Âgé aujourd’hui de trente-neuf ans, Marc DILASSER réalise en cette année 2017 une magnifique saison en étant sélectionné pour les championnats d’Europe senior à Göteborg. Après de nombreuses participations et podiums en Coupes des Nations avec Obiwan de Pilière, c’est maintenant le hongre bai de dix ans Cliffton*Bélesbat qui le porte au plus haut niveau. Rencontre lors du CSIO 5* de Dublin avec le cavalier champion de France Pro-Elite en 2016.

Il s’agit de votre première participation au CSIO de Dublin, quelles sont vos impressions du concours ?

« Le concours de Dublin est vraiment un concours extraordinaire. Je pense qu’il fait partie de ces concours mythiques où l’on sent vraiment qu’il y a une âme et une histoire, il ne s’agit pas d’un simple bac à sable au cœur d’un centre-ville. L’entrée est assez chère (de 20€ à plus de 100€, ndlr) et des milliers de personnes sont attendues et il a été dit que toutes les places dans les gradins avaient été vendues pour la Coupe des Nations et le Grand Prix. On peut dire que c’est une véritable institution en Irlande et que les gens viennent pour voir du sport, du spectacle. En tant que cavaliers, nous avons vraiment hâte d’entrer en piste.

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Cette piste est d’ailleurs très plate par rapport à d’autres terrains en herbe tels que Hickstead qui comporte de nombreux dénivelés, ou bien Chantilly ou Fontainebleau, mais le sol est de très bonne qualité. Le terrain semble ici immense et l’ambiance de stade qu’il peut y avoir avec les gradins tout autour impressionne parfois les chevaux.

Le public irlandais est oui, un public de connaisseurs. Et on a vu pendant les épreuves de vitesse c’est un public qui veut du sport, qui pousse les cavaliers à aller plus vite. C’est vraiment un vrai public des gens de chevaux. »

Pouvez-vous faire un point sur votre situation actuelle au niveau de votre carrière ?

« J’ai fait du 5* il y a quatre ans, et j’avais commencé l’année 2013 avec trois chevaux concourant à ce niveau : Qamaieu de Montsec, Dame Blanche Van Arenberg et Obiwan de Pilière. J’ai cependant commencé l’année 2014 sans un seul de ces trois chevaux, et j’en ai donc profité pour me restructurer. J’ai ainsi acheté une propriété sur laquelle j’ai réalisé des travaux afin de l’agrandir et j’ai embauché un cavalier pour monter des jeunes chevaux. Aujourd’hui, j’ai la chance d’avoir des clients qui me suivent. Il y a bien sûr le Haras de Bélesbat avec Cliffton, mais également Geraldine HIERONIMUS qui a investi dans Indigo Blue et Cinderella. J’ai aussi Siamoise Minotière avec Madame Bastin et j’ai la chance d’être le co-propriétaire d’Utah Van de Rock avec Caroline BOU. J’ai donc un lot de propriétaires qui sont très motivés par le sport. Il faut savoir que je m’étais donné cinq ans pour que le sport puisse reprendre le pas sur le commerce, et aujourd’hui on peut voir que cela s’est passé plus vite que prévu, mais je reste un dingue de sport. Maintenant que j’ai une structure, de l’expérience grâce aux erreurs que j’ai pu commettre il y a quelques années ainsi que des propriétaires et des chevaux, je souhaite vraiment réussir à faire du beau sport le plus loin et le plus longtemps possible. »

Vous participez cette année aux championnats d’Europe senior pour la première fois de votre carrière. Pensez-vous que les résultats auront une influence sur les futures sélections en équipe ?

« Oui, bien sûr que les résultats influeront les prochaines sélections en équipe de France. Il est évident que si l’on réalise un bon championnat, il est possible que cela puisse déboucher à certaines choses par la suite. Evidemment, on y va tout d’abord pour se battre pour l’équipe de France, mais également pour pouvoir prendre un maximum d’expérience et d’enseignement qui puissent nous être utiles pour la suite. »

Pouvez-vous nous parler de Cliffton*Bélesbat et de son évolution cette année ?

« Cliffton*Bélesbat évolue petit à petit mais il continue à évoluer. Il n’a fait que trois concours 5* cette année pour le moment, quatre avec celui-ci à Dublin, mais il s’est très bien comporté les trois fois. A part le Grand Prix de St Gall, il s’est classé dans tous les Grands Prix dans lesquels il a couru cette année donc il n’est pas là par hasard. Maintenant, il a encore besoin de s’aguerrir encore à ce niveau, et c’est pour cela que Philippe GUERDAT souhaitait que je saute de nouveau une Coupe des Nations en venant ici à Dublin, afin de l’endurcir. C’est un cheval qui n’est pas démonstratif mais il est très généreux et m’en donne toujours. Il franchit tous les paliers qu’on lui demande et il est très intelligent : il trouve toujours la solution pour faire mieux.

Cela fait quelque temps qu’il n’a quasiment sauté que sur herbe, même si nous avons sauté au Touquet où il avait gagné et Bourg-en-Bresse où il était septième, qui sont des pistes sur sable. Nous avons cependant fait St Gall, puis le championnat de France à Fontainebleau, Chantilly et Hickstead qui eux sont tous des compétitions sur herbe. Les concours où Philippe pouvait me donner des sélections étaient des CSIO qui se trouvaient être sur herbe, et il est plus compliqué pour moi d’être sélectionné sur un 5* classique ou bien sur un Global Champions Tour. Mais le type de terrain mis à part, le but était d’aguerrir Cliffton au format des Coupes des Nations. »

Comment travaillez-vous vos chevaux en prévision de gros concours tels que des CSIO et Coupes des Nations ?

« Cliffton n’a pas couru le Grand Prix à Hickstead afin de le préserver pour cette Coupe des Nations à Dublin. Cette année nous avons vraiment travaillé afin de préserver mon cheval et de le construire sur ce format d’épreuve. J’avais toujours dit à Philippe que porter la veste bleue était ce que je voulais le plus, et il est certain que je me battrai pour la porter. »

Comment avez-vous abordé cette Coupe des Nations, dernière étape qualificative avant la finale à Barcelone ?

« Je l’ai abordé très motivé, notre équipe était encore un peu mixte mais nous nous entendons tous les quatre très bien. Nous étions extrêmement motivés et nous avions envie de redonner le sourire à notre entraîneur, les dernières Coupes des Nations ayant été synonymes de moins de réussite. Si d’un côté les classements étaient mauvais, les points ne l’étaient pas tant que cela. »

Vous avez obtenu le titre de champion de France en 2016 et nous savons que vous êtes attachés à ce championnat. Aimeriez-vous de nouveau l’obtenir ?

« Oui, pourquoi pas, peut-être qu’en 2018 je participerai au championnat de France avec un autre cheval. Cependant pour moi il est sûr qu’être champion de son pays est quelque chose de très important, et je pense que cela doit être le cas dans tous les pays d’Europe. Il suffit simplement de remonter à quelques années pour voir des cavaliers médaillés de nombreuses fois dans un championnat national. En France nous avons Eric NAVET qui a été cinq fois champion de France et Ludger BEERBAUM a remporté ce titre de nombreuses fois en Allemagne également. Lorsque l’on fait la comparaison avec d’autres sports, il est tout simplement impossible de ne pas participer au championnat d’Europe ou au championnat du monde sans avoir concouru au championnat de France, et j’attache donc à ce championnat national une grande importance.

Un autre exemple de cavalier très titré est Roger-Yves BOST avec qui nous en parlions. Il a lui le grand chelem : il est champion de France, d’Europe, du monde et olympique. Il n’y a pas de doute qu’un titre de champion de France marque dans un palmarès, et que dans certains cas, il puisse, à l’inverse, manquer. Mais cet aspect « palmarès » mis à part, ce titre ouvre de nombreuses portes. Cela a été le cas pour moi, et j’ai utilisé ainsi le système fédéral du Grand National et du championnat de France (le champion de France Pro-Elite est invité à tous les CSI 4* et 5* de France, ndlr). Avec l’ouverture que Philippe GUERDAT avait promise, j’en ai vraiment bénéficié. Je souhaite d’ailleurs remercier la Fédération pour avoir mis en place ce système qui permet de construire chevaux et cavaliers, si je suis arrivé jusque-là, c’est vraiment grâce à eux. »

Votre saison étant réussie jusqu’à présent, souhaitez-vous participer au circuit Coupe du Monde indoor ?

« Cela va être très compliqué puisque l’année prochaine les cavaliers français n’auront que trois places pour les épreuves se déroulant hors de notre territoire. Je ne sais donc pas pour le moment, et je suis plus à l’écoute de mes chevaux. Au mois d’avril par exemple, je n’aurais jamais imaginé finir au championnat de France moins de six mois plus tard, même si j’ai fait un programme pour que mon cheval puisse monter en puissance doucement. Mais je fais confiance à Philippe qui m’a toujours ouvert la porte lorsque nous étions prêts. En début de saison il m’avait même conseillé de ne pas sauter à La Baule ou Bordeaux car cela aurait été trop prématuré. Nous avons pris le temps de former le cheval et je suivrai son programme comme je l’ai fait jusqu’à présent, et nous verrons où cela nous mènera. »

Propos recueillis par Marie-Juliette MICHEL.

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