Membre de l’édition 2017 de la Rolex Young Riders Academy dont elle a été la première représentante d’un pays non-européen, Karen POLLE s’est révélée cette année en s’imposant au plus haut niveau. Cinquième d’une épreuve à 1.50m avec Kino au CSIO de Spruce Meadows, deuxième avec With Wings lors d’une épreuve à 1.55m CSIO de Dublin ou encore cinquième lors de sa première participation au mythique concours de Genève, la jeune Japonaise continue à signer de belles performances permettant au drapeau nippon de se faire une place dans un sport dominé par l’Europe et les Etats-Unis. Entretien avec une étoile montante du sport asiatique.

Parlez-nous un peu de vous pour commencer.

« Je monte un peu partout même si je considère être basée aux Etats-Unis dans le Connecticut. Lorsque je suis en Europe, je suis basée en Belgique. Je suis née au Japon mais j’ai grandi et j’ai été élevée aux Etats-Unis. Je ne savais même pas que le saut d’obstacles était un sport lorsque j’ai commencé à monter : je voulais simplement grimper sur un poney ! Il y avait une petite écurie près de chez moi et nous passions devant à chaque fois que nous rentrions à la maison, j’ai juste voulu essayer et tout est parti de là ! Au final, je n’ai jamais vraiment monté de poneys : je suis rapidement passée sur un petit cheval. Les poneys aux Etats-Unis ne sont pas comme les poneys que l’on trouve en Europe : ils ne sautent pas comme ils le font ici ! Je suis impressionnée par le monde des poneys sur ce continent, j’adore ce circuit et je trouve cela fantastique ! Voir les épreuves poney à Dublin m’a même donné envie de m’en acheter un. »

karen polle gp versailles
© Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Vous avez donc beaucoup voyagé cette année entre les Etats-Unis et l’Europe ?

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« J’ai été en Floride pendant trois mois cet hiver puis je suis allée en Belgique en avril, avant de passer cinq semaines à Calgary et je suis revenue en Europe. Que l’on parle de concours aux Etats-Unis ou en Europe, j’aime les deux. Ils sont en fait très différents les uns des autres et nous voyons beaucoup de personnes différentes. Je pense que prendre part à la fois aux concours européens et américains reste quelque chose d’amusant car ce ne sont pas toujours les mêmes personnes sur les mêmes chevaux à chaque compétition et cela permet de faire varier les lieux. »

Pouvez-vous nous dire un mot sur vos chevaux et sur la façon dont vous les travaillez ?

« Mon cheval de tête est With Wings que j’ai depuis maintenant sept ans, il connaît donc bien son métier à présent. Mon plus jeune cheval est un neuf ans nommé Kino qui, lui aussi, sait ce qu’il a à faire. J’adorerais avoir de jeunes chevaux afin de pouvoir préparer le futur, c’est d’ailleurs ce que je recherche. Au niveau du travail de mes chevaux, que ce soit un simple CSI ou un CSIO, j’essaie de faire en sorte que chaque concours soit préparé de la même façon. Si une méthode marche, pourquoi la changer et faire quelque chose différemment ? Je cherche simplement à arriver sur les concours avec des chevaux très frais et en pleine forme. »

Pouvez-vous revenir sur votre expérience au CSIO de Dublin ?

« Je fais une bonne saison pour l’instant, une très bonne même. J’ai de très bons chevaux et nous avons beaucoup travaillé. C’est très agréable de voir ce travail récompensé. J’étais très heureuse de pouvoir participer à ce concours car il fait partie de ceux auxquels vous devez aller au moins une fois dans votre vie. Evidemment j’espérais faire de bons résultats car mes trois chevaux sont très bons (Little Lord 90, With Wings et Kino, ndlr), je fondais beaucoup d’espoirs en eux. Cependant, quand le niveau de compétition est aussi élevé on ne sait jamais ce qui peut arriver et je suis très satisfaite de ce que j’ai fait. Lorsque j’ai vu le terrain mardi avant même que les épreuves ne commencent, j’ai tout simplement été bouche-bée : le premier mot qui m’est venu en tête était « wow ». C’est encore mieux que sur toutes les photos que j’ai pu voir. J’ai vraiment passé un bon moment ici, la piste est vraiment unique. »

Vous Y avez d’ailleurs RÉALISÉ de belles performances…

« C’était formidable, c’était un sentiment extraordinaire. Battre de grands cavaliers est quelque chose d’incroyable. C’est mieux que d’obtenir un simple bon résultat parce que cela montre que vous devez être très bon. Il est donc très agréable pour moi de savoir que je peux me mesurer à eux et même les battre de temps à autres. »

Comment choisissez-vous les concours auxquels vous participez ?

« J’aimerais pouvoir intégrer quelques étapes qualificatives du circuit Coupe du Monde à mon emploi du temps. Cependant je n’ai que trois chevaux pour le moment dont un qui ne peut pas encore sauter ces hauteurs-là, il est un peu difficile de participer à tous les concours que je souhaiterais faire et d’y ajouter les étapes Coupe du Monde, je dois donc faire des choix. En général je vais toujours en Floride puis à Calgary l’été avant de venir en Europe. Tous les 5* européens sont pour moi fabuleux ou iconiques, et venir à Dublin est quelque chose que j’ai toujours voulu faire. Mes choix de concours sont donc faits en fonction des compétitions auxquelles je rêverais d’aller et j’essaie de faire en sorte de pouvoir y participer. Je vis un véritable rêve en ce moment et je dois en profiter pendant que j’ai d’aussi bons chevaux. »

karen polle gp geneve
© Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Que pensez-vous de l’absence de pays d’Asie de l’Est dans le monde du saut d’obstacles ?

« Je pense que les racines du sport se trouvent en Europe, davantage de personnes connaissent l’équitation là-bas et ont pu grandir en montant des chevaux. Au Japon le saut d’obstacles est une discipline qui est moins pratiquée et qui n’est pas aussi connue. A cela il faut aussi prendre en compte que c’est un pays qui est géographiquement très éloigné de l’Europe et beaucoup plus petit, il est plus difficile d’y élever des chevaux. A mon avis c’est une combinaison de ces différents facteurs qui fait qu’il est plus difficile pour des pays asiatiques, dont le Japon, d’être présents sur la scène internationale du saut d’obstacles. Il est d’ailleurs très difficile de concourir à un tel niveau au Japon car cela est pratiquement inexistant là-bas. Si vous voulez devenir un cavalier de haut niveau et pouvoir affronter les plus grands, il me semble qu’il soit nécessaire d’être en Europe ou aux Etats-Unis. Être parmi les rares représentants des pays asiatiques est assez génial pour moi. Il est toujours agréable de voir un nouveau drapeau lors de concours et j’aime cela, ça me rend unique. »

Après un sans-faute dans le Crédit Suisse Grand Prix à 1.55m, une cinquième place dans l’Accumulateur et une qualification dans le difficile Grand Prix Rolex, Karen est revenue sur sa première participation au CHIO de Genève : « Superbe première expérience à Genève ! Deux petites fautes dans le Grand Prix mais Wingy a tellement bien sauté et je suis contente de la façon dont je l’ai monté. C’était l’un des parcours les plus difficiles que j’ai pu sauter ! J’espère pouvoir revenir l’an prochain !« 

Propos recueillis par Marie-Juliette MICHEL.

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