Après trois étapes Coupes du Monde de courues et cinq français ayant obtenu des points pour la finale de Paris-Bercy, Jump’inside a souhaité faire un point avec le sélectionneur de l’équipe de France fraîchement débarqué à Lyon, Philippe GUERDAT.

©Scoopdyga.com / Pierre Costabadie

Comment analysez-vous ce début de circuit Coupe du monde après les trois premières étapes ?

« Après trois étapes seulement, il est difficile de donner un bilan et d’annoncer ce qu’il va se passer. Nous avions dit que nous ferions cela après Equita’Lyon, donc nous allons attendre que le week-end passe. Kévin STAUT n’est pas loin de la qualification pour la finale, Aldrick CHERONNET, Simon DELESTRE et Pénélope LEPREVOST ont également engrangé quelques points (respectivement onze, onze et dix points, ndlr). C’est plutôt encourageant pour la suite mais il reste encore beaucoup d’étapes à courir, il est encore trop tôt pour parler d’objectifs de qualification. »

Nous avons remarqué que l’année dernière, les barrages des GP du circuit étaient très longs. Cette année il y a eu sept, neuf et onze barragistes sur les trois premières étapes, est-ce qu’il y a une explication rationnelle à cela ?

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« C’est un mélange de tout. Les saisons sont de plus en plus longues, certains chevaux sont fatigués, ce n’était pas non plus les mêmes constructeurs que l’an passé hormis à Vérone (où officiait le local Uliano VEZZANI, ndlr). Et pourtant en Italie, c’était le chef de piste le plus renommé qui construisait les pistes, le parcours était plus gros et pourtant c’est là qu’il y a eu le plus de sans-faute. Cela dépend aussi du programme des chevaux et de tellement d’autres facteurs comme du nombre de Coupes du monde qu’ils vont courir… D’autant plus qu’il n’y a pas de place pour tout le monde sur ce circuit ! »

Actuellement cinq français COMPTabiliseNT des points, quelle va être votre stratégie en vue de la finale de Bercy : qualifier un maximum de cavaliers ou vous concentrer sur un nombre plus restreint ?

« C’est un peu spécial. Déjà le système de qualification octroie deux places à Simon et Kévin. Ces deux-là vont donc courir toutes les étapes jusqu’au 1er janvier à Mechelen. Il faudra aussi regarder à la fin de ce mois-ci si Simon parvient à rester dans le top ten. Sinon il perdra sa place au 1er janvier. Cela deviendra alors compliqué d’envoyer des cavaliers à Leipzig ou ailleurs… Nous n’aurons plus que trois places pour le circuit Coupe du Monde. C’est pour cela qu’il faut essayer de qualifier un maximum de cavaliers le plus rapidement possible. »

Aldrick CHERONNET a réalisé une belle performance à Helsinki en se classant sixième du GP avec Tanael des Bonnes. Est-ce la belle surprise de ce début de saison indoor pour vous ?

« Pas vraiment, son cheval semble meilleur à l’intérieur que sur herbe. Il a déjà fait de bons résultats l’an passé et il va enchaîner ici. Je ferai un point après Lyon pour décider de qui ira à Madrid puis à la Corogne, la sélection pour Stuttgart est déjà bouclée. D’ailleurs nous avons de la chance, La Corogne tombe en même temps que Genève où veulent se rendre les meilleurs cavaliers. Je donnerai donc leur chance à d’autres couples ce week-end là. »

Comment expliquez-vous que Kevin STAUT tienne tous les ans la tête du classement général ?

« Il faut dire qu’il court toutes les étapes. C’est un cavalier rapide, même quand il fait une faute il parvient tout de même à se classer parmi les premiers et à obtenir quelques points. Mais je l’ai déjà dit à maintes reprises, cela ne sert à rien d’être en tête du classement général provisoire. Il vaut mieux préparer les chevaux et les ménager pour la finale. Mais cela reste un fait : quand on court beaucoup d’épreuves, on a beaucoup plus de chance d’obtenir des points. »

©Scoopdyga.com / Pierre Costabadie

En parlant de ménager les chevaux, est-ce qu’il serait possible pour un même cheval de courir la finale de la Coupe du monde et les Jeux Equestres Mondiaux 2018 ?

« Nous avons déjà eu ce problème en 2014, lorsque la finale de la Coupe du Monde se courrait à Lyon et que nous avions également les JEM à Caen, pourtant j’aime beaucoup l’équipe organisatrice de Lyon, qui sera d’ailleurs la même à Bercy. Pour répondre à la question, cela dépendra des chevaux. Je ne suis pas très favorable à cette idée. Si cela se produit, il faudra que le cheval ait un break après la finale indoor, ce sont donc des choix à anticiper. On ne peut pas courir la finale, le championnat et tout ce qu’il y a au milieu, même si je conçois que c’est compliqué pour les cavaliers qui n’ont qu’un cheval de très haut-niveau. Toutefois certains chevaux comme Tanael ou Quenelle du Py, la jument d’Olivier ROBERT, ne sont pas destinés à sauter des championnats. En revanche, Eros ne courra pas la finale Coupe du Monde, c’est un cheval d’équipe. Il a montré cette année qu’il était capable d’être un cheval de championnats. Il sera probablement mis dans un groupe restreint de chevaux qui rentreront en compte pour les JEM. Ces chevaux là, nous ne les ferons pas courir de trop cet hiver. »

Le groupe JO/JEM risque-t-il de s’élargir cette année ?

« Automatiquement oui, cette année nous nous sommes basés sur les quatre chevaux champions olympiques parce que nous n’avions pas de points de repères. L’année prochaine de nouveaux chevaux vont entrer dans le groupe, certains ne sont pas ici à Lyon comme celui de Nicolas DELMOTTE. Nous avons préféré faire l’impasse sur la saison indoor parce qu’il n’a que neuf ans. C’est aussi quelque chose de difficile pour moi à gérer. Parce que par exemple il y a des gens qui veulent faire le Global Champions Tour. Si le circuit du Global prime sur l’équipe de France, il faut faire des choix comme cela a été fait cette année pour un ou deux cavaliers qui n’ont pas couru les championnats. On ne peut pas être sur tous les fronts avec son meilleur cheval. »

©Scoopdyga.com / Pierre Costabadie

La finale se courra donc à Bercy, c’est un endroit que vous connaissez bien ?

« Oui j’ai couru là-bas plusieurs fois ! Je me souviens que la piste de détente n’était pas immense mais c’était un super concours où l’ambiance était très bonne. »

Parlons un peu de ce week-end, quelques jeunes cavaliers sont engagés à l’image de Robin MUHR, courront-ils le Grand Prix dominical ?

« Certains le peuvent oui. Robin est un cas un petit peu spécial puisqu’il va perdre son cheval dimanche (à lire ici). C’est dommage pour lui, du coup ce sera en quelque sorte un cadeau d’adieu. »

Vous étiez à Saint-Lô le week-end dernier, était-ce un repérage pour le futur ?

« La semaine dernière il y avait deux CSI 3* en France, Montpellier et Saint-Lô. Thierry POMMEL, mon assistant, est allé dans le Sud. Saint-Lô est un concours de tradition, qui a regroupé un très beau plateau. Il était donc logique que nous soyons présents. En plus, je connaissais par cœur les cavaliers présents à Vérone pour le CSI 5*, il peuvent se passer de moi le temps d’un week-end. J’avais aussi quelques décisions à prendre par rapport à Lyon : qui j’allais sélectionner, qui va être pré-qualifié pour le Grand Prix, etc. »

Propos recueillis par Théo CAVIEZEL.

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