Rencontré au terme de la Super As Elite de Bordeaux, le sélectionneur de l’équipe de France poneys Olivier BOST nous a parlé de ses plans pour 2018 et de l’état du circuit poney en général. Bonne lecture !

L’As Excellence de Bordeaux vient de se terminer, quel est votre bilan ?

« Je trouve qu’il y a un lot de cavaliers encore jeunes et à former. Quelques uns sortent du lot,  ils ont déjà tourné en Grand Prix Excellence l’année dernière, d’autres ont fait quatre points, huit points, douze points. Là tout de suite au dessus du lot, je dirais qu’il y a Arthur DELPLACE. Il a déjà couru toute la saison en Grand Prix et a fait deux CSIO l’année dernière. Je suis content du couple que RomaneORHANT forme avec Quabar des Monceaux, ils se sont rapidement bien entendus, cela conforte le choix de Claude CASTEX. Ensuite j’ai trouvé que Louise DESMAISIERES a aussi réalisé un bon parcours. Après il y a toute une série de jeunes qui arrivent. »

Des concours comme celui-ci offrent aux jeunes cavaliers un cadre exceptionnel. Comment organisez-vous leur week-end ?

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« A leur arrivée nous avons fait un point puis je leur ai présenté l’organisateur et ils ont regardé le paddock des cavaliers de haut-niveau. Samedi matin, ils ont du venir à sept heures pour travailler leurs poneys au milieu de Kévin STAUT et Simon DELESTRE. Je leur montre un peu tout le fonctionnement d’un CSI 5*. Il faut qu’ils comprennent pourquoi il faut se lever le matin pour remettre son poney d’aplomb pour qu’il soit bien décontracté l’après-midi. 

cette année l’équipe de France est complètement renouvelée, comment reconstruire une toute nouvelle équipe ?

« Ce week-end, les côtes étaient simplement à 1.25m. J’essaie de beaucoup dialoguer avec les coachs pour leur faire comprendre ce que j’attends d’eux et quel travail ils doivent effectuer en amont pour se perfectionner. »

Plusieurs poneys piliers de l’équipe de France ont quitté le pays. Comment compose-t-on par rapport à cela ?

« C’est quelque chose qui fait partie du sport ! Nous faisons partie des nations fortes donc quelques uns de nos bons poneys sont récupérés par d’autres pays, c’est le jeu. Mais nous avons de bons sept ans, de bons huit ans, des poneys d’avenir et j’ai confiance dans les investisseurs de poneys français qui vont continuer à soutenir l’équipe de France poneys. Nous avons quand même la chance d’avoir des personnes comme André MAGDELAINE, le propriétaire et éleveur de Quabar des Monceaux, qui a toujours voulu garder son poney. Nous avons aussi Sligo de Mormal qui revient avec Pauline SCALABRE, son père Eric n’a pas voulu le vendre. Nous avons des éleveurs et des gens passionnés qui ne veulent pas vendre leurs poneys et c’est important !

Comme je le disais, nous en avons quand même gardé quelques-uns comme Uhelem de Seille, Quabar des Monceaux et la famille SADRAN a conservé Rominet de Bruz. Après, il y a des gens pour qui ce n’est pas une passion ou d’autres dont les enfants grandissent et qui n’ont pas d’enfants pour prendre la relève donc ils doivent vendre. De bons poneys et de bons chevaux partent ainsi à l’étranger. C’est un risque mais je trouve que l’on a su garder trois ou quatre bons poneys, nous avons un jeune réservoir, cela va le faire ! Il faut dire que l’élevage français est très bon. Nous produisons bien donc les gens viennent acheter en France ! »

Gardez-vous un œil sur le circuit jeunes poneys?

Jusqu’à présent pas vraiment. J’essaye de regarder les vidéos des meilleurs poneys de cinq, six et sept ans pour me tenir informé. Mais tous les enseignants sont là-bas et font leurs marchés pendant les finales jeunes (pendant le Sologn’Pony qui se tient généralement mi-août à Lamotte-Beuvron, ndlr). »  

Comment va se dérouler la suite de la saison ?

« Nous allons maintenant nous rendre aux Supers Tournées des As du Mans et de Jardy après quoi le groupe de tête va se resserrer. Il y aura ensuite le CSI de Barbizon. Nous organiserons un petit stage avant le CSIO de Fontainebleau et après cela nous y verrons un peu plus clair, nous pourrons choisir quels seront les quatre couples qui sauteront la Coupe des Nations de Fontainebleau (du 12 au 15 avril 2018, ndlr). »

olivier bost
© Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Le circuit Super As s’est mis en place en début de saison. Comment le jugez-vous et quelle place va-t-il tenir dans le processus de sélection ?

« Je trouve que c’est bien, cela permet de créer une dynamique dans le sens où l’on forme non seulement des cavaliers mais également des enseignants. Nous avons beaucoup travaillé avec Eric MUHR, Claude CASTEX, Eric SCALABRE, mais aujourd’hui nous avons besoin d’élargir le groupe le travail. Cela permet de leur montrer ce que nous attendons d’eux. Nous avons fait un gros travail sur le toisage des poneys, le travail sur le plat, le tout en essayant de créer un esprit de groupe. Louis-Marie DESMAIZIERES s’occupe elle de toute la partie vétérinaire. »

Depuis quelques années, vous avez mis en place de nombreux stages fédéraux très complets (comprenant du media training, des cours d’anglais, de coaching mental…), comment vous jugez cet apport?

« Je pense que c’est très bien, c’est un vrai plus. Il fallait que les jeunes cavaliers sachent comment on accède au plus haut-niveau. J’ai vraiment insisté là-dessus. Aujourd’hui nous devons encore améliorer le travail sur le plat et la professionnalisation de nos enseignants. Je suis convaincu que tout dépend de l’envie des coachs de transmettre et d’améliorer leurs élèves. »

Un circuit Coupe du Monde s’est d’ailleurs mis en place l’année dernière, qu’en avez-vous pensé ?

« De manière générale, toutes les initiatives prises en faveur des jeunes sont intéressantes. De notre côté, nous n’avons pas l’habitude de terminer la saison en décembre mais au mois d’août, il est difficile de re-préparer les cavaliers de seize ans et moins pour la fin de l’année. Souvent les poneys sont loués, vendus ou échangés entre le 1er août et le 30 septembre. »

A haut niveau on voit que les grands circuits et Grands Prix sont mis en valeur au détriment des championnats de France. Est-ce qu’avec un circuit coupe du monde et un circuit super As en poney, les championnats de France auront la même valeur ?

« Oui, au niveau des poneys les championnats de France sont incontournables, ce sont une étape de qualification obligatoire pour les championnats d’Europe. Les systèmes Poneys, Children, Juniors, Jeunes Cavaliers sont tous axés sur leur championnat de France. Par contre, il est vrai qu’à haut niveau nous avons du mal à positionner notre championnat de France Pro. C’est pour cela qu’il est devenu une étape du Grand National qui est aussi ouverte à de plus jeunes cavaliers. Il y a dix ans, il y avait moins d’argent à gagner en concours à très haut-niveau mais aujourd’hui le championnat de France Pro Elite ne peut pas concurrencer les étapes du Global Champions Tour ou de CSIO. En revanche, je pense que c’est important de l’organiser au mois de juin, au moment où le terrain est en bon état. »

Quels vont-être vos objectifs pour les championnats d’Europe de Bishop burton cet été ?

« Une médaille demande toujours un petit peu de chance surtout que là nous avons vraiment une équipe jeune. J’espère toujours une médaille parce que je n’aime pas perdre. Mais le groupe que nous avons est très tendre, cela va être difficile. Je n’ai pas prévu de baisser les bras tout de suite ! »

Est-ce que les jeunes passent plus tôt à cheval qu’avant ?

« J’encourage les jeunes à passer le plus tôt possible à cheval. J’ai entendu trop longtemps que quand tu montes à poney tu ne peux pas monter à cheval, mais je pense que c’est faux. Un cavalier doit adapter son œil et adapter ses foulées à la grandeur de son cheval. On arrive à faire du petit vélo et du grand vélo. Il faut arriver à faire les deux, c’est plus une question de contrôle de la foulée et d’impulsion liée à la précision. »

Le réservoir de jeunes cavaliers à cheval est-il suffisant ?

« Nous avons de très très bons jeunes cavaliers. Philippe GUERDAT leur ouvre des portes et Thierry POMMEL fait attention à cela. Ce qu’il se passe c’est que dans certains pays, des cavaliers professionnels ont arrêté de monter pour mettre leurs enfants à cheval comme chez les PHILIPPAERTS en Belgique ou chez les FUCHS en Suisse. En France, toute une génération de cavaliers dont fait partie mon frère Roger-Yves a choisi de continuer à monter. C’est un choix personnel. Nous avons Edward LEVY, Nicolas DELMOTTE, Alexandra PAILLOT… Trente-six cavaliers ont sauté des CSIO en seconde division en 2017, la dynamique jeune est assez forte. Effectivement les CSIO de première division sont courus par une douzaine de couples avec un objectif de médailles à terme. Nous avons presque trop de cavaliers, nous manquons de chevaux, le monde équestre entier manque de chevaux ! »

Comment expliquez-vous ce renouvellement complet, cette nouvelle génération à poney ?

« Nous l’avions anticipé avec Arthur DELPLACE, Louise DESMAIZIERES qui a été sélectionnée pour le CSIOP à Wierden l’an passé, Alice LAINE aussi mais sa ponette l’a lâchée ce week-end. Sur les CSIO de l’an dernier, nous avions quatre couples en préparation. Nous faisons avec les poneys que l’on a aujourd’hui. On ne peut pas inventer des poneys ou les cloner, j’aimerais bien pourtant ! Il faut quand même souligner que la filière s’est professionnalisée. Avant, les gens élevaient des vaches et des chevaux, aujourd’hui davantage de gens n’élèvent que des chevaux pour du vrai sport. Je crois que nous avons de très bonnes souches maternelles, des gens passionnés d’élevages. Mais je suis d’un naturel assez optimiste. La génétique a progressé. Les gens produisent moins mais mieux et plus précis. »

Vous voyez-vous encore à la tête de l’équipe de France poney dans quelques années ?

« Je ne saurais pas le dire ! Le président de la Fédération Française d’Équitation a nommé une Directrice Technique Nationale, SophieDUBOURG, qui m’a mis en place. J’ai toute une équipe autour de moi composée de vétérinaires, de Thierry POMMEL et Philippe GUERDAT. Nous nous entendons tous très bien. Je suis quelqu’un qui regarde au loin, j’ai une vision à long terme. Je rapporte des médailles parce que c’est ma passion d’aller chercher la gagne.« 

les bleus à la cérémonie d'ouverture des jem 2014
© Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Propos recueillis par Charlotte MARICHAL et Théo CAVIEZEL.

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