Sans eux, le sport ne serait pas possible. Les chefs de piste, aussi appelés course designer dans le jargon, sont à l’origine des parcours sur lesquels les cavaliers se livrent une loi sans merci. Double à deux foulées, palanque après l’oxer numéro neuf, demi-tour en face de la sortie… Tant de questions trottent dans les têtes de ces créateurs afin de livrer de grands moments de sport sur chaque parcours. Si seulement quelques noms de chefs de piste ressortent dans les grands événements équestres, Sylvie ROBERT directrice d’Equita’Lyon, a décidé de donner sa chance à Grégory BODO afin qu’il puisse s’exprimer sur les épreuves internationales de son événement. Après avoir réalisé un sans-faute dans toutes ses constructions, le tricolore s’est livré à Jump’inside, non sans émotion, et revient sur sa première expérience en CSI 5*.

Grégory BODO en pleine action !

Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter ?

« J’ai trente-neuf ans, je suis professeur de marketing et de management. J’enseigne depuis une dizaine d’années dans l’école de commerce CESE située à Metz. J’ai également une deuxième activité, celle de « course designing » (chef de piste, ndlr.) et c’est pourquoi je suis là aujourd’hui à Equita’Lyon. Cette activité est pour moi une véritable passion, elle me colle à la peau depuis que j’ai quinze ans. Je ne peux pas vous expliquer pourquoi mais j’ai toujours été attiré par cette fonction-là. Sûrement à cause de mon amour du cheval et mon côté créatif. Il y a tout un tas d’éléments qui rendent ce travail passionnant. Je réalise une trentaine d’événements par an, nationaux et internationaux, donc je vis cette activité avec une réelle passion. « 

Êtes-vous ou avez-vous été cavalier ?

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« J’ai débuté l’équitation à l’âge de sept ans et j’ai continué jusqu’à mes vingt-et-un ans. Durant ces années, je sortais en compétitions sur des épreuves cotées à 1.30m. J’ai arrêté de monter dès mon retour de service militaire que j’ai passé au sein de la Garde Républicaine avec la gendarmerie nationale. Je souhaitais faire carrière dans cette institution mais malheureusement je n’ai pas été pris à l’issue du concours. J’aurais pu le repasser, mais je suis finalement reparti dans ma région continuer mes études. Ces années à cheval m’ont permis de comprendre beaucoup de choses, notamment le feeling que l’on peut avoir avec l’animal. Je pense que la pratique de ce sport est une caractéristique très importante pour pouvoir être chef de piste. Il faut déjà connaitre le cheval, son mécanisme, son comportement, sans pour autant être un véritable champion à cheval. « 

Vous réalisiez à Équita’Lyon votre premier CSI 5*, comment avez-vous vécu cette sollicitation ?

« J’ai appris la nouvelle en mai dernier par le biais du sélectionneur national Philippe GUERDAT avant d’en être informé dans la foulée par Sylvie ROBERT, l’organisatrice du concours, qui fait avec son équipe des choses exceptionnelles. Je ne vous cache pas que je suis tombé des nues, j’étais stupéfait (rires) ! Mais en même temps ce fut une grande fierté. Me confier un tel événement, mondialement reconnu, avoir la confiance et le soutien de l’équipe de France est un sentiment grandiose. Néanmoins, j’ai hésité avant de donner ma réponse car pour moi le haut niveau représente quelque chose de différent et j’avais un peu peur d’être lâché dans le grand bain. De plus, réaliser mon premier CSI 5* en indoor était un sacré challenge. Le 5* est en effet différent de ce que je peux avoir l’habitude de réaliser sur des concours du Grand National, 2* et 3*. Mais peu importe les concours, je reste toujours dans la même philosophie. J’accorde autant d’importance à un concours médium qu’à un grand événement. Durant quelques jours, j’ai pris du recul sur cette magnifique offre avant de livrer ma décision. J’ai donc accepté mais avec une condition : celle d’être soutenu par un autre chef de piste qui avait déjà réalisé des 5*. Santiago VARELA m’a donc conseillé sur mes différents parcours durant ce week-end sportif. « 

Comment avez-vous abordé cette échéance ?

« J’ai commencé à travailler cet été avec parcimonie sur mes parcours. Je ne me suis pas mis de pression et je suis resté sur la même ligne de conduite que j’adopte pour tous les concours auxquels je participe. Il faut faire ce que l’on sait faire, ne pas changer ses habitudes et surtout ne jamais mettre les chevaux à l’effort. J’ai essayé d’être fidèle à moi-même et ce pourquoi les cavaliers français et étrangers me connaissent. Je ne vais pas vous cacher que j’étais très angoissé avant la fin du Grand Prix ! Mais maintenant que tout est terminé, je suis fier de mon travail. « 

Comment avez-vous imaginé le parcours du Grand Prix Coupe du Monde ?

« J’étais en charge sur l’ensemble de l’événement de tous les tracés des labels internationaux  U25, 2* et 5*, à l’exception des poneys que j’ai délégués. J’ai commencé à travailler sur les grosses épreuves du CSI 5*, les trois épreuves majeures : le Grand Prix Longines du vendredi, les Equita’Masters et le Grand Prix Coupe du Monde. Le fait de commencer dans cet ordre-là m’a permis de monter en puissance pour terminer sur le Grand Prix dominical. J’ai eu justement, durant ces trois jours de compétition, le sentiment que le sport est monté en puissance. Le Grand Prix de vendredi n’était pas facile mais pas non plus exigeant pour les chevaux. C’était un parcours assez fin avec un nombre de sans-faute acceptable pour un premier jour (treize sans-fautes sur quarante-neuf partants, ndlr.). On a eu du beau sport, un beau barrage et un beau show ! Ensuite, les difficultés sont apparues progressivement et nous avons pu assister tout au long du week-end à du grand sport. La réussite des parcours résulte d’une alchimie de plusieurs composantes dont font partie les précieux conseils de Santiago VARELA« 

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Parcours du Grand Prix Coupe du Monde de Lyon dessiné par Grégory BODO.

Avez-vous un chef de piste que vous admirez ou qui vous inspire ?

« Le terme admirer est peut-être un peu exagéré, mais il y a beaucoup de chefs de piste pour lesquels j’ai énormément d’estime. Je félicite leur travail, leur expérience, tout ce qu’ils ont pu faire durant leur carrière. J’ai pu côtoyer des grands noms de ce domaine, que ce soit par l’intermédiaire de Santiago VARELA, que je connais depuis peu finalement ou d’autres personnes. La première fois que j’ai pu travailler avec lui, c’était durant le championnat du Monde de 2014 à Caen lorsqu’il était délégué technique. Puis nous avons collaboré ensemble à Calgary et il m’a invité à la finale Coupe des Nations de Barcelone. J’ai également beaucoup d’estime pour Frank ROTHENBERGER qui était le dernier chef de piste en titre d’Equita’Lyon. J’ai pu apprécier son travail lors de ses invitations à Aix-La-Chapelle et durant les championnats d’Europe Juniors. Il y a également d’autres grands noms comme Uliano VEZZANI, Fréderic COTTIER et beaucoup d’autres encore qui ont chacun leur philosophie. Sans oublier les nombreux chefs de piste français qui m’ont mis le pied à l’étrier lorsque j’étais jeune ! Dans tous les cas, il ne faut pas essayer de copier ce que font les uns ou les autres, il faut rester soi-même. « 

n’y a-t-il pas un parcours qui vous a marqué ?

« Je n’ai pas spécialement un parcours qui me vient à l’esprit. En tant que spectateur ou assistant chef de piste sur de grosses échéances, j’ai bien-sûr vu des Grands Prix totalement spectaculaires, avec du très grand sport et du show. Il y a des lieux qui s’y prêtent particulièrement comme à Aix-La-Chapelle ou Calgary où j’ai eu la chance de pouvoir participer. « 

Quelles sont, selon vous, les qualités qui se rejoignent dans votre activité D’ENSEIGNANT et de chef de piste ?

« La première qualité est avant tout la rigueur. C’est vraiment un élément très important, il faut être très rigoureux dans toutes les choses que l’on entreprend sans pour autant exagérer et être trop strict. Je suis également perfectionniste, j’aime les choses qui sont bien faites. Il faut aussi rester humble, avoir confiance en soi et donner confiance aux autres. Dans mes deux activités je manage. Dans l’enseignement, je manage des étudiants avec pour objectif de décrocher leur diplôme donc vous leur donnez un plan à suivre sur plusieurs années pour qu’ils puissent évoluer. Dans le course designing c’est la même chose avec mon équipe, mes assistants. Ces éléments sont à mon sens très importants. Et concernant l’activité de chef de piste, il faut avant tout être un Homme de cheval. Préserver l’intégrité et le bien-être du cheval c’est primordial, je ne le dirai jamais assez ! « 

Maintenant que vous vous êtes fait remarquer lors de votre premier CSI 5*, quelles sont vos ambitions ?

« Je n’ai pas de prétention particulière. Aujourd’hui j’ai un autre métier qui est celui de l’enseignement et que je ne dois pas négliger. Bien sûr que maintenant je suis prêt à continuer dans cette lignée, celle du haut niveau. Je ne vais pas vous cacher que participer à un tel événement était l’un de mes objectifs, peut-être pas aussi rapidement que cela s’est fait à Lyon, mais il est important pour tout le monde d’avoir une vision d’avenir. Travailler à l’étranger est une belle perspective, car il ne faut pas toujours rester sur son propre territoire, il faut aller voir ce qu’il se passe ailleurs. Je vais donc rester très attentif aux différentes offres. « 

Propos recueillis par Raphaël GARBOUJ.

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