« La Baule reste la plus belle victoire de ma carrière » Jérôme GUERY

Lors du premier CSI 5* de l’année 2017, à Bâle, nous sommes partis à la rencontre de Jérôme GUERY. Le champion belge s’est livré à nous pour une rencontre exclusive. L’occasion donc de dresser le bilan de l’année écoulée et de connaître ses ambitions pour 2017.

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Quel bilan tirez-vous de cette année 2016 ?

C’était vraiment une année exceptionnelle pour moi dans le sens où il y avait les Jeux Olympiques. C’était un rêve d’enfance d’y participer ! J’ai tout mis en œuvre l’année passée pour pouvoir me qualifier pour ces Jeux parce que malheureusement, la Belgique n’était pas qualifiée en équipe. Il fallait avoir une place en individuelle.
Grâce à Papillon Z c’est arrivé, mais je savais que Grand Cru avait plus de potentiel pour participer aux Jeux. On a commencé début de saison avec une victoire à La Baule (dans le Grand Prix) avec Grand Cru, ce qui m’a confirmé le choix de participer aux Jeux Olympiques avec lui. Après ça, c’est vrai que j’ai eu pas mal de résultats avec Papillon Z mais  Grand Cru van Arenberg a été vraiment un tout petit peu travaillé différemment, vraiment dans l’objectif des Jeux. Il a fait un tout petit peu moins de résultats après sa belle prestation à La Baule, mais j’ai continué avec Papillon Z et avec les autres chevaux comme Alicante qui est aussi arrivé dans mon écurie cette année. Je pense que le résultat de cette saison, c’est d’abord des années de travail et puis aussi un changement de manière de fonctionner. C’est la troisième année que je me concentre vraiment sur le sport. Avant ça j’étais entre le sport et le commerce, je vends un peu moins mes chevaux maintenant, je les garde plus longtemps, ce qu’il me permet de rester dans le haut niveau. J’ai intégré le top trente et j’ai accès à tous les CSI 5*. Il y a vraiment un changement de fonctionnement dans ma structure qui fait que aujourd’hui je suis plus focalisé sur le sport et moins sur le commerce même si j’en fait encore.

Justement parlons des Jeux Olympiques : comment avez-vous vécu vos premiers Jeux (avant et pendant) ?

Comme je disais ces Jeux Olympiques, c’était un rêve !

Avant : on a été prévenus assez tard que j’avais la place  mais je me suis toujours mis dans ma tête, dans mon travail comme si c’était une évidence  pour moi d’y aller . Dès le début d’année, j’ai pratiquement tout ciblé là-dessus pour emmener mon cheval dans les meilleures conditions. Mon cheval était encore très très jeune puisqu’il n’avait pas beaucoup d’expérience dans le haut niveau. Je savais que ça allait être un peu juste pour pouvoir faire, en tout cas, une médaille. Mais mon objectif était vraiment d’y participer, de le faire bien et l’objectif était d’atteindre la finale. C’était un objectif ambitieux, mais je pense qu’il était accessible. J’ai pris contact avec Henk NOOREN, avec qui j’avais déjà eu l’occasion de travailler avant, et on a vraiment travaillé ensemble les deux mois précédents le départ des chevaux pour Rio. J’ai appris énormément en contact avec Henk.

Pendant les Jeux : j’étais très heureux d’y être, ma famille et mes proches on fait le déplacement pour venir me soutenir. J’ai senti aussi beaucoup de gens ici en Europe qui étaient derrière moi (par les réseaux sociaux où mon Facebook n’a pas arrêté de sonner !) je sentais vraiment qu’il y avait toute la Belgique et même aussi une bonne partie de la France qui me supportait et ça ça m’a beaucoup aidé. Et j’ai pris que du plaisir, j’ai atteint mon objectif qui était d’aller en finale. C’est sûr que quand on va en finale on espère toujours plus mais voilà je suis très satisfait de mon cheval, de mes Jeux. Et je suis prêt, je sais ce que je dois encore plus faire pour être prêt dans quatre ans et espérer faire une médaille.

Pourquoi Grand Cru van de Rozenberg et pas Alicante ou Papillon Z ?

Les Jeux Olympiques, c’est quand même assez spécial dans le sens où déjà il y avait le voyage plus la température, c’est un pays chaud. Papillon Z, c’est un cheval qui peut être très très bien sur une épreuve mais un championnat c’est quatre jours, très haut, donc je pense que c’était Grand Cru van de Rozenberg qui correspondait le mieux au type de concours que sont les Jeux Olympiques. Dès le premier jour on saute très haut, très difficile et ça dure assez longtemps donc il faut un cheval qui tient bien sur la longueur. On continue en plus à monter dans la difficulté au fur et à mesure des jours. Et je pense que Grand Cru était vraiment le cheval, même si il manquait d’expérience, c’était vraiment le cheval qui était le mieux pour ce type de championnat.

Avez-vous décidé seul de choisir ce cheval là ?

Oui, c’est moi qui ait décidé de prendre ce cheval même si c’était Papillon Z qui avait remporté la seule place de la Belgique pour ces Jeux Olympiques. J’en avait parlé avec le propriétaire en disant : « Voilà je pense que ça n’allait pas être positif pour le cheval ni pour moi en y allant avec Papillon Z ». Ce qu’il a très bien compris. Une fois que je m’étais dit que j’y allais avec Grand Cru, j’ai tout mis en œuvre pour y arriver dans de bonnes conditions. C’est sûr qu’Alicante aurait pu aussi y aller, maintenant je connaissais un peu moins ce cheval, il est arrivé dans mes écuries début de l’année passée, mon premier concours avec lui était ici à Bâle il y a un an. On ne peut pas aller aux Jeux avec un cheval qu’on connait depuis six mois. Enfin ce n’est pas qu’on peut pas, c’est juste que je préférais y aller avec un cheval que je connaissais un peu plus même s’il avait un peu moins d’expérience.

Avez-vous rempli tous vos objectifs fixés en 2016 ?

Oui mes objectifs pour 2016 sont remplis, maintenant c’est sur que l’on veut toujours plus, donc je pensais qu’après la saison que j’ai eu, je ne peux pas dire que j’ai tout réussi mais : j’ai réalisé mon rêve d’aller au Jeux Olympiques ! Maintenant mon rêve est de faire une médaille aux JO. On a toujours des objectifs ou bien des rêves et quand on les atteint on en trouve d’autres. Je suis très très comblé j’ai beaucoup de chance et je profite de chaque moment que j’ai.

Parlez-nous nous un peu de vous  ?

Je suis un cavalier passionné, compétiteur, j’ai la joie de vivre, je profite de chaque chose. Maintenant je suis conscient que je suis assez privilégié même si je travail beaucoup. Il n’y a pas de miracle on n’arrive pas à faire de bons résultats sans le travail mais il faut aussi une part de chance, une part de réussite et ça je l’ai.

Bâle pour commencer l’année : parlez nous de ce concours indépendant.

C’est le premier concours de l’année, maintenant c’est une continuité des concours vu qu’on est en milieux, voir fin de saison d’hiver. Bâle reste un concours spécial, c’est un cinq étoiles qui n’est pas dans le circuit Coupe du Monde, mais ça reste du très haut niveau, c’est même plus doté que dans beaucoup de Coupes du Monde. Heureusement qu’il y a encore des concours comme Bâle, d’autres CSI 5* l’hiver que des CDM, qui permettent de faire rentrer plus de cavaliers, vu qu’en Coupe du Monde on a un nombre de places limité. On était très restreints pour pouvoir faire du concours de ce niveau là en Belgique, alors qu’on peut voir qu’il y avait huit cavalier belges ici à Bâle, on peut donc voir que les belges sont bons dans le classement mondial. C’est souvent en fonction du classement mondial des cavaliers que les participants sont sélectionnés. On a cinq belges dans les trente meilleurs mondiaux, on est contents d’être tous ici ensemble.

Quel bilan tirez-vous du premier concours de l’année ?

J’ai pris trois chevaux (Papillon Z, Alicante et Instit de Jucaso). Alicante a eu une très bonne saison extérieure, fin de saison il était un tout petit peu moins bien en revanche. Il avait gagné le Grand Prix de Chantilly, il avait été très bien dans le Grand Prix de Monaco où il a presque gagné. Il s’était fait un tout petit peu peur à Aix-La-Chapelle dans la Coupe des Nations. Il a donc fallu un peu de temps pour le retrouver. Mais à Paris il était super, il était troisième d’une grosse épreuve. Il était aussi très bien à Malines où il était deuxième des Sires of World. Là je le retrouve vraiment comme il est. Je voulais le tester ici à Bâle pour faire le Grand Prix.
Papillon Z, on le connaît, c’est vraiment mon cheval de cœur ! C’est lui qui m’a permis de gagner mon premier CSI 5*. C’est lui qui m’a permis de me qualifier pour les Jeux Olympiques. Il a son style, c’est un cheval un peu atypique mais il y a une vrai histoire, une vrai complicité entre nous. Ce n’est peut être pas le meilleur cheval mais il m’a donné tellement dans sa carrière. Maintenant Papillon Z j’essaie de le soulager un petit peu, je ne vise pas les Grand Prix. Maintenant Papillon, il peut un peu tout faire, il peut aussi bien faire une épreuve de vitesse qu’un Grand Prix. Il a pris quinze ans, il a donné beaucoup tout au long de sa carrière, donc j’essaie de moins faire le Grand Prix mais il en fera encore ça c’est sur mais pas tous les weeks-end comme il a fait il y a deux ans.
Instit de Jucaso, c’est un cheval que j’ai depuis un an et demi, très très prometteur. C’est un jeune cheval, il vient de prendre neuf ans cette année. Pour lui l’intérieur c’est un peu difficile, il est très émotif. Mais il a fait un très très bon concours ici (Bâle), il était troisième le premier jour, il est cinquième aussi de l’avant dernière épreuve. Je suis content j’ai des bons chevaux et on espère que ça va continuer comme ça.

Quelle a été votre plus belle victoire de 2016 ?

Sans conteste La Baule, qui a été mon premier concours Super League que j’ai fait en 2010/2011. Et la deuxième fois que j’ai participé à La Baule était en 2016 et je gagne le Grand Prix. La Baule fait partie des concours mythiques comme Aix-La-Chapelle, les plus beaux concours au monde. Gagner le Grand Prix de La Baule reste pour moi, ma plus belle victoire alors que j’ai gagné déjà plusieurs Grand Prix CSI 5*, mais La Baule reste vraiment une victoire spéciale.img_1952

Quel est votre plus mauvais moment sportif de 2016 ?

J’ai une faculté : c’est d’éliminer les mauvais moments et de me concentrer sur les moments positifs. Je n’ai pas de mauvais moments, en tout cas si il y en a eu j’essaie de les effacer et de rester vraiment sur le positif. On fait un travail difficile et il faut vraiment essayer de voir le positif dans chaque chose que l’on vit.

Quelle est l’entente avec vos compatriotes belges ?

On a des cavaliers fantastiques et une bonne solidarité entre nous. Ce sont tous des jeunes (de mon âge et plus jeune), je fais presque partie des anciens (rires). Il y a une nouvelle génération, nous sommes vraiment des potes, il y a vraiment une super ambiance. Je pense qu’on va encore entendre beaucoup parler de la Belgique dans les années à venir, il y a vraiment un noyau de cavaliers fantastiques avec une très bonne mentalité. Il n’y a pas du tout de rivalité au contraire et on a de très bons chevaux. C’est sûr que l’année passée, l’équipe était là mais les chevaux manquait encore un tout petit peu de métier. Les années à venir, on va vraiment faire de très très bon résultats.

Pensez-vous que la Belgique va remonter en Division 1 de la Coupe des Nations, avec cinq cavaliers dans le top trente mondial ?

J’en doute pas du tout, ce n’est même pas que je pense, c’est qu’on va le faire ! On a très peu brillé dans les gros championnats et je pense que si on arrive à garder nos chevaux, parce que la Belgique est un pays de commerce donc c’est toujours un peu délicat de pouvoir garder ses chevaux longtemps, mais si on arrive à garder nos chevaux je pense que l’on va faire des résultats dans les championnats et des podiums. On a de très bons cavaliers avec de très bons chevaux et une très bonne mentalité, maintenant on espère avoir un nouveau chef d’équipe qui va confirmer tout ça et encore plus serrer les liens. Mais le chef d’équipe qui va venir va avoir beaucoup de chance parce qu’il y a vraiment un bon potentiel.

Comment choisissez-vous vos concours chaque week-end ? Quels sont les critères ?

Tout d’abord c’était la priorité aux Coupes du Monde, vu que j’en ai pas fait beaucoup, j’ai du faire un planning parallèle. Je choisis en fonction de la distance, du type de concours et de la dotation qui est importante aussi. Maintenant je regarde aussi la taille de la piste, les infrastructures mais c’est sûr que dans du cinq étoiles comme ici, on a des conditions extraordinaires pour travailler. Quand on fait du cinq étoiles on sait que où que l’on aille, on sera sur un concours de qualité.

Si vous voudriez avoir un cheval en cadeau de Noël tardif, qui serait-il ?

Il y en a beaucoup qui me plaisent bien mais s’il y a un cheval qui me plaît bien c’est un cheval comme Hermes Ryan qui est le cheval de mon ami Simon DELESTRE et qui est un cheval particulier. C’est sûr qu’il y a beaucoup de très très bon chevaux dans le circuit. Hermes Ryan est un petit coup de cœur, il a ce truc magique que les stars ont en plus.

Quels sont vos objectifs pour 2017 ?

2017 va être un tout petit peu une année de transition pour nous en tant que belges. Le premier objectif est de remonter en première division pour la Belgique. Plus personnellement, faire un bon résultat et confirmer la forme de mon cheval aux Championnats d’Europe qu’il prenne un tout petit peu plus d’expérience sur les championnats, même si les Championnats d’Europe n’ont pas autant d’importance pour les qualifications à venir. Les Championnats d’Europe vont montrer comment on est, la forme qu’a la Belgique et créer aussi ce noyau de cavaliers pour les championnats à venir, pour le futur qui seront les championnats du Monde et les Jeux Olympiques. J’ai aussi la chance d’intégrer une équipe dans la Global Champions League, tout comme le Longines Global Champions Tour qui va aussi faire partie de mes objectifs cette année. Je vais faire équipe avec Simon DELESTRE, Julien EPAILLARD qui sont des amis et Athina ONASSIS. On est quatre dans cette équipe, c’est une team d’amis et de copains.  Ça va aussi être nouveau car pour l’instant je n’ai que fait équipe avec l’équipe belge, là je serai avec des cavaliers français et une grecque. Mais voilà ça va être quelque chose de nouveau et que je tiens à faire !

Propos recueillis par Pauline GRAFF.

 

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