Sacré meilleur cavalier du CSI 3* de Megève et très régulièrement classé dans les GP 2* et 3* comme à Villeneuve Loubet, Cagnes sur Mer, Valence, Megève ou Lons le Saunier, du haut de ses 23 ans, le jeune cavalier aixois Romain DREYFUS n’a pas à rougir de sa saison 2017.

Installé depuis plus de trois ans au sein du Haras familial à Saint Esteve Janson, Romain trace son chemin pas à pas, avec en ligne de mire l’atteinte du très haut niveau. Rencontre avec un homme de cheval passionné, travailleur et talentueux, mais surtout amoureux de ses chevaux !

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Tu as un parcours un petit peu atypique en ayant commencé l’équitation sur le tard, peux-tu nous en dire plus ?

« A la base les chevaux ce n’était pas du tout mon truc, pas du tout ma passion. Je ne connaissais pas du tout ce milieu, je venais ici (au Haras de St Esteve Janson) en vacances chez mes grands parents, à l’époque où il y avait encore les Haras Nationaux qui louaient les installations. Moi mon truc c’était le foot à fond, j’étais en sport études, j’ai commencé à jouer à un bon niveau, à faire des sélections à l’OL et ensuite malheureusement j’ai eu un gros problème au tendon d’Achille et mon chirurgien m’a clairement dit que je ne pourrais plus jamais jouer au foot. Il m’a dit que je ne pourrais plus faire que deux sports, soit la natation, soit l’équitation. Donc je me suis dit, après tout pourquoi pas l’équitation !

Pour moi c’était vraiment un besoin de faire du sport, j’étais un peu hyperactif, je le suis toujours d’ailleurs (rires), donc je me suis lancé. Au final ça m’a plu tout de suite, je regardais Équidia tous les dimanches soirs, j’y comprenais rien mais je regardais tout le temps et finalement je me suis rendu compte que j’étais complètement passionné. J’ai attaqué le poney à treize ans, je ne savais même pas seller un cheval, et six mois après j’étais aux championnats de France en hunter. »

tu as donc décidé d’en faire ton métier ?

« Oui j’ai très vite été très passionné, j’avais un copain qui montait bien et on se tirait un peu la bourre, ça me motivait, je me suis orienté sur une école où je faisais moitié équitation et moitié cours. On a fait comme ça et c’est ensuite devenu mon métier très vite puisqu’à l’âge de seize ans, on a décidé avec mes parents que j’arrêtais les cours parce que ce n’était pas vraiment mon truc. Mais ils ne m’ont pas lâché, la condition était que je travaille, et ils m’ont donc envoyé directement chez un marchand, Jean-Vincent BARACAND à Valence. Il m’a appris beaucoup de choses, la gestion d’une écurie, l’entretien, le commerce, les jeunes chevaux etc. J’y suis resté un an. Ensuite je suis parti en Normandie chez Xavier VACHER avec qui j’avais eu une drôle de rencontre.

A l’époque je ne faisais que des petits concours amateurs, et un jour un copain, qui ne monte pas du tout à cheval mais qui était un ami de Xavier, m’a proposé d’aller au concours de La Clusaz pour me présenter des amis à lui. Et une fois là bas, je me suis dit «  c’est ça que je veux faire ». Et puis J’ai fait la rencontre de Xavier un soir au resto, j’étais en face de lui et il ne m’a même pas adressé la parole de la soirée. Moi de mon côté je cherchais absolument une place en Normandie pour me perfectionner dans mon équitation mais il n’avait pas vraiment l’air réceptif. Finalement on a passé la soirée ensemble, on a fait la fête jusqu’à tard et il m’avait dit «  Demain je vais gagner le Grand Prix » et effectivement le lendemain il a gagné le Grand Prix. Je me suis dit c’est énorme, et au final, le soir même il m’envoyait un texto dans lequel il me disait qu’il acceptait de me prendre chez lui. Ça a tout de suite collé, on s’est très bien entendus et on a passé de très belles années ensemble. »

Cela fait maintenant trois ans que tu es installé dans le sud de la France, comment s’organise ton activité ?

« Les trois piliers de mon écurie ce sont les concours, le commerce et mes propriétaires. Ça a été un peu compliqué au début, pendant presque deux ans je n’ai pas eu de clients stables, j’arrivais tout juste dans la région, seulement vingt ans, personne ne me connaissait, et même si j’avais déjà eu de bons résultats en Normandie, j’étais un quasi inconnu. Du coup j’ai quand même fait pas mal de petits concours dans la région, pour me faire connaître, j’ai assez rapidement eu des résultats et ça s’est fait comme ça. A l’époque je n’avais que mes deux chevaux, aujourd’hui j’ai quand même une dizaine de chevaux de propriétaires donc je dirais que la première moitié de l’objectif est rempli.

Ce qui est très important et ce que je veux vraiment faire c’est remercier mes clients, parce que c’est vrai qu’aujourd’hui au niveau du personnel c’est un peu compliqué, on a pas forcément les moyens d’embaucher, mais j’ai des propriétaires formidables qui sont toujours prêts à me donner un coup de main et ça ça n’a pas de prix. J’ai mon père aussi, pour qui ce n’est pas toujours facile, mais qui est toujours prêt à mouiller sa chemise pour m’aider, à faire les boxes, à sortir mes chevaux, à m’accompagner en concours, heureusement qu’il est là ! J’ai aussi mon frère, Vincent, qui gère un peu le côté administratif et ma communication et mon autre frère, Louis, qui me donne souvent un coup de main à l’écurie.

Et enfin j’ai mon meilleur ami, Jeremy BALLIER, qui connait très bien le milieu, et qui est primordial pour moi. Il m’aide à gérer une partie de ma comm, il me donne des conseils aussi bien à cheval que pour tout ce qui est à côté. Il a un super coup d’œil donc il est vraiment capable de m’aider sur plein de petits points techniques, il connait les chevaux par cœur, et moi aussi d’ailleurs. Quand je sors d’un tour et que j’ai pas forcément fait un très bon résultat je sais qu’il va me remonter le moral, par exemple quand je sors de piste je ne veux parler à personne, mais lui c’est le seul qui peut m’appeler et me remettre en forme. »

Tu passes beaucoup de temps avec tes chevaux, dirais-tu que la relation cheval/cavalier est essentielle ? Est-ce que cela peut faire la différence ?

« Je ne sais pas si c’est ça qui peut faire la différence, mais pour moi c’est hyper important, parce que je considère tous mes chevaux comme mes meilleurs amis. Ce ne sont pas des machines, je peux pas les traiter comme des mobylettes, je ne me vois pas arriver le matin, sortir le cheval du box, aller sauter et le remettre au box, c’est trop dur pour leur moral. Ils ont besoin de moral pour aller sauter des barres, pour faire du concours, je ne veux pas qu’ils aient l’impression d’être en prison, passer du temps avec eux, c’est vraiment essentiel pour moi. »

quel avenir envisages-tu avec Ultima Quorrada, ta jument de tête ?

« L’objectif final évidemment c’est d’essayer de faire du CSI 5*, peut-être que l’on aura nos chances si elle est bien régulière cette année sur les CSI 3*, mais je n’ai pas envie d’aller trop vite. Elle n’est pas particulièrement à vendre, ça reste mon cheval de tête et mes propriétaires me suivent, après évidemment il y a des offres que l’on ne peut pas refuser. Mais notre but aujourd’hui c’est vraiment de l’emmener au plus haut niveau, d’aller le plus loin possible, c’est ma jument de tête ! »

Comment s’organise ton piquet de chevaux aujourd’hui ? Sur qui d’autre peux-tu compter en 2018 ?

« A part Ultima, j’ai aussi Urasis de la Manade (Kashmir Van’t Shuttershof x Joyau d’Hof Ten Bos), qui est mon cheval de vitesse et qui va continuer à sauter les épreuves au chronomètre à 1.40 ou 1.45m, il fera peut-être quelques Grand Prix 3* cette année aussi s’il est en forme. Celle qui est le plus prêt derrière ensuite c’est Tout Kom des Camphoux (Idem de B’Neville x Fast), propriété de Charlotte PEURIERE-MATHIEU, qui a déjà classé des 1.45m cette année. Après j’ai trois bons huit ans, la première Auckland (Wilson x Diamant de Semilly), qui est une jument de commerce, elle est pleine de moyens, elle est encore un peu verte dans le travail mais elle va vite rattraper les autres. Je l’ai dans mes écuries depuis le mois d’octobre, elle devrait sauter 1.40m très vite, voire 1.45m d’ici le milieu de saison.

Il y a aussi Niara d’Elsemdam Z (Nabab de Rêve x Ciel d’Espoir), qui a pris un peu de retard suite à une blessure en milieu de saison mais qui avait déjà fait de beaux parcours sans-faute dans les épreuves réservées aux chevaux de sept ans et qui devrait rapidement faire 1.40m également. La dernière huit ans c’est Caipirinha de Hus Z (Conrad x Cassini II), propriété de Catherine DONNEZAN, pour qui l’objectif serait qu’elle fasse bien les Grand Prix à 1.40m et qu’elle puisse me permette d’assurer et d’avoir un deuxième ou troisième cheval dans les CSI 3*. Et enfin j’ai deux jeunes chevaux, un six ans, Calife du Nevez (Tinka’s Boy x Papillon Rouge), qui est un cheval un peu particulier puisqu’on l’a acheté à quatre avec des amis et des membres de ma famille et qui est mon cheval d’avenir, destiné à être mon cheval de tête un jour. Et enfin le petit dernier c’est Dream Boy (Qody de St Aubert x Diamant de Semilly) qui fera les cinq ans cette année. »

Justement quels sont tes objectifs pour cette année ? Comment planifies-tu ta saison ?

« Cette année on va monter une équipe avec Joffrey BUARD pour le Grand National, l’objectif c’est vraiment d’essayer de participer à un maximum d’étapes, d’être le plus performant possible dans ce circuit qui peut être un beau tremplin. En parallèle, le but aussi c’est de faire du sans-faute dans les Grand Prix CSI 3* ou 4*. »

Ton prochain objectif c’est la veste bleue ?

« Oui bien-sûr c’est le rêve de tout le monde, on se lève tous les matins pour ça, ça reste un rêve mais c’est très compliqué. Aujourd’hui le très haut niveau c’est un peu bloqué, il y a énormément de bons cavaliers, on voit toujours un peu les mêmes sur les gros concours ou les championnats, mais c’est sur que c’est une idée qui reste dans un coin de ma tête, forcément. »

Parmi les chevaux actuels que l’on voit sur le circuit 5*, lequel rêverais-tu d’avoir dans ton écurie et pourquoi ?

« Je les veux bien tous ! C’est difficile comme question … Si vraiment je ne dois en retenir qu’un ce serait peut être le cheval de Kent FARRINGTON, Voyeur, il est vraiment hors normes. Il est ultra concours, à voir c’est pas forcément le plus spectaculaire mais il est toujours là quand il faut, à chaque moment important. Il a le respect, la vitesse, les moyens, il a tout ce cheval ! »

 Propos recueillis par Mathilde DONNEZAN.

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