Si certaines nations telles que la Suisse ou la Belgique ont décidé d’envoyer des équipes composées de cavaliers piliers, d’autres telles que l’Allemagne et la France ont fait le choix de donner une chance à des couples moins expérimentés. Que ce soit en tant que sélectionneur ou cavaliers, ces championnats d’Europe seront les premiers pour certains et peuvent apparaître comme un test pour les uns comme pour les autres. Marc DILASSER, cavalier tricolore sélectionné pour la première fois pour ces championnats senior, ainsi que Rodrigo PESSOA, chef d’équipe de l’Irlande depuis cette année, ont accepté de nous rencontrer.

Les championnats d’Europe 2017 sont-ils un championnat test ?

Marc DILASSER : « Ce championnat ne qualifie pas pour un autre et est ainsi le seul du cycle à ne pas avoir d’enjeu en plus du titre continental. Il est évident que cela permet aux chefs d’équipes de prendre plus de risques et d’essayer de nouveaux couples comme le fait Philippe GUERDAT avec Mathieu BILLOT par exemple.
Il y a évidemment toujours une pression dès lors que l’on prend part à un championnat mais ce n’est qu’une question d’habitude. Il faut savoir gérer cette pression de la même façon qu’une Coupe des Nations, et participer à des championnats permet d’apprendre tout cela. Il est certain que sur papier notre équipe est plutôt mixte par rapport à certaines qui seront en Suède. Mais cette sélection suit une certaine logique : si les cavaliers ne sont jamais envoyés sur un championnat, ils ne peuvent pas prendre d’expérience. Prenons Kevin STAUT et Kraque Boom par exemple, ils avaient réalisé quelques fautes lors de leur première participation et cela ne les a pas empêchés de remporter le titre deux ans plus tard. Cela montre bien qu’il faut donc s’aguerrir sur ce type de format afin d’être meilleur par la suite.
Pour faire de bons résultats en équipe, que cela soit en Coupe des Nations ou dans un championnat, je pense qu’il faut que tout le monde s’entende : le résultat ne vient pas uniquement de l’accumulation des performances individuelles. Il faut qu’il y ait un élan positif qui pousse tout le monde et que nous ayons tous envie de nous battre.
Si d’ailleurs il y a bien une vertu que l’on peut attribuer à Philippe, c’est celle de faire tourner ses équipes. En effet, un certain nombre de cavaliers différents ont été envoyés sur des Coupes des Nations dans les deux ligues cette année : il fait tourner tout le monde. Nous avons de la chance en France, car entre les nombreux 5* sur notre territoire et tous les CSIO, je ne pense pas qu’un couple puisse aujourd’hui dire que Philippe ne lui a pas donné sa chance. Il a eu cette année la réaction digne d’un chef d’équipe en demandant à tout le monde de se mobiliser pour les Coupes des Nations. Certaines personnes ont tout donné pour cela, d’autres moins, et il a fait des choix en conséquence.
Ceci dit, malgré la présence d’équipes plutôt mixtes et d’autres très fortes en Suède, je pense que tout peut vraiment se passer. Les parcours seront imposants et la concurrence reste très importante. On ne va pas nier qu’il y a des noms moins connus du grand public, mais chaque équipe a des cavaliers et des chevaux qui ont réalisé de belles performances sur des gros concours, donc tout reste ouvert. Ce n’est pas parce que l’on ne connaît pas le nom des cavaliers qu’ils n’ont pas le niveau pour sauter un championnat. » 

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Rodrigo PESSOA : « Oui, il est possible de dire que ces championnats sont en quelque sorte un test. Il faut se rappeler que cela reste un championnat d’Europe, et même si un championnat continental demeure important, celui-ci ne qualifie pour rien cette année, il n’y a pas de qualification pour les Jeux Equestres Mondiaux ou les Jeux Olympiques qui est en vue. Cela donne donc une opportunité pour les sélectionneurs mais aussi les couples, de pouvoir envoyer de nouveaux cavaliers qui n’ont pas beaucoup, ou qui ont peu d’expérience. C’est pour cela que l’on voit cette année plusieurs équipes qui font des essais avec des équipes aux compositions un peu mixtes, avec des cavaliers qui ont de l’expérience et d’autres moins. Il est pratiquement certain que s’il y avait eu un enjeu autre que le titre continental, si des qualifications pour d’autres championnats s’étaient jouées, que l’on aurait vu des équipes aux compositions différentes participer.
Cependant on ne peut pas dire que les résultats seront pour autant plus prévisibles. Cela reste une compétition et on ne sait jamais ce qui va se passer. Même s’il y a un mélange au niveau de l’expérience des cavaliers y participant, la compétition sera encore très relevée. La certaine hétérogénéité des équipes n’enlèvera rien au niveau relevé du championnat.
Cela a beau être ma première année en tant que chef d’équipe pour l’Irlande, en tant que sélectionneur, on souhaite bien faire, peu importe l’âge que l’on a. Pour moi, l’équipe d’Irlande est ma priorité. Quand on prend la décision de prendre un poste comme celui-ci, on souhaite avoir de bons résultats, et on se met donc une pression d’office sur le dos, mais il n’y a rien d’inhabituel. Mon expérience me sert, il s’agit d’analyser et de bien le faire : il faut voir ce qui est important au bon moment, prendre en compte la forme du moment de chaque cheval et également son historique. J’essaie de prendre les bonnes décisions avec mon expérience personnelle.
Au niveau du choix que j’ai fait concernant les cavaliers irlandais qui partiront en Suède, je peux dire que nous avons une équipe qui est forte. Nous avons dans ce qu’il y a de mieux en ce moment et nous visons vraiment une médaille par équipe. Il est important à mes yeux qu’il y ait une cohésion dans le groupe et pas uniquement la performance et résultats individuels. Evidemment, chacun doit monter le mieux possible afin qu’il y ait un bon résultat en équipe. Individuellement ils doivent tous bien sûr bien monter, mais je ne m’inquiète pas, ce sont des cavaliers d’expérience. »

Au mois prochain pour la « Question du mois » !

Propos recueillis par Marie-Juliette MICHEL.

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