On ne présente plus l’élevage Semilly, connu et reconnu grâce au chef de race Diamant de Semilly ou encore Le Tot de Semilly pour ne citer qu’eux. Richard et Anne-Sophie LEVALLOIS sont à la tête de cet élevage, mais s’il y a quelqu’un qui joue un rôle important dans sa promotion, c’est bien Olivier MARTIN. Responsable de l’écurie de concours Semilly, auteur d’une incroyable saison tant sur le circuit jeunes chevaux que sur les circuits nationaux et internationaux grâce aux produits de l’élevage, le cavalier s’est confié à Jump’inside !

Peux-tu te présenter ? Quel a été ton parcours jusqu’ici ?

« Je m’appelle Olivier MARTIN, cavalier professionnel originaire de Bretagne, actuellement cavalier et gestionnaire de l’écurie de concours du Haras de Semilly. Je suis devenu cavalier grâce à mes parents qui avaient quelques chevaux… Au départ, quand j’avais sept ans je montais à poney, mais ils me mettaient par terre donc j’ai arrêté pour me mettre au foot, et puis à neuf ans je me suis remis en selle, à cheval cette fois. J’ai monté un cheval de confiance, avec mon père, donc j’ai tout de suite mordu et attrapé le virus. J’avais vraiment le feeling avec ce cheval, j’ai donc naturellement fait les minimes, cadets, juniors… Après, quand on commence à faire des CSI Juniors, qu’on est embrayé dans le système, on continue de gravir les échelons et c’est  là que j’ai décidé d’en faire mon métier ! J’ai commencé au Haras de Semilly en tant que salarié, de 2003 à 2007 et ensuite je suis parti faire un tour d’Europe. Suite à ça, en 2013, un peu par hasard on s’est dit qu’on travaillerait bien de nouveau ensemble. On se connaissait déjà d’avant donc il est vrai qu’on partait sur des bases bien établies parce qu’ils connaissaient mon travail et moi je les connaissais aussi donc on s’est dit pourquoi pas. Aujourd’hui ça fait cinq ans que j’y suis, Richard et Anne-Sophie m’ont laissé les rênes de A à Z au fur et à mesure. À l’heure actuelle je travaille avec une équipe de quatre autres personnes composée d’un palefrenier, deux cavaliers et un cavalier soigneur au sein de l’écurie de concours pour trente-huit chevaux au travail au cœur de Saint-Lô. »

Parle nous un peu de l’élevage… Comment cela s’organise ?

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« De la naissance jusqu’à leurs trois ans les chevaux sont à l’élevage, à Couvains, que Richard et Anne-Sophie LEVALLOIS gèrent avec leur équipe. Ensuite ils partent au débourrage chez Antoine MINEO à Lisieux, et à partir de là ils arrivent à l’écurie de concours où on commence la valorisation dans un but commercial et sportif. À Semilly, nous gérons également la carrière de nos étalons, ce qui demande un travail très assidu, et beaucoup d’humilité car ce sont les chevaux qu’il faut mettre en avant et pas soi-même. »

Tu sembles avoir une équipe solide notamment avec Alexis GOURDIN, cela semble-t-il essentiel pour être performant ?

« Je pense que c’est, en effet, très important d’avoir un second qui soit très sérieux, qui travaille, qui avance dans le même sens que ce qu’on demande à l’écurie. C’est à dire que les chevaux soient travaillés quotidiennement sur le plat, et performants en piste, mais ça réside principalement dans la cohésion au sein d’une structure. Je dirais que le résultat découle tout d’abord de l’ambiance, ensuite du travail fournit par chacun au quotidien et après du fait que tout le monde travaille dans le même sens. Aujourd’hui trouver quelqu’un comme Alexis GOURDIN n’est pas évident, à tous points de vue : autant pour l’ambiance que pour le comportement, le travail des chevaux… C’est vrai que pour moi, avoir une équipe solide derrière soi aide énormément pour les performances, on l’a bien vu cette année, que ce soit en jeunes ou en vieux chevaux. Ça fait évidemment partie des clefs pour réussir même si il faut aussi avoir les chevaux pour ! On remarque d’ailleurs que certains chevaux progressent plus vite, ou passent de réels caps grâce à cet esprit d’équipe qui règne aux écuries. »

Tu as un piquet made in Semilly très performant, comment l’expliques-tu ?

« Comme je l’ai di juste avant, l’ambiance de travail y fait beaucoup mais il faut pouvoir aussi avoir les bons chevaux même si certains demandent plus de temps que d’autres ou sont plus difficiles. Avoir un piquet performant aussi fourni que celui qu’on a là demande un travail quotidien, pas juste de temps en temps, c’est un travail sept jours sur sept et ce toute l’année. C’est aussi un vrai travail d’équipe parce que finalement on s’entraide toujours les uns les autres, même si c’est moi qui gère l’écurie j’ai aussi des regards à côté qui peuvent me donner leur avis. J’ai aussi la chance d’avoir la confiance de Richard et Anne-Sophie au quotidien, que ce soit pour le travail à la maison, les soins ou pour les sorties en concours. De plus, chaque cavalier à son piquet de chevaux, que j’attribue en fonction de l’équitation de chacun et du caractère de chaque cheval, et garde ce piquet. En revanche, si le feeling ne passe pas, j’essaye de changer rapidement. Par exemple, Alexis a débuté Ekano DKS  qu’il a monté à quatre ans, il va le monter à cinq, six ans et plus… Je pense que c’est aussi très important pour les chevaux d’éviter de changer de cavalier durant leur formation et je dirais même jusqu’à leur arrivée au haut niveau. À force de changer de cavalier, ils perdent leurs repères et n’évoluent pas comme ils le devraient. J’ai le cas avec Away Semilly, qui est très gentil mais qui a un tempérament assez chaud et déborde d’énergie; s’l avait été monté par plusieurs cavaliers je suis persuadé qu’aujourd’hui il n’en serait pas au niveau auquel il est. Les chevaux ont besoin de stabilité dans leur formation, c’est indéniable. Je rajouterais aussi l’aide précieuse de Bruno ROCUET qui me suit, qui est quelqu’un de très fort sur le coaching, il connait parfaitement les chevaux et qui nous fait énormément progresser. J’ai également la chance d’avoir plusieurs sponsors qui sont a mes côtés et que je remercie d’ailleurs pour leur soutien. Tout ça, mis bout à bout, nous permet d’être performant, il n’y a pas une pièce qui va sans l’autre, c’est vraiment un puzzle qui permet aujourd’hui d’avoir un tel piquet aussi performant. »

Parle nous d’Andiamo Semilly qui s’est particulièrement révélé cette saison ?

« Andiamo c’est un peu la vedette chez nous, depuis qu’il a quatre ans il n’a pas cessé d’évoluer dans le bon sens, et de faire, chaque année, des choses qui nous prouvaient qu’il sortait du lot. Aujourd’hui on se connait par cœur tous les deux, ça nous permet de progresser rapidement et il s’est en partie révélé dans le grand sport grâce à ça. C’est un cheval qui n’a pas beaucoup de défaut, il s’auto-gère un peu c’est à dire qu’à la maison il est assez simple, il ne fait pas tout n’importe quoi n’importe quand, il est plutôt un peu fainéant par moments mais dans le sens positif de la chose. En revanche, dès qu’il est en concours il sait pourquoi il est là et il se donne pleinement pour moi parce que je le lui rend au quotidien, j’en prends soin tout particulièrement. J’optimise énormément sa préparation mentale pour qu’il soit bien et qu’il me donne toujours le meilleur de lui en piste. C’est un cheval qui a beaucoup de moyen, qui est respectueux, il a toujours envie de bien faire, il a quand même quelque chose de plus que les autres… »

Andiamo Semilly Olivier MARTIN
Andiamo Semilly et Olivier Martin dans leur premier CSI 3*, à domicile. ©Alice Bonnemains

Peux-tu revenir sur le CSI 3* de Canteleu avec Andiamo ?

« J’avais emmené Artiste de l’Abbaye, Andiamo et Bodega Semilly, et j’étais parti sans préjugés, comme si c’était un concours comme un autre. C’est vrai que quand on connait parfaitement ses chevaux on est moins stressé, on sait ce qu’on a à faire. Andiamo est très surprenant, il sait quand il faut être là et il répond présent à chaque fois. Le dimanche dans le Grand Prix il a sauté d’une manière fantastique alors qu’il avait déjà sauté le jeudi et le vendredi. Avec du repos le samedi, il a mieux sauté le dimanche, et encore mieux en seconde manche. Il nous a montré une fois de plus toute sa qualité, ce jour là je me suis dis « ce cheval est vraiment phénoménal », car je pense qu’il y a peu de chevaux qui sont capable de progresser comme il l’a fait en un week-end. Il a sauté 1.45m le premier jour, puis 1.50m le deuxième jour puis entre 1.50m et 1.60m le troisième jour, et c’est vrai que c’était génial car je m’y attendais pas plus que ça. J’ai vraiment monté comme à mon habitude et au final j’ai vu que tout le travail fait en amont payait. Les deux autres chevaux se sont également très bien comportés, c’était vraiment un bon week-end ! Ça fait d’ailleurs partie des concours qui m’ont le plus marqué cette année. « 

Tu as donc également Artiste de l’Abbaye, Away et Bodega Semilly pour épauler Andiamo. Qui a le plus bel avenir selon toi ?

« Ce n’est vraiment pas facile de répondre à cette question, c’est un peu la colle… On n’a pas envie qu’un cheval sois meilleur qu’un autre, on a envie qu’ils aillent tous au plus haut niveau ! Aujourd’hui, comparativement, c’est sûr qu’Andiamo à une marge d’avance car il a aussi sa côte d’étalon qui fait qu’il est très en vogue sur le marché de l’étalonnage, ça c’est indéniable, on l’a fabriqué ensemble et ça c’est génial. Je pense qu’Artiste est différent mais il ira tout aussi loin qu’Andiamo. Quant à Away il est vraiment surprenant parce que chaque année il progresse, à six ans on me disait souvent qu’il ferait pas plus que 135 cm, à sept ans il s’est révélé et il faisait parti des meilleurs de sa génération, à la fin de la saison de huit ans il se balade dans les Grands Prix des CSI 2* notamment à Saint-Lô dernièrement. Bodega est aussi surprenante, à sept ans sauter des épreuves ranking CSI 2* à 1.40m sans-faute, elle m’a un peu scotché, elle est vraiment épatante. J’ai quand même un penchant pour Andiamo Semilly, parce qu’on a fait beaucoup de choses ensemble, on a partagé beaucoup de victoires… J’ai vraiment de la chance d’avoir un tel piquet aujourd’hui mais je me le suis vraiment créé grâce a la confiance de Richard et Anne-Sophie LEVALLOIS et à notre travail, il n’y a pas de secret. »

  • Artiste de l'Abbaye
    Artiste de l'Abbaye et Olivier Martin. © Alice Bonnemains

Tu n’as pas fait de podium à la finale jeunes chevaux de Fontainebleau mais vous avez pris une belle revanche à Lyon en indoor, quel a été le programme entre ces deux événements ?

 » On a pas fait de podium à Fontainebleau certes mais je mettrais le point sur l’ensemble de notre semaine qui a été très positive tout de même ! On avait emmené treize chevaux, dix se sont retrouvés en finale, certains avec des mentions, ce qui est très bien. C’est sûr qu’un titre est toujours mieux mais au final je prime aussi sur la régularité par rapport au nombre de chevaux qu’il y avait, je trouve que c’est d’autant plus productif et sympa de faire ce qu’on a fait. Si j’avais emmené treize chevaux, que douze ne seraient pas passé en finale et qu’un gagne, j’aurais sûrement été moins satisfait qu’avoir un résultat positif sur tout un ensemble de chevaux. C’est vrai qu’on a fait une belle revanche à Lyon, entre les deux concours on a eu un break de trois semaine, où ils ont fait beaucoup de paddock, après ils ont repris le travail doucement jusqu’à Lyon. On n’allait pas à Lyon pour faire de la figuration et c’est vrai qu’arrivé là-bas Alexis gagne les quatre ans avec Ekano, moi je gagne les cinq ans avec Djagger Semilly, et puis Chinook Semilly qui gagne la première épreuve des six ans c’est vrai qu’on a fait un coup assez fort, on était vraiment content ! »

Plutôt jeunes chevaux ou « vieux » ?

« Bonne question ! A la fin je préfère quand même les vieux chevaux, car c’est l’aboutissement de tout un travail, et puis il y a aussi l’adrénaline du sport. J’ai une adrénaline plutôt positive donc en concours ça m’aide beaucoup, j’adore jouer le chronomètre ! J’aime quand même les jeunes chevaux parce que si le boulot est bien il en résulte le piquet de vieux chevaux que j’ai actuellement, donc j’aime beaucoup de quatre à sept ans où on voit une progression constante, pas juste sur un ou deux concours. »

Quels sont tes ambitions pour les années à venir ?

« Pour mon équipe c’est que tous continuent de progresser, si on travaille tous les jours comme ça c’est dans le but de progresser. L’avenir pour moi c’est de continuer sur cette lancée, d’avoir des chevaux qui tendent vers le haut niveau, et puis continuer à former des jeunes, à faire émerger de nouvelles pépites, c’est ça aussi le moteur, de toujours re-créer des chevaux pour suivre ceux qui pointent leur nez dans le grand sport. »

Un concours qui te fait rêver ?

« Quand on est comme moi, qu’on travaille tous les jours et qu’on a des ambitions très prononcées, faire le CSI 5* de La Baule avec des chevaux qui commencent à venir à maturité comme c’est le cas actuellement, l’année prochaine, si c’était possible, c’est un concours qui me fait un peu rêver et auquel j’ai envie de participer pour continuer à devenir meilleur ! « 

Propos recueillis par Alice BONNEMAINS.