Champion de Suisse en titre, Champion d’Europe en 2017, redoutable à chaque sortie en compétition, Bryan BALSIGER enchaîne les remises des prix et les victoires cette saison. Ces performances lui offraient légitimement une place parmi le quatuor sélectionné pour courir la finale Coupe des Nations de Barcelone. Rencontre avec le cavalier de vingt-et-un ans qui devrait représenter au mieux la Suisse dans les années à venir.

le nom Balsiger n’est pas le plus connu dans le milieu, d’où viens-tu ? Comment as-tu mis le pied à l’étrier ?

« En Suisse, mes parents ont toujours eu des chevaux dans un centre équestre à Neuchâtel. On a une cinquantaine de chevaux et mon père a quand même monté au CHI de Genève quelques fois et au niveau Grand Prix en Suisse, donc j’ai commencé avec eux, en même temps que mon frère, et maintenant on continue sur cette voie-là. Même si mon père était plus connu, ma mère aussi montait à cheval. Au début, je montais plutôt pour faire comme mon père et mon frère, et ensuite ça a commencé à me vraiment plaire.

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J’ai commencé à poney mais à la maison on avait plus de chevaux que de poney alors je suis rapidement passé de poney à children. J’ai juste fait le niveau régional à poney avant de passer avec les chevaux et de faire mes premières épreuves avec l’équipe suisse. Au début c’était un loisir, j’ai fait mon premier championnat d’Europe à douze ans en children à Moorsele et chaque année j’ai réitéré l’expérience. C’est quand j’ai fini l’école obligatoire que je me suis lancé dans les chevaux à mi-temps avec l’école, pour finir maintenant à cent pour cent avec les chevaux. »

As-tu d’autres passions en plus de l’équitation ?

« Dans ma vie, comme je le disais précédemment, c’est vraiment l’équitation à cent pour cent, même si étant petit j’ai fait plusieurs sports. J’ai fait de l’athlétisme pendant sept ans, du foot et du basket donc j’ai un peu touché à tout mais c’est vrai que l’équitation c’est ce qui me passionnait le plus. D’ailleurs, je crois que l’athlétisme m’a beaucoup apporté, je continue d’ailleurs deux ou trois fois par semaine à aller courir. C’est important de faire autre chose à côté de l’équitation, du moins pour le haut niveau. Aujourd’hui les cavaliers de haut niveau font plus attention qu’avant à leur entretien physique : quand on regarde ceux qui sont toujours au meilleur niveau ils font attention à leur corps sur le long terme. »

Es-tu installé dans tes propres écuries ? Travailles-tu seul ou avec des ENTRAÎNEURS ?

« Maintenant je travaille moitié du temps aux écuries Les Verdets à Saint-Blaise, l’écurie de mon propriétaire où j’ai Clouzot et Jenkins par exemple. On a huit chevaux de concours donc je suis là-bas tous les matins, et les après-midi je suis dans un centre équestre familial pour travailler encore et aider un peu. Mon père est également mon entraîneur en ce qui concerne l’obstacle, et j’ai un entraîneur de dressage qui vient une à deux fois par semaine me donner des cours sur le plat. Avant cela, j’ai fait un stage de six mois chez Thomas FUCHS durant l’hiver 2016-2017 et depuis on reste en contact, si j’ai besoin il est là pour répondre à mes questions. »

Bryan Balsiger Jenkins ter Doorn
Bryan BALSIGER toujours présent dans les championnats, ici à Fontainebleau © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Quel est le meilleur moment de ta journée, lié ou non aux chevaux ?

« Le meilleur moment de ma journée c’est souvent le matin sur le premier cheval parce que normalement je suis tranquille, il n’y a pas trop de monde. Pour moi, c’est un plaisir d’aller travailler tous les jours avec les chevaux. »

Quand on le voit sauter, Clouzot de Lassus n’est pas le cheval le plus exceptionnel pourtant tu sembles avoir toujours cru en lui. Peux-tu nous en dire un peu plus sur lui ?

« Ça va faire maintenant deux et demi que je le monte et j’ai toujours eu un excellent sentiment dessus. C’est vrai qu’il n’a pas le meilleur équilibre mais il compense. Je pense qu’il a vraiment un grand cœur et qu’il a énormément de qualité sur le saut. Il me sort de situations que d’autres chevaux ne pourraient pas faire, c’est aussi ça qui fait sa qualité. Maintenant il a dix ans, on a commencé à huit ans progressivement en gagnant notre première 1.45m et puis l’année dernière le titre de champion d’Europe, c’est vrai que ça nous a ouvert des portes pour cette année et ça nous a donné une bonne visibilité. »

Tu es vu comme l’avenir du jumping en Suisse, certains parlent même de toi comme le futur Steve GUERDAT. Comment gères-tu cela ?

« C’est vrai qu’en Suisse, tout le monde se connaît, après j’essaye de faire mon chemin, de progresser avec mes chevaux et de ne pas trop me poser de questions. Je m’entraîne au mieux pour arriver au plus haut niveau et atteindre mes buts, c’est toujours flatteur quand on me compare à ce genre de cavaliers prestigieux mais je reste concentré sur mon chemin en essayant d’aller le plus loin possible. »

Tu es champion de suisse en titre, quelle sensation cela te fait de succéder à des noms comme Pius SCHWIZER et Martin FUCHS ?

« C’est sûr qu’être champion de Suisse c’est vraiment quelque chose d’incroyable, je n’avais jamais fait de médaille à un championnat suisse avant cette année, que ce soit en juniors ou en jeunes cavaliers. J’ai toujours fini au pied du podium, quatrième ou cinquième. Pour moi le championnat de Suisse élite c’est un prestige. Cette année Clouzot était en forme, on a gagné deux épreuves ranking à Verbier la semaine d’avant et je me suis dit pourquoi pas se lancer et ça s’est déroulé comme on voulait. C’est que du bonheur. C’est difficile à comparer avec mon titre de champion d’Europe qui était un peu une récompense sur des années en juniors, childrens et jeunes cavaliers ou a chaque fois on est pas passé loin d’une médaille. On a fait trois fois septième donc c’est sûr que c’était quelque chose de fantastique, mais le titre de champion de Suisse lors de ma dernière année en jeunes cavaliers, ça m’ouvre des belles portes au bon moment, comme être qualifié dans certains Grands Prix en Suisse et être invité dans certains concours.

Pour moi la plus grosse échéance à venir ça sera le CSI 5* de Genève en décembre, mais j’aimerais faire deux concours avant. Je devrais aller à Liège et Rouen mi-novembre pour préparer au mieux les chevaux pour Genève. Pour l’année prochaine on n’a pas encore défini de plan. On va d’abord finir l’année et voir comment on se situe. »

Comment as-tu vécu ta première Coupe des Nations elite qui s’est déroulée lors de la finale à Barcelone ?

« J’ai appris ma sélection pour la finale Coupe des Nations après mon titre de champion de Suisse. Andy KISTLER m’a demandé si je voulais aller à Barcelone en tant que quatrième ou cinquième cavalier, je savais que Clouzot avait les capacités. Avant ça on avait peu couru de gros Grands Prix donc pour moi c’était un challenge. Ça fait quelque chose de monter sa première Coupe des Nations pour son pays et en plus pour une finale mais j’aime avoir des défis et être boosté comme ça, donc pour moi c’était une pression positive.

L’équipe Suisse était vraiment très sympa avec moi, que ça soit Steve, Barbara, Arthur ou bien Paul il y avait une super équipe. Ce n’est pas facile d’arriver comme ça en tant que nouveau même si je savais qu’ils me faisaient confiance parce qu’on ne débarquait pas de nul part avec Clouzot. En tout cas c’était super de monter avec cette équipe-là. »

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Clouzot de Lassus lors de la finale Coupe des Nations de Barcelone en 2018  © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Finalement c’est toi, le nouveau, qui a réalisé la meilleure performance lors de cette finale !

« Je suis resté un peu déçu de mon parcours, j’ai fais des fautes que j’aurais pu éviter. On s’est quand même qualifié avec l’équipe Suisse pour la grande finale avec les huit meilleures équipes, ce qui était déjà bien pour nous. On a fait des fautes en trop lors de la finale, on n’a pas été les meilleurs mais je suis content du résultat au final. A part Steve GUERDAT qui était le leader du l’équipe, pour les autres c’était nouveau aussi donc on a fait au mieux pour profiter de ce moment. »

Après un titre de champion d’Europe, un titre de champion de Suisse, quel est ton objectif ?

« J’aimerais déjà faire une ou deux Coupes des Nations avec l’élite pour que ça devienne de la routine. Je vais déjà essayer d’être un peu plus routiné à ce niveau-là pour pouvoir réaliser des sans-faute pour la Suisse. »

Tu as récupéré depuis peu Twentytwo des Biches, que penses-tu d’elle ? Quand allons-nous vous voir ensemble en concours ?

« Je pense que Clouzot est encore en progression à ce niveau, Twentytwo a déjà fait les plus gros parcours du monde donc elle devrait surtout venir épauler Clouzot et me donner de l’expérience pour progresser à ce niveau. Pouvoir avoir deux chevaux de ce niveau-là c’est vraiment un avantage car les parcours sont gros, ça demande vraiment beaucoup d’efforts donc ça sera que du bénéfice de pouvoir compter sur une nouvelle monture de choix. Je devrais faire mon premier concours avec elle en novembre, on n’a pas encore fixé de date parce qu’on préfère commencer doucement. On ne va pas brûler les étapes mais d’ici un mois on devrait faire nos débuts ensemble. »

Propos recueillis par Alan CARARIC.