Comme les cavaliers Poney, Club ou Amateur, les professionnels ont aussi leur championnat national avec les Master Pro qui se sont cette année déroulés du 22 au 25 juin à Fontainebleau. Alors que le succès du Generali Open de France à Lamotte-Beuvron est indéniable encore cette année, on remarque que les Master Pro attirent moins. S’ils étaient tout de même soixante-trois à partir en Pro Elite cette année, Olivier ROBERT et Philippe ROZIER ont accepté de nous donner leur avis sur l’absence de certains grands noms du milieu équestre.

Pourquoi les championnats de France Pro Elite n’attirent-ils plus « l’élite » ?

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Olivier ROBERT : « Si vous mettez le championnat de France Pro Elite en face d’un Global Champions Tour comme Monaco, fatalement ceux qui sont en équipe dans la league vont préférer aller là-bas parce qu’il y a un règlement à suivre pour les points ranking. Par exemple, un week-end après  il y avait le CSI 5* de Villach Treffen, qui est loin et où peu de français se rendent… Je pense qu’il y a des dates un petit peu plus adaptées pour le championnat et qu’il faudrait le prendre en compte.

Déjà je pense que la FEI (Fédération Équestre Internationale) et la FFE (Fédération Française d’Équitation) devraient parler ensemble pour trouver une date en commun pour tous les championnats nationaux de tous les pays et on n’aurait plus ce problème. Si tous les championnats nationaux se font en même temps le même week-end, ça devrait régler en partie le problème. Maintenant c’est sûr qu’il y a des cavaliers qui n’ont pas été à Monaco et qui n’étaient pas non plus au championnat de France. Alors là c’est un autre problème, est-ce que c’est un désamour du championnat qui ne compte pas du tout pour eux ? On ne pourra en tout cas pas lutter contre ça. Mais je trouve que ceux qui étaient absents ont eu tort, parce que vraiment c’était un championnat merveilleux, les gens ont pris beaucoup de plaisir et c’était vraiment palpitant et vraiment formidable.

Je trouve que les Belges ont trouvé un système idéal, à savoir que leur championnat  se déroule la même semaine que les championnats du monde des jeunes chevaux à Lanaken. Est-ce qu’on n’a pas intérêt à travailler dans le même sens ? A mon avis on attirerait plus de monde. On pourrait également le rendre obligatoire, mais ça serait vraiment compliqué. Après d’un autre côté on pourrait trouver des choses qui attirent les cavaliers, si vous faites un championnat au mois d’avril, que vous dise que les deux meilleurs ont une chance d’aller à La Baule quinze jours après, ou quelque chose comme ça, ça attirerait encore plus de monde.

Bon, cette année avec soixante et quelques partants dans le championnat Pro Elite, c’est déjà une réussite totale ! Donc si certains cavaliers n’étaient pas en concours ce week-end là et n’ont pas couru le championnat, c’est qu’ils ne voulaient définitivement pas courir le championnat et point à la ligne. Quant au reste je pense que c’était vraiment une grande réussite, il n’y a jamais eu autant de participation d’ailleurs. Je trouve sincèrement que la fédération fait tout pour attirer le monde. Déjà il y a vraiment de bonnes dotations, il faut être réaliste, et pour le reste je ne pense pas qu’ils peuvent faire beaucoup mieux que ce qu’ils font actuellement.

Je suis vraiment satisfait de ces championnats personnellement. Le matin de la finale j’étais vraiment bien placé et j’ai fait deux fautes dans la dernière manche, mais j’ai aucun regret d’être allé au championnat. C’est vraiment quelque chose de fantastique, on passe que du bon temps. »

Philippe ROZIER : « C’est très simple, il y a deux choses principales. La première est que le programme des chevaux est très chargé sur la saison donc l’enjeu n’en vaut pas la chandelle. Les chevaux qui font du CSI 5* et des grands championnats n’ont rien à faire au championnat de France à mon avis parce qu’ils sont très sollicités. Vous voyez, on finit le championnat de France et on est au Longines Paris Eiffel Jumping juste après. Après il va y avoir encore un 5* à Chantilly, après il y a Aix-la-Chapelle. Donc ça c’est la première raison. Et la deuxième raison c’est que par rapport aux autres pays, on laisse aller nos cavaliers dans les compétitions à l’étranger au même moment que les championnats de France.

Il n’y a pas de date sans gros concours, pratiquement tous les week-end il y a un 5*. Ce que je trouve qui est déjà bien c’est qu’ils ont avancé la date dans l’année et je pense que c’est l’un des succès de cette édition. Ca permet de sauter sur l’herbe avec certains chevaux pour commencer la saison avant d’attaquer les internationaux. Après je pense qu’il faut le rendre obligatoire c’est tout. Ce n’est pas qu’on va obliger quelqu’un à sauter le championnat, s’il n’a pas envie d’y aller et qu’il ne veut pas mettre son cheval, on va pas l’obliger d’y aller avec son cheval. Ce n’est pas possible, mais au moins que ce soit ça ou rien. Trouver une date où en face il n’y a pas quelque chose de très très important et en début de saison, je trouve comme ça que c’est bien. Je ne pense pas que ce serait correct de réaliser des sélections pour des Coupes des Nations, des concours ou des championnats sur les Master Pro Elite. Ca ne reflète pas, surtout en début d’année, la saison.

C’est une question qui est difficile que celle de revaloriser ce championnat. En tout cas pour moi le titre aurait plus de valeur si les meilleurs étaient là, je pense que c’est surtout ça la valeur du titre aujourd’hui. Cette année en revanche, je trouve que c’est la meilleure année qu’on ait faite depuis longtemps. Il y avait un vrai championnat qui n’était pas au rabais, avec des grosses côtes et de la grosse concurrence. Donc je trouve que cette année on a fait un pas en avant ! Maintenant pour valoriser le titre de champion de France, c’est sûr qu’il faudrait dans l’idéal que les cinq meilleurs cavaliers français soient là. Le champion de France est invité sur tous les CSI français, ce qui est tout de même une sacré chance ! Aller dans tous les CSI en France et en plus être qualifié d’office pour le Grands Prix sans passer par les qualifications permet je pense, d’être bien content toute l’année d’avoir votre titre de champion de France. Mais les français présents dans le top trente mondial n’ont pas spécialement besoin de ça puisqu’ils sont invités presque partout. On verra si l’an prochain le plateau est tout aussi beau que l’édition 2017, et nous pourrons peut être avancer vers un format qui attire tous nos français.

Moi je l’ai fait parce que j’ai récupéré Quartz Rouge en début d’année et je voulais voir le comportement du cheval sur l’herbe. Donc c’était une opportunité, et je n’avais pas d’autre concours en face à faire. Je voulais mettre Quartz sur l’herbe pour voir comment il réagissait avant d’aller à Chantilly, Aix-la-Chapelle et d’autres concours comme ça. Jusqu’à la finale tout se passait plutôt bien, mon cheval sautait super et à la finale j’ai mal monté mon entrée de triple et le cheval a stoppé. Mais au moins ça m’a permis de voir les choses positives et négatives avant de partir à l’étranger ou dans des gros concours avec le cheval. »

Au mois prochain pour la « Question du mois » !

Propos recueillis par Marie-Juliette MICHEL.

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