Deux Jeux Olympiques, trois Jeux Équestres Mondiaux et deux championnats continentaux. En dix ans, que ce soit sous les couleurs du Brésil ou de l’Ukraine, la carrière de Cassio RIVETTI compte sept participations à trois championnats majeurs. Après avoir monté pour l’Ukraine pendant sept ans à partir de 2009, le cavalier de trente-sept ans a choisi de reconcourir pour son pays d’origine, le Brésil depuis septembre 2016. Rencontre lors du CSI 5* de Dinard.

Pouvez-vous nous parler de votre changement de nationalité et de votre relation avec l’équipe brésilienne ?

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« A vrai dire avant de monter pendant huit ans pour l’Ukraine, j’étais déjà dans l’équipe brésilienne. Je pense que j’ai simplement mis fin à une mauvaise période, quand l’Ukraine a eu un peu de mal avec les chevaux et que c’était compliqué d’acheter. J’ai alors pensé que c’était le bon moment de retourner sous les couleurs du Brésil et d’attendre deux ans.

C’est plutôt une bonne sensation de voir que l’équipe a gagné la Coupe des Nations à Hickstead, ils ont fait du très bon travail. Ils ont une équipe très forte en ce moment avec de bons chevaux et de bons cavaliers. Je pense que l’année prochaine on peut s’attendre à une équipe brésilienne vraiment forte. »

Quelle a été votre expérience des Jeux Olympiques de 2016 au Brésil, à domicile ?

« C’était génial, je m’étais préparé à monter là-bas. Sous quelles couleurs n’était pas important, je montais pour l’Ukraine, mais le Brésil restait mon pays. Ça ne s’est pas très bien passé mais ça arrive dans le sport et c’était cependant un sentiment extraordinaire que d’être dans mon pays.

La jument que j’avais était Fine Fleur du Marais et j’ai commencé à la monter peu de temps avec les Jeux, huit mois avant. Cela a été un peu le problème avec l’équipe ukrainienne en fait, trop de changements de chevaux. J’ai donc commencé à la monter au début de l’année et je n’ai pas eu beaucoup de temps pour la préparer et me mettre avec. Elle a été très bien sur les concours précédents les Jeux, mais pas lors des Jeux eux-mêmes, mais cela arrive. Maintenant elle fait des très belles choses avec un cavalier suisse (Ndlr : Walter GABATHULER). Je pense qu’avec plus de temps j’aurais pu faire une meilleure performance. En fait nous avons besoin d’un an pour préparer correctement le cheval et former un vrai couple. Je n’ai pas eu beaucoup de temps, ce qui a en fait été un problème pour l’équipe entière. Nous avons dû faire beaucoup de changements au niveau des chevaux et au final ça ne s’est pas très bien passé. »

Vous êtes basé en Belgique et travaillez avec Pedro VENISS, comment cela se passe-t-il ?

« Oui je suis basé en Belgique et nous sommes dans les mêmes écuries Pedro et moi. C’est vraiment très bien, nous nous entraînons ensemble et nous avons tout. En effet il a ses chevaux et j’ai les miens, mais nous faisons un peu tout ensemble, c’est vraiment bien. Je suis directement venu du Brésil en Belgique parce que Rodrigo PESSOA était là pour s’entraîner. C’est le centre de l’Europe et c’est également plus facile de partir en concours de là. »

Vous avez amené de bons jeunes chevaux ici à Dinard, pouvez-vous en dire un mot ?

« J’en ai de très bons, Kaiser Van Het Lambroeck par exemple est l’un de mes meilleurs chevaux. C’est un sept ans par Nabab de Rêve et For Pleasure. Il a le potentiel d’être un très très bon cheval donc je vais me concentrer sur lui et on verra ce que cela donne. »

Vous travaillez donc des jeunes chevaux que vous emmenez ensuite au haut niveau ?

« Oui c’est en fait ce que je suis en train de faire. Quand j’étais encore en Ukraine je commençais déjà à préparer des jeunes chevaux, et j’aime faire ça. Je commence à les monter et comme je travaille avec beaucoup d’éleveurs en Belgique ils me donnent des chevaux quand ils ont six ans et je les travaille jusqu’au haut niveau. Le cheval que j’ai monté dans le Grand Prix de Dinard par exemple, Ulahop Boy, j’ai commencé à le monter quand il avait six ans. C’est une bonne source de motivation.

J’aime monter au haut niveau et travailler les jeunes chevaux. Par contre, je n’aime pas quand ils sont trop jeunes et par conséquent je ne pense pas qu’il soit nécessaire de venir dans mes écuries avec des chevaux d’un certain âge. Je pense que les années des six ou sept ans sont les bons moments pour commencer à les travailler et les diriger vers du bon sport. Ils doivent par-dessus tout être de bonne qualité surtout au niveau du saut et avoir un bon mental, ce qui est d’ailleurs un point très important. Ensuite il faut juste être patient avec les chevaux parce qu’ils restent des animaux donc il faut prendre du temps. »

Qu’avez-vous recherché dans le Grand Prix Rolex ?

« Ulahop Boy est encore un peu jeune pour ce niveau, mais il y a deux semaines il a sauté le gros Grand Prix du CSIO de Falsterbo. C’était son premier vraiment gros Grand Prix et il a fait une barre mais très bien sauté. Ici à Dinard il a très bien sauté vendredi. Dimanche l’épreuve était très difficile, il sort à quatre points, classé huitième.

Comme je l’ai dit, j’ai commencé à le monter quand il avait six ans et c’était déjà un grand cheval à l’époque. Beaucoup de qualités, mais assez difficile à travailler. Ça a pris du temps, mais il a toujours fait tout ce qu’il pouvait, il fait de son mieux et essaie de faire attention ce qui fait de lui un bon cheval. De manière générale, c’est ça qui fait d’un cheval un bon cheval, quand il essaie de faire de son mieux avec son cavalier. »

Que pensez-vous du concours de Dinard ?

« C’est un très beau concours. Je ne peux pas aller au Global Champions Tour parce que je n’ai pas les sponsors nécessaires, et après m’être cassé une jambe j’étais très bas dans le classement mondial, donc je ne suis plus au meilleur du haut niveau. Mais un concours comme Dinard est un concours traditionnel et j’aime ça, le public est formidable.

Le terrain complique un petit peu les choses parce qu’il y a beaucoup de dénivelé sur cette piste en herbe par rapport à ce qu’on peut voir habituellement. Mais c’est ce qui rend le concours spécial et mon cheval a été bon de ce côté-là.

C’est une très bonne chose d’avoir des épreuves jeunes chevaux, ça nous permet de monter au haut niveau et de former les jeunes sur un même concours. C’est vraiment le mieux pour un concours, c’est ce que les cavaliers recherchent. Je n’ai rien contre le Global Champions Tour parce que ce sont de très belles compétitions, mais je pense qu’ils devraient ouvrir des épreuves jeunes chevaux. Nous devons préparer l’avenir et quand vous venez ici à Dinard vous pouvez monter les chevaux dans les grosses épreuves et en même temps travailler les jeunes pour le futur. En plus il y a une très belle piste en sable donc ça nous facilite le travail. »

Quels sont vos projets pour le futur ?

« Je compte faire trois concours en Belgique, Obglabbeek et Zandhoven qui sont des 3*, et également Bruxelles qui est un 5*. Après je ne sais pas, je verrai.

Pour l’instant c’est trop tôt pour mes chevaux pour penser au circuit Coupe du Monde mais comme je l’ai dit c’est une bonne chose que je doive attendre parce que les chevaux ne sont pas prêts pour ça. Je pense que l’année prochaine je serai prêt pour les très gros concours. Pour l’instant je peux continuer à préparer et former mes chevaux comme ils sont encore trop jeunes et je pense donc que l’année prochaine ils seront prêts pour les Grands Prix. Tout sera prêt l’an prochain.

Je ne pense pas trop aux championnats ou aux choses de ce genre, que ce soit Jeux Équestres Mondiaux ou Panaméricains, ce n’est pas mon objectif pour l’instant. Si je suis prêt je tenterai, mais pour l’instant ce n’est pas le moment d’y penser. Je veux me focaliser plus sur ma carrière et produire de bons chevaux et je ferai de beaux concours comme celui-ci. »

Propos recueillis par Marie-Juliette MICHEL.

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