Si les Jeux Olympiques 2016 se sont déroulés avec la crainte de voir la disparition des sports équestres lors des futures éditions, nous sommes heureux de savoir que nous retrouverons bien le dressage, le concours complet et le saut d’obstacles en 2020. Cependant, un changement pourrait intervenir : des équipes de trois couples au lieu de quatre prendraient le départ. Si la décision sera votée en novembre à Tokyo, Jump’inside est allé à la rencontre de Daniel BLUMAN et Lorenzo DE LUCA qui se sont exprimés à ce sujet.

Que pensez-vous du possible nouveau format de compétition par équipe pour les sports équestres aux Jeux Olympiques ?

Daniel BLUMAN : « Je pense que, d’un côté, cela pourrait être une bonne chose parce qu’il va probablement y avoir plus de pays représentés dans les épreuves par équipe aux Jeux Olympiques. Je pense que pour des grands pays, comme les États-Unis, l’Allemagne, la France, la Suisse (des pays qui sont très forts en équipe), ce n’est pas la meilleure des idées parce que,pour eux, c’est déjà suffisamment difficile de choisir les quatre cavaliers qui iront les représenter comme ils ont tant de bons cavaliers à très haut niveau. Pour les plus petits pays, les pays en développement qui ont des équipes fortes mais pas autant que celles que j’ai citées, cela pourrait être une bonne idée parce que cela leur permettrait vraiment d’être en compétition face à ces grands pays. Vous savez, pour un petit pays comme la Colombie ou le Canada d’une certaine façon ou le Brésil, ils peuvent mettre trois très bons cavaliers dans une équipe mais quatre, cela devient beaucoup plus difficile. Il y a deux aspects quant à cette nouvelle règle, je pense que comme tout le reste, cela doit être testé et, après les premiers Jeux Olympiques durant lesquels ils veulent la mettre en place (qui sont je crois Tokyo) , il y aura une autre discussion. Ils verront s’ils doivent continuer avec ce format ou revenir avec celui que nous avons depuis les dernières décennies. (En 1964 Tokyo et 1968 Mexico, les sports équestres étaient déjà en équipes de trois. De même, à Londres 2012, le dressage par équipe était aussi à trois couples par équipe, ndlr.). »

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Lorenzo DE LUCA : « Je pense que le plus gros problème arrive quand il faut organiser des championnats tels que ceux-là. Mais au final, pour une grosse compétition, les pays ont besoin des quatre cavaliers. Je pense qu’ils devraient garder les équipes de quatre cavaliers pour les Coupes des Nations lors des Jeux Olympiques. On parle toujours du respect du cheval et de tous les sujets autour, mais au final tout peut arriver avec les chevaux, ce sont des animaux. C’est vrai qu’il y a beaucoup d’argent en jeu à chaque fois (les dépenses pour participer aux Jeux Olympiques par exemple). Mais, pour le respect du cheval, du sport et des propriétaires des chevaux, je pense qu’au final le meilleur moyen est de garder ce qu’il y a de mieux pour les cavaliers et pas uniquement pour les résultats. C’est bien et plus excitant d’avoir un cavalier qui peut voir son résultat ne pas être compté au classement final en cas d’échec mais, que le reste de l’équipe puisse se battre comme des lions pour tout de même accrocher une performance ! »

Pensez-vous que l’une des raisons ayant motivé ce changement serait de réduire la durée de la compétition en elle-même ?

Daniel BLUMAN : « Vous savez, je pense qu’avec déjà trois ou quatre cavaliers, l’épreuve sera longue pour des gens qui ne connaissent pas le sport que ce soit avec trois ou quatre cavaliers. Donc, je ne pense pas que ce soit vraiment l’objectif que la FEI essaie d’atteindre. Je pense que passer de quatre à trois cavaliers permettra de voir plus de drapeaux dans les compétitions. Ils essaient peut-être de faire en sorte que les épreuves durent moins longtemps  pour qu’elles soient plus médiatisées et attirent plus d’audience, c’est possible vous savez. Ils ont parlé d’avoir une finale par équipe aux JO en une seule manche avec huit à dix équipes, ce qui n’est pas loin de ce qu’on a maintenant… Ils sont en train de jouer un peu avec le format et peut-être que le but est d’attirer une plus grande audience mais, surtout je crois que ce qui les intéresse est finalement de voir plus de pays représentés aux Jeux Olympiques. »

Lorenzo DE LUCA : « Je ne sais pas… Je pense que c’est parce que c’est la première fois que l’équitation pourrait ne pas être représentée aux prochains Jeux Olympiques avec des spectateurs potentiels qui ne connaissent pas bien notre sport et pensent que c’est un sport comme les autres, alors que pour nous, c’est un peu différent : nous avons un animal avec nous. Au final, c’est plus excitant quand on a ce quatrième cavalier dans notre équipe. Même pour le public qui y assiste comme on a pu le voir à Dublin avec une belle ambiance et des retournements de situation, c’est plus excitant à voir. Une Coupe des Nations comme celle de Calgary était aussi très bien à voir. Cette année, par exemple, parce qu’il y a quatre cavaliers dans l’équipe et qu’un score pouvait s’effacer au résultat final, cela garde du suspens que l’on aurait plus s’il n’y avait plus que trois cavaliers. »

Pensez-vous que l’on pourrait voir la même chose se produire aux Jeux Équestres Mondiaux, aux continentaux et Coupe des Nations ?

Daniel BLUMAN : « C’est tout à fait possible de voir cela se produire aux Jeux Équestres Mondiaux après les Jeux Olympiques surtout parce que les Jeux Mondiaux présentent un problème avec beaucoup trop de participants. C’est extrêmement long et n’est plus aussi intéressant surtout pour le public et les compétiteurs : il y a juste trop  de monde. Donc, je pense que c’est quelque chose qui pourrait se répéter après les premières Olympiades à trois. Je suis presque 100% positif que cela pourrait se produire. Quant aux championnats régionaux ou continentaux, je ne suis pas sûr, vous savez. Je ne pense pas qu’ils devront appliquer cela parce qu’il n’y a pas tant de pays que ça et ce sont déjà des jeux continentaux et pas mondiaux. Pour la Coupe des Nations, cela ne changera certainement pas, je pense que le format de la Coupe des Nations va rester à quatre cavaliers pour la même raison que j’ai mentionnée auparavant. Les gros pays et les pays de taille moyenne ont besoin de ces quatre places pour pouvoir voir leurs cavaliers concourir et vous savez, donner des opportunités à de jeunes cavaliers de venir monter dans l’équipe nationale, c’est génial. Le sport équestre est un sport que l’on peut pratiquer pour beaucoup d’années donc, si vous réduisez les compétitions en équipe à trois cavaliers, vous aurez pratiquement toujours les mêmes cavaliers dans certaines équipes, les cavaliers très forts et très braves. Ils sont d’ailleurs assez jeunes pour pouvoir garder cette place pour de nombreuses années à venir. Donc, vous devez faire attention de ne pas trop limiter les opportunités pour les gros pays afin que les cavaliers puissent avoir la chance de monter dans les compétitions les plus importantes. »

Lorenzo DE LUCA : « Je pense qu’à partir du moment où ils décideront de choisir trois ou quatre cavaliers pour les prochains JO, tout changera ensuite pour les championnats. Quand vous allez à un championnat, vous devez décider quels cavaliers entraîner et s’il y a trois cavaliers dans les Coupes des Nations de ce championnat, tout le monde se fait avoir. Si un cavalier se blesse dans la warm-up ou à l’entraînement et ne peut plus monter par exemple, tout peut arriver vous savez… Même quand on va à un concours normal, pas seulement les Coupes des Nations, tout peut arriver. Tout peut arriver à l’aéroport, tout peut arriver à la détente, avec les jeunes chevaux… Mais, au final, il y a tellement d’argent impliqué dans notre sport que pour prendre une décision telle que celle-là, il faut que cela crée une différence importante pour tout le monde, que tout le monde soit content. Et, quand ils verront combien de pays ont voté pour garder quatre cavaliers, combien de pays ont voté pour trois cavaliers, ce sera une grande différence, comme en Europe où l’on a seulement un pays qui a voté pour trois cavaliers. Au final, notre Fédération doit continuer à se battre pour notre position : pour la position des cavaliers. Je crois que tout le monde est d’accord pour conserver les quatre cavaliers. Donc, je pense qu’il faudrait tout laisser comme ça pour l’avenir du sport. »

Au mois prochain pour la « Question du mois » !

Propos recueillis par Marie-Juliette MICHEL.

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