Jeanne SADRAN était l’une des stars du monde des poneys. Associée à son charismatique étalon Rominet de Bruz, la jeune toulousaine s’est distinguée sur les Grands Prix, remportant notamment celui du CSIOP du BIP en 2016. Désormais âgée de seize ans, Jeanne doit se tourner vers de plus grandes montures. Mais attention, ce n’est pas un tournant pris à la légère : investissement dans des chevaux 5*, coaching de haut-niveau… La cavalière a mis en place un véritable système de professionnel. Découvrez tout dans cette interview !

Nous avons vu ta SŒUR COMMENCER LES CONCOURS AVEC TON PONEY Rominet DE BRUZ, est-ce que tes années poneys sont DÉFINITIVEMENT terminées ?

« J’ai fait quatre saisons de Grands Prix à poneys, un championnat d’Europe Poneys, j’ai gagné le Grand Prix du CSIOP de Fontainebleau, j’en ai donc bien profité mais maintenant je suis passée définitivement à cheval.« 

Peux-tu faire un bilan général de toutes ces années à poney ?

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« C’était de superbes années, elles ont été très enrichissantes. J’ai participé à de très beaux concours, j’ai appris à aller vite et à sauter de grosses barres avec les poneys, c’est quand même incroyable ! Pour moi le passage à poney est même indispensable avant de passer à cheval.« 

Jeanne SADRAN et Rominet de Bruz ©Scoopdyga.com / Pierre Costabadie

Quel est ton meilleur souvenir durant tes années à poney ?

« Ma victoire dans le Grand Prix du CSIOP de Fontainebleau en 2016 avec Rominet de Bruz.« 

Et TON PIRE SOUVENIR ?

« La première année aux championnats de France à Lamotte-Beuvron, je suis complètement passée à coté de la première manche en As Excellence. J’ai très mal monté, je n’étais pas vraiment concentrée. J’étais très déçue mais cela m’a permis de repartir de plus belle pour la suite.« 

Maintenant que tu es passée à cheval, comment analyses-tu l’univers des poneys avec du recul ?

« En France nous avons un très bon circuit poney, chose que nous ne retrouvons pas forcement à l’étranger. Grâce au circuit Tournée des As, nos épreuves se déroulent les samedis et dimanches, nous pouvons donc nous consacrer à nos études le reste de la semaine. Je n’ai pas trouvé infaisable le fait de concilier le sport avec les études même s’il faut faire des concessions. En famille, nous consacrons beaucoup de temps pour discuter du programme avec les poneys afin d’avoir une bonne organisation.« 

Peux-tu nous présenter ton piquet de chevaux ?

« J’ai actuellement deux chevaux de tête : Une Pèche, jument de neuf ans, qui a été débutée par Robin MUHR. Je l’ai récupérée lorsqu’elle avait huit ans et qu’elle commençait à bien enchaîner les 1.45m. Reflet d’Aazif est le cheval avec lequel je participe au épreuves juniors cotées elles aussi à 1.45m. J’ai également une autre jument de neuf ans, Utha du Priel, qui est compliquée mais exceptionnelle avec qui on peut aller tout sauter. Je peux aussi compter sur Josephine vd Bisschop qui est arrivée il y a environ six mois dans mes écuries. Elle n’a que huit ans donc elle manque d’expérience et a encore besoin d’être construite. Mais je pense que ça va être une très bonne jument pour le futur. J’ai aussi un cheval de six ans.« 

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Jeanne SADRAN lors du CSI 2* d’Equita’Lyon sous les conseils de Franck SCHILLEWAERT

Comment a DÉBUTé ton partenariat avec Robin MUHR ?

« J’ai réalisé un stage durant l’été 2015 chez Eric MUHR, le père de Robin, et il a présenté Unforgettable Damvil à mes parents lorsqu’il avait six ans. Nous l’avons alors acheté et comme c’était un étalon et que je venais à peine de commencer à cheval, ils ont décidé de lui confier. Robin l’a donc entièrement construit puisqu’il l’avait dans ses écuries depuis l’age de trois ans. Mes parents voulaient acquérir un autre cheval pour lui confier et c’est comme cela que nous avons trouvé Une Pèche qui était chez Laurent GUILLET.« 

Avec qui t’entraînes-tu ?

« Je m’entraînais donc avec Eric MUHR jusqu’en juin dernier mais il habite assez loin de chez moi. J’avais besoin de quelqu’un qui me suive au quotidien donc Franck SCHILLEWAERT s’est installé dans nos écuries à Toulouse en quittant la Normandie. Nous l’avons rencontré aux championnats d’Europe en Autriche et c’est donc lui qui me coach maintenant. Franck nous suit avec ma sœur à la maison et en concours.« 

Si tu devais retenir un conseil de ton coach Franck SCHILLEWAERT, lequel serait-il ?

« Tout d’abord Franck SCHILLEWAERT est un super préparateur de chevaux, il est très à l’écoute d’eux. Il accorde beaucoup d’importance à la rectitude, au contrôle et au dressage des chevaux mais aussi à leur moral, il aime beaucoup qu’on les masse ! C’est chouette qu’il s’en occupe bien« 

Robin MUHR effectue son premier 5* avec Unforgettable Damvil ce week-end à Equita’Lyon, pensais-tu que c’était un cheval de ce gabarit ?

« Quand nous l’avons acheté à six ans, on ne pensait pas qu’il allait arriver à ce niveau là. C’était plus dans l’optique de créer une aventure avec Robin et sa famille. Robin a donc beaucoup de mérite car il a su l’attendre, l’écouter et maintenant il connait le cheval par cœur. Il est vraiment devenu un super cheval. Je pense même que Robin ne s’attendait pas à cela. Au début c’était un cheval banal, il n’a pas transcendé tout le monde mais il a trouvé le bon cavalier.« 

Quand est-ce que vous avez décidé du moment où Unforgettable allait passer sous ta selle ?

« Je devais le récupérer l’an dernier mais on a préféré le laisser encore une saison avec Robin et je pense qu’on a bien fait car c’est vraiment cette année-là où le cheval s’est révélé. Ils ont vraiment fait quelque chose de formidable aux championnats de France Pro Elite à Fontenaibleau cette année, où ils terminent sixièmes. Le cheval n’a que neuf ans et s’est comporté de manière incroyable et s’il n’avait pas raté sa chasse, je pense qu’il aurait été sacré champion de France. Ensuite ils se sont vus ouvrir les portes des Coupes des Nations, où ils sortent sans-faute dans la première manche puis quatre points en deuxième manche au CSIO 3* de Samorin. Nous ne pensions pas qu’ils allaient pouvoir faire un CSI 5* donc c’est vraiment une belle fin pour eux. Dans tous les cas, je pense que nous n’avons pas fini de travailler avec Robin et ce n’est que le début d’une longue histoire.« 

Comment suiviez-vous la carrière de Unforgettable Damvil ?

« Mes parents ne sont pas issus du milieu des sports équestres donc ils n’étaient pas toujours derrière Robin à lui demander les moindres résultats de chaque parcours. Nous lui faisions confiance et on le laissait faire comme il l’entendait.« 

Quel est donc ton programme avec ce nouveau cheval dans ton piquet ?

« Nous allons aller à Oliva faire la tournée en février prochain. Je vais commencer à enchaîner sur de petites épreuves à 1.10m. Nous n’allons pas précipiter les choses et ajusterons le programme en fonction de notre évolution. »

Mises-tu ta future carrière dans le haut niveau ou as-tu un plan B si jamais cela na fonctionne pas ?

« Je vais au lycée, je suis actuellement en première S. Chez nous ce sont les études d’abord et après le cheval. Au début je montais à cheval juste pour le loisir et puis au final c’est tellement prenant que j’ai intensifié ma pratique. Ma mère aimait bien l’équitation, par contre mon père pas spécialement et aujourd’hui ils me suivent au quotidien de très près. Ma petite sœur a elle aussi mis le pied à l’étrier et mon frère aime bien les chevaux donc c’est devenu une histoire de famille. Pour l’instant je veux vraiment me consacrer à mes études, même si c’est un peu tôt de le dire maintenant, j’aimerais faire médecine donc je vais tout faire pour atteindre cet objectif.« 

Propos recueillis par Théo CAVIEZEL.

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