont besoin de récupérer après une convalescence, ou pendant leurs vacances. Typiquement, la famille PHILIPPAERTS nous envoie ses chevaux lorsqu’ils sont au repos. Nous avons aussi eu Corbinian, le cheval de Steve GUERDAT, Ego Van Orti, le cheval d’Alberto ZORZI, pendant leurs convalescences, et beaucoup de chevaux de cavalières américaines lorsqu’elles partaient en vacances elles-mêmes. L’eau de la mer pour les tendons et le moral des chevaux, il n’y a rien de mieux, sans parler de la condition physique ! Nos chevaux courent un à deux CSI 5* par mois, et avec nos entraînements à la mer ils sont toujours en forme. C’est très agréable.

Philippe avait un très bon cheval, Filou de Muze, que j’ai maintenant récupéré. Pour lui c’était en effet difficile d’obtenir des sélections dans les CSI 5*, contrairement à moi qui en ai un peu plus avec l’Italie. C’était vraiment dommage de monter un tel cheval dans les CSI 2 et 3*. Aujourd’hui il s’occupe donc plus de la partie formation des jeunes chevaux, et moi des chevaux d’âges. « 

Gagner un Grand Prix sur le site des JO d’Athènes devait être impressionnant ! Cela vous a-t-il donné de grandes ambitions ?

« Aller aux Jeux Olympiques est un objectif pour tout sportif de haut niveau je pense. Mais c’est compliqué pour y parvenir car il faut se qualifier avant, pas comme pour les Championnats du monde où toutes les nations peuvent se rendre. L’objectif de l’Italie cette année est clair : les Championnats d’Europe pour se qualifier aux prochains Jeux Olympiques. Cela ne va pas être facile car il y a beaucoup de nations qui ne sont pas encore qualifiées : l’Irlande, la Belgique, la France… Il va falloir particulièrement se méfier des Irlandais je pense, ils sont très motivés et ont de très bons couples. Ils ont acheté beaucoup de chevaux ces derniers temps d’ailleurs. »

Avez-vous des chevaux capables de sauter des championnats justement ?

« J’ai la chance de pouvoir monter deux super chevaux : Cabalgaro Z, mon gris, et Filou de Muze. Le premier est vraiment un super cheval, il est très intelligent, respectueux et a beaucoup de moyens. Je me rappellerai toujours de mon premier CSI 5* après la naissance de ma deuxième fille, lorsque j’étais sélectionnée pour la Coupe des Nations de Gijón en août 2018. Ce n’était pas facile car j’avais l’esprit préoccupé par mon concours où je voulais très bien faire, mais ma fille était dans un coin de ma tête. Cabalgaro Z a été exemplaire et je savais que je pouvais compter sur lui. Ce jour-là il y avait beaucoup de vent et l’un des obstacles s’était renversé. En voyant ça sur le saut qu’il effectuait, il a fait quatre points. J’ai ensuite dû m’arrêter pour qu’ils remettent l’obstacle et après j’ai fait quatre points sur une grosse spa. Au deuxième tour il a réussi à sortir le parcours parfait. Etant donné que nous étions ex aequo avec l’Espagne et les Pays-Bas, nous avons dû barrer contre eux. Nous avions fini deuxièmes donc c’était très satisfaisant.

Je l’ai rencontré chez François MATHY Jr lorsqu’il avait six ans. Il m’avait dit qu’il était difficile, surtout sur le plat où il ne changeait pas de pied au galop, mais entre nous ça a été un coup de foudre. Dès l’instant où je l’ai essayé et où j’ai fait mes premiers sauts, je me suis tout de suite vue en Grand Prix avec. Il a un caractère très fort, peut être dû à ses origines françaises, malgré le fait qu’il fasse partie du Stud-Book Zangersheide ? En tout cas il ne faut pas trop l’embêter ! Dès l’instant où il rentre en piste, il est en totale connexion avec le cavalier pour tout lui donner. Il est super intelligent, très respectueux et ne regarde rien. À la maison il est un peu spécial par contre, il regarde tout… Mais bon c’est sur la piste que ça compte donc il est excusé (rires).

Quant à Filou, Philippe me l’a confié juste avant le CSI-W 5* de Vérone pour pouvoir préparer ce concours. Pour le moment il reste avec moi, mais si Philippe veut le récupérer je serai tout aussi contente. Nous avons établi un programme avec lui donc il devrait néanmoins rester mon cheval de tête pour encore quelque temps. Filou est sous la selle de Philippe depuis qu’il a trois ans, donc c’est entièrement lui qui l’a formé. Il était chez Joris de BRABANDER, qui a lui-même décidé de léguer la moitié à Philippe. Malheureusement il n’a pas eu beaucoup de chance dans sa jeune carrière, car il a été blessé pendant deux ans. Il a toujours été une super star. Il a tout le respect qui peut exister, toute l’intelligence, tous les moyens, toute la technique, il ne regarde rien… Moi je n’ai rien à faire dessus. Tout ce qu’il fait n’est pas de mon mérite, car Philippe l’a entièrement construit, et puis c’est ni plus ni moins qu’un crack, il est sans-faute avec tout le monde. »

Selon vous, quelles sont les qualités premières que doit avoir un cheval ?

« L’intelligence ! Avec les parcours que les chefs de pistes construisent et les barres si légères, les chevaux doivent vraiment être intelligents. C’est mieux de monter un cheval qui n’a peut-être pas tous les moyens mais qui est super intelligent, plutôt qu’un cheval très puissant et un peu bête. Je pense qu’ils ont aussi une vie beaucoup plus facile. Nous sommes moins obligés de les faire sauter à la maison donc ils ont une carrière plus longue. »

Est-ce que faire naître de futures stars est une autre passion ?

« Monter en concours des chevaux qui sont nés à la maison, qui plus est issus de mes anciennes juments de concours, est quelque chose de magnifique. Arriver à réaliser cela pour un passionné, je trouve que c’est atteindre le graal. J’ai actuellement une six ans, fille de ma jument de cœur Prinzess To Heart, et quelques produits de Filou. Nous avions d’ailleurs vendu l’une de nos pouliches, Gotham CIty, une fille de Filou et de Birdy, la ponette des enfants de Philippe, lorsqu’elle avait deux ans. Elle vient de gagner toutes les épreuves des sept ans au Sunshine Tour, sous la selle de Filippo LUPIS puis Omer KARAEVLI. C’est très intéressant de voir évoluer les filles et fils des chevaux que tu as montés. Tu connais le père, tu connais la mère, tu compares comment ils se comportent au niveau du caractère, comment ils évoluent… Tu retrouves toujours un petit quelque chose. »

Pouvez-nous nous parler un peu de Vigo d’Arsouilles, Champion du monde avec votre mari ?

« Il est retourné chez son propriétaire, Joris de BRABANDER. Nous avons aussi des produits de lui. J’ai eu la chance de pouvoir le monter lorsqu’il était à la retraite et stationné encore chez nous. C’est un Monsieur ! Je ne peux même pas vous expliquer les sensations que j’ai ressenties. C’était de la folie ! »

Vous intégrez cette année l’une des équipes de la Global Champions League, ce circuit est-il un objectif pour vous ?

« Cette année je serai en effet avec l’équipe des Saint Tropez Pirates. C’est vraiment quelque chose de nouveau pour nous car nous n’avons pas de propriétaires ni de gros sponsors qui nous aident financièrement. Nous avons eu l’opportunité de faire partie de cette équipe donc nous l’avons saisie car il y a vraiment de l’argent à gagner. Quand tu te classes quatrième ou cinquième d’un Grand Prix du Global, en comparaison avec un Grand Prix CSI 5* classique que tu gagnes, tu reçois la même dotation, donc ça fait vraiment la différence. C’est vraiment compliqué de garder des chevaux de haut niveau car dès que tu en as un qui saute bien, on te demande tout de suite de le vendre. Nous, nous avons seulement ces deux chevaux qui sautent à haut niveau, et c’est déjà un luxe de les avoir, mais quand tu n’as pas un sponsor derrière toi qui t’aide, car aujourd’hui on parle en millions d’euros, ce n’est pas toujours facile. Donc se rendre sur ce type de concours te permet de mieux gagner ta vie. Nous n’allons cependant pas participer à toutes les étapes, loin de là, seulement à quatre ou cinq étapes car cela demande de gros efforts pour les chevaux. »

Que pensez-vous justement de l’évolution du saut d’obstacles ?

« Je pense que pour les personnes qui ne pensent qu’à l’argent, qu’au commerce, c’est facile de les trouver, mais cela devient tout de suite plus difficile lorsque l’on cherche des Hommes de chevaux. Maintenant, les cavaliers vont énormément en concours, et cela se comprend notamment avec le classement mondial, car si tu ne vas pas toutes les semaines en concours tu chutes vite. Typiquement, je fais un CSI 5* tous les mois et demi voire tous les mois ou deux par mois maximum lorsqu’il s’agit de la saison extérieure, où il est plus facile d’obtenir des sélections, mais dans le classement mondial je ne suis nul part. Je dois donc toujours demander pour participer aux CSI 5* mais on me dit : « tu n’es que numéro deux cents, c’est bien trop bas », alors je suis obligée d’expliquer que lorsque je suis en CSI 5* j’arrive à me classer régulièrement, sinon je n’arrive pas à avoir de sélections… Pour les cavaliers qui n’ont pas cinq chevaux de Grand Prix ou de grands sponsors, c’est plus compliqué. Je trouverais plus juste un classement mondial établi au niveau des couples cavalier-cheval. Notre petite structure familière a moins de chances qu’une grosse structure. Je trouve que les réseaux sociaux c’est très important pour nous faire connaître. Je partage beaucoup de vidéos depuis mon téléphone et c’est très pratique, surtout quand tu dois être avec les chevaux, avec tes enfants, avec ton mari… »

Vous avez donc toujours dû vous battre pour vous faire une place. Le fait d’être une femme complique-t-il encore la chose ?

« Toujours se battre oui c’est le cas, mais le fait que je sois une femme ne change rien. Je ne trouve pas qu’il y ait une différence homme-femme dans ce sport, nous sommes tous à égalité. C’est le côté italien peut-être qui m’a forgé un certain caractère ! »

Que peut-on vous souhaiter ?

« Mon objectif cette année est d’être sélectionnée pour les Championnats d’Europe. Mais cela dépendra de l’état de forme de mes chevaux, j’irai toujours dans leur sens. Nous avons établi un programme pour y parvenir, et on espère que tout se passera bien. »

Propos recueillis par Raphaël GARBOUJ.

? Crédit photo à la Une (Lucia LE JEUNE VIZZINI) : Pierre COSTABADIE / Scoopdyga.com