Il fait partie des jeunes Français qui ont le vent en poupe ! Edward LEVY, cavalier de vingt-trois ans, était ni plus ni moins que le réserviste de l’équipe de France lors de la finale Coupe des Nations à Barcelone, en septembre dernier. Au lendemain de sa participation au CSI-W 5* d’Equita’Lyon, le Normand a gentiment accepté de se livrer sur cette année riche en sport et sur les objectifs fixés pour le futur.

Quels bénéfices t’a apporté la finale Coupe des Nations de Barcelone ?

« Se retrouver en finale à Barcelone c’était quelque chose de super. Là-bas j’ai pu observer les meilleurs cavaliers du monde en vivant l’événement de l’intérieur. Sportivement parlant, les Français ont fait de bons parcours. A ce niveau, les petits quatre points comptent beaucoup. »

Edward LEVY et l'équipe de France à Barcelone
L’équipe de France en concertation lors de la finale Coupe des Nations de Barcelone © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Comment analyses-tu le début de ta carrière ?

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« Ma plus grande fierté à ce jour est d’avoir essayé de construire quelque chose qui semble pour l’instant solide. Je suis entouré de gens formidables au quotidien, toute la structure Showjump International est composée de personnes absolument géniales, que ce soit en terme de confiance, en terme sportif, humain… Il y a de la sérénité autour de moi et ça c’est incroyable. Pouvoir évoluer comme ça sans avoir l’impression d’avoir une pression quelconque sur le dos, c’est vraiment le top. Alors bien évidemment on a quand même une pression, on a toujours envie de faire le meilleur résultat, que tout marche, que l’on vende des chevaux, mais quand cette pression ne se fait pas ressentir au quotidien, ça enlève vraiment une grosse épine du pied.

Avoir pu construire ce groupement, cette structure, de cette manière-là avec cet état d’esprit-là, c’est vraiment ce dont je suis fier à ce jour. Il me reste cependant beaucoup d’étapes à franchir, et des rêves à réaliser comme m’installer durablement à haut niveau parce qu’y arriver est une chose mais s’y maintenir en est une autre ! Pour tout cela il va falloir trouver les chevaux, améliorer encore le système, améliorer le travail, ma monte, et c’est pour cela que l’on se lève tous les matins. Quand on voit des cavaliers comme Kévin STAUT qui se maintiennent dans le top dix mondial depuis des années, on voit que leur système est vraiment infaillible et c’est donc vers ça que je cherche d’aller.

edward levy longines masters paris
© Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Je peux me dire que j’aurai réussi ma vie quand j’aurai trouvé le juste équilibre entre l’investissement que demande notre sport et l’investissement que je devrai faire à côté, d’un point de vue humain, parce qu’il ne faut pas non plus s’enfermer complètement dans le sport et le professionnel au détriment des autres plaisirs de la vie. J’aurai donc réussi ma vie quand je serai serein et heureux dans la vie que je mène. Ce qui est sûr, c’est qu’avoir des réussites sportives, comme des médailles olympiques, m’aideront à être serein et heureux (rires) ! »

Tu as travaillé pour Patrice DELAVEAU, Ludger BEERBAUM et aux USA, qu’est-ce qui t’inspire le plus dans ton travail quotidien ?

« Quand on a la chance de pouvoir faire deux grandes écuries comme celles des DELAVEAU et BEERBAUM, on essaie de pouvoir s’imprégner de tout et de faire un mix. On a la chance d’avoir vu des choses différentes, à nous d’essayer de trouver le bon équilibre dans ce qui nous va le mieux. Patrice, quand je suis arrivé chez lui à seize ans, j’étais vraiment novice et démarrais dans le monde professionnel. De ma position au travail des chevaux, en passant par l’envie en concours, au fait de se lever tous les jours pour se remettre en question et progresser… Il m’a tout appris, côté professionnel et côté humain ! Je suis arrivé chez lui alors que je faisais quelques CSI Juniors et je suis reparti avec trois participations aux championnats d’Europe Jeunes Cavaliers. Progressivement il m’a installé un rythme de concours, un rythme de travail qui m’a vraiment permis d’évoluer. Quand on peut commencer sa vie professionnelle en ayant l’impression d’être dans une famille comme ce fut le cas pour moi, c’est quand même une grande chance. Les DELAVEAU me l’ont accordée.

Il m’a ensuite lancé à l’étranger pour évoluer dans une nouvelle écurie. J’ai tout fait chez Ludger BEERBAUM, je suis parti du bas de l’échelle. J’ai fait les boxes, monté un peu des jeunes chevaux sur le plat, puis fait sauter Ludger, puis sorti en concours avec mes chevaux, puis les leurs… Il y a vraiment eu une évolution et ça c’était formidable. J’ai eu la chance d’avoir Ludger qui a été très disponible pour moi, il m’a donné un bagage technique incroyable. Mais aujourd’hui je ne peux pas dire qu’il y a un système qui me sert plus que l’autre.

Quand on veut trouver le bon équilibre de toute façon, il faut être germanique mais pas trop, être latin mais pas trop, avoir la rigueur dans l’équitation mais laisser un peu le feeling s’exprimer. Tout est dans le dosage ! »

tu travailles beaucoup avec l’étranger. Est-ce important de parler anglais et d’aller hors frontièreS ?

« Oui, de toute façon parler anglais est important que ce soit dans le cheval ou dans la vie en général. Je trouve ça très important d’aller développer sa structure à l’étranger, ça donne des ouvertures. Même si je ne fais pas vraiment tout le circuit américain l’hiver parce que financièrement pour moi c’est impossible, c’est important d’avoir un pied aux là-bas. J’ai eu la chance de rencontrer Brianne GOUTAL en Floride, qui est une personne incroyable et avec qui nous avons créé une vraie collaboration avec des chevaux de commerce, des chevaux de clients et des chevaux à construire et donc je vais monter là-bas tous les hivers pour monter les chevaux, pour être sûr que notre système est bien rodé. Tout fonctionne bien comme ça ! Quand on est jeune et qu’on a la possibilité de monter à Wellington pour le WEF, c’est une chance et il faut la saisir. »

Décris-nous ton système actuel plus précisément ?

« Je travaille en collaboration étroite avec Brianne GOUTAL pour valoriser ses chevaux ou pour les former au grand sport. Nous avons aussi des élèves qui travaillent aux États-Unis, mon but est de leur trouver des bons chevaux en Europe. La société ShowJump m’aide beaucoup en investissant dans des chevaux pour me voir évoluer dans le grand sport mais aussi dans des chevaux destinés à la vente qui passent sous ma selle, comme Indigo Blue Biolley (maintenant chez Marc DILASSER) et Urhelia Lutterbach. »

Parle-nous de ta rencontre avec Sirius Black ?

« C’est un cheval que je connais depuis longtemps parce qu’il appartenait à Bruno et Sophie COUTUREAU chez qui j’ai vraiment fait mes premières gammes en équitation de douze à quinze ans. Sirius était un cheval que j’ai connu jeune, et puis je suis parti en Allemagne pendant un an et demi chez Ludger BEERBAUM et quand je suis revenu, je l’ai vu sauter à Deauville et j’ai vraiment adoré. Après avoir discuté une ou deux fois avec les propriétaires, le cheval m’était vraiment resté en tête, je trouvais qu’il avait quelque chose en plus. Après l’avoir essayé et grâce à la confiance de mes propriétaires Showjump International, qui m’ont suivi et qui ont suivi le sentiment que j’avais sur le cheval, on a décidé d’investir dedans.

Ça fait un an que je l’ai, je ne pouvais pas savoir que ce cheval allait m’amener dès la première année vers le niveau CSI 5*. En revanche, quand on est dessus, on sent vraiment qu’il y a quelque chose de différent, une certaine légèreté, une certaine assurance qu’on ne retrouve pas chez tous les chevaux. Il a tout de suite accepté le mode de fonctionnement que l’on a essayé de lui donner, un petit peu de structure dans son attitude, un petit peu de perfectionnement dans sa manière de sauter, et il s’est vraiment tout de suite prêté au jeu.

On a encore une grande marge de progression, mais c’est une vraie rencontre… »

Joueras-tu la Coupe du Monde avec Sirius ?

Edward LEVY et Sirus Black, Equita Lyon 2017
Edward LEVY et Sirius Black ont livré une belle performance dans le GP Coupe du Monde d’Equita Lyon, ne renversant qu’une barre © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

« Ce n’est pas mon plan à la base. J’ai la chance d’avoir un bon cheval et un entraîneur national qui nous ouvre les portes du très haut niveau dès que l’on est équipé et dès que l’on en a la possibilité. Quand on a un seul cheval, jouer sur les deux tableaux (outdoor et indoor) est compliqué surtout que les parcours à haut niveau sont vraiment difficiles. Chaque opportunité est vraiment importante lorsque l’on est jeune, c’est important de saisir la chance qui s’offre à nous. »

Comment vois-tu les différentes évolutions du jumping ?

« Je ne suis pas encore suffisamment ancré dans le monde du haut niveau pour donner un vrai avis sur les complications ou les bons côtés que cette évolution engendre. Ce qui est sûr c’est qu’aujourd’hui le sport évolue. Il y a maintenant des circuits très dotés pour les cavaliers, il y a quand même aussi des Coupes des Nations… Alors je sais que certains cavaliers font le choix du Longines Global Champions Tour, d’autres font le choix de rester sur les circuits d’équipe. En ce qui me concerne, j’ai beaucoup de fierté à porter la veste de l’équipe de France. J’espère et je pense toujours garder cet état d’esprit.

Il faut savoir doser, évidemment que les circuits bien dotés ont des bons côtés pour notre sport. C’est un peu la suite logique des choses. Le sport se démocratise, il y a de plus en plus de propriétaires qui veulent investir dans les chevaux, donc c’est normal qu’il y ait des concours avec plus d’argent.

Après il faut comprendre que des gens se plaignent, aujourd’hui si les soixantièmes ou soixante-dixièmes cavaliers mondiaux ne peuvent pas aller faire le circuit du LGCT parce qu’il n’y a plus de place ou parce qu’il y a des gens qui ont payé pour le faire, je comprends aussi la frustration. Je ne peux pas me permettre d’émettre un avis personnel parce que pour l’instant ce n’est pas quelque chose dont je me sens vraiment concerné. »

Propos recueillis par Raphaël GARBOUJ et Jean-Baptiste ORGEBIN.

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