S’il y a bien un week-end qu’il n’oubliera pas, c’est celui-là ! Nicolas DELMOTTE s’est particulièrement illustré lors du CSI 5* de Dinard qui prenait date du 27 au 30 juillet, en s’imposant dans son premier Grand Prix 5*. Cette victoire n’est pas le fruit du hasard, mais bien la récompense d’un travail de long terme et d’une remise en question quotidienne. Le cavalier qui rêve de participer à de nouvelles grandes échéances grâce au potentiel d’Ilex VP, son cheval de tête, est revenu pour Jump’inside sur cette victoire et sur sa vie de cavalier professionnel.

Tout d’abord félicitations pour cette magnifique victoire ! Quelles sont vos premières impressions ?

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« Cette victoire sonne comme une concrétisation. Ce fut un Grand Prix délicat, mais qui ne mettait pas à l’effort les chevaux. C’est vraiment magnifique de courir sur une grande piste en herbe comme celle du Val Porée et devant un public de connaisseurs. Je suis vraiment très content de mon cheval qui a sauté de manière formidable. Pour la petite histoire, Karim EL ZOGHBY remportait le Grand Prix en 2014 avec Amelia en me devançant. Cette année il se classe deuxième avec sa jument ! Gaëtan DECROIX, qui termine à la troisième place avec Quel Homme de Hus, monte depuis de nombreuses années Emma VP, la mère d’Ilex.

Pour en revenir un peu plus sur lui justement, Ilex ne cesse de progresser et participait ici à son premier CSI 5*. Je le monte depuis qu’il a six ans donc c’est moi qui l’ai formé. Il est dans un très bon état de forme et confirme après s’être classé deux fois deuxième dans les Grands Prix 3* de Knokke les deux derniers week-ends. C’est un cheval qui possède beaucoup de force et de moyens. Je savais qu’il était bon et c’est en allant de concours en concours qu’il a passé le cap du haut niveau. Il a vraiment beaucoup de qualités et très peu de défauts. Ilex, qui a aujourd’hui neuf ans, donne tout pour son cavalier grâce à sa générosité et sa régularité. »

Nicolas DELMOTTE et Ilex VP, heureux victorieux du Grand Prix Rolex !

Cela fait de nombreuses années que vous concourez à Dinard, quelles sont vos impressions sur ce Jumping ?

« Je trouve que c’est un super concours où aucun élément n’est laissé au hasard. Que ce soit dès l’arrivée des camions ou encore l’installation des chevaux dans les écuries, nous sommes vraiment très bien reçus. Ensuite, le cadre est magnifique, la qualité de sol est vraiment bonne et le chef de piste, Jean Francois MORANDréalise un travail formidable. C’est rare maintenant de concourir sur des pistes en herbe et je trouve cela plus prestigieux que les concours sur sable. Il s’agit pour moi de l’un des plus beaux concours d’Europe. Le fait de remporter des épreuves comme le Grand Prix avec Ilex ou encore la grosse épreuve du samedi (1.50m à barrage, ndlr.) avec Darmani, cela représente pour moi de bien belles victoires, encore plus belles que si je les avais remportées ailleurs. »

Justement parlez-nous des autres chevaux que vous avez amenés au Jumping de Dinard !

« Darmani Van’t Heike, mon plus vieux complice a donc fait le déplacement avec Ilex. C’est  un cheval qui a maintenant quatorze ans et je l’ai fait acheter lorsqu’il avait sept ans. Cela fait donc sept ans que nous évoluons ensemble, on se connaît vraiment par cœur. C’est vraiment un copain pour moi, nous sommes très complices. D’ailleurs il se sent davantage à l’aise sur les terrains en herbe que sur le sable. Etant donné qu’il possède un petit gabarit, lorsqu’il rentre sur une piste en herbe il se grandit et c’est plus confortable pour lui. C’est un cheval qui se donne toujours à 200 %, il est extrêmement compétitif et c’est rare qu’il touche une barre. Je l’utilise pour les Grands Prix 2 et 3* ainsi que sur les épreuves intermédiaires dans les gros concours comme celui de Dinard. Les Grands Prix 4 et 5* sont un peu difficile pour lui. Quand je l’ai découvert je l’ai vraiment adoré, je ne savais pas jusqu’où il pourrait aller mais j’ai su détecter son intelligence dès son plus jeune âge. J’ai également deux montures dans les épreuves jeunes chevaux, Appy Days Une Prince et Alanine de Vains qui sont très prometteuses. »

Et le reste de votre piquet ?

« J’ai deux autres chevaux qui sont compétitifs sur les épreuves à 1.45m, Urvoso du Roch et Victorio de la Bride, mais qui sont encore jeunes et ils continuent donc à prendre de l’expérience. J’ai pas mal d’autres jeunes chevaux qui sont en formation et que je prépare pour l’avenir. »

Avez-vous des nouvelles de Number One d’Iso*Un Prince, votre ancien cheval de tête ?

« Je monte toujours des chevaux pour le Haras des Princes donc oui j’ai des nouvelles de Number One. Il va très bien et il est en pleine forme. En ce moment il est dans sa période de reproduction et coule une retraite sportive heureuse. » 

Avez-vous eu la chance de monter un de ses produits ?

« Oui, je monte Vérité Une Prince qui est une très bonne fille de Number One de huit ans. Mon cavalier monte également une jument de cinq ans qui est très prometteuse. Comme a su le faire son père Baloubet du RouetNumber One leur transmet de la personnalité et du sang donc ce sont des chevaux assez chauds en général.« 

Vous n’êtes pas issu du monde de l’équitation, comment êtes-vous parvenu à vous hisser au plus haut niveau ?

« J’ai commencé à monter chez Bruno BROUCQSAULT, dans son centre équestre. J’ai passé mes examens chez lui. A seize ans j’ai décidé d’arrêter l’école car je savais que je voulais travailler dans le monde du CSO. J’ai donc commencé à travailler chez Bruno avant de m’installer à mon compte lorsque j’ai eu vingt-et-un ans. Je me suis dirigé dans le nord, à Douai plus exactement. Je loue une partie des locaux de Gênes Diffusion qui est une structure spécialisée dans le domaine de la reproduction bovine. Leur principale activité est le transfert embryonnaire. Etant donné qu’ils étaient performants dans ce domaine là, ils se sont développés en pratiquant cette technique chez les chevaux il y a maintenant une trentaine d’années. D’ailleurs, c’étaient les premiers à réaliser cette pratique chez les équidés. Maintenant cela fait près de treize ans que je suis basé chez eux. Je porte également les couleurs de Gênes Diffusion, car c’est l’un de mes partenaires et cela me permet d’apporter une certaine visibilité de cette structure sur les concours et promouvoir leur travail. »

Avez-vous déjà monté des chevaux conçus chez Gênes Diffusion ?

« Oui, j’ai pas mal de propriétaires qui font confiance à Gênes Diffusion en mettant leurs juments à la reproduction chez eux. De ce fait j’ai déjà monté des produits qui ont été conçus par mon partenaire et à quelques pas de mes boxes ! »

Vous avez monté plusieurs chevaux des Haras Nationaux, comment se passait le partenariat avec une entité publique ?

« Ce sont les Haras Nationaux qui m’ont contacté eux-mêmes. Nous avons des contrats comme avec un propriétaire privé. Nous déterminons ensemble les modalités telles que l’affectation des gains, les échéances, etc, de la même manière qu’avec un propriétaire lambda. Boléro de Brecey*HN fut mon premier cheval appartenant aux Haras Nationaux que j’ai récupéré et avec qui j’ai été champion d’Europe par équipes Jeunes Cavaliers en 1997 et vice champion en individuel en 1997 et 1999. C’est un cheval auquel je me suis vraiment attaché donc j’avais demandé à le récupérer une fois sa carrière de reproducteur terminée. Il profite actuellement de sa retraite dans mes écuries et c’est un bonheur personnel. Comme le partenariat s’était bien passé avec Boléro, les Haras Nationaux m’ont proposé Luccianno*HN alors âgé de quatre ans. C’est comme cela que l’aventure s’est poursuivie avec cette institution qui n’existe plus actuellement mais qui est remplacée par l’IFCE. »

Quels sont vos prochains objectifs à court et long terme ?

« J’aimerais participer à d’autres concours 5* avant la fin de la saison. Il faut que je prenne contact avec le sélectionneur national Philippe GUERDAT pour qu’il m’oriente et que nous puissions déterminer ensemble la suite de mon programme. Cette année j’avais commencé la saison sur des 2 et 3* et le but était de commencer l’an prochain sur des concours 4 et voire des 5* si j’avais la possibilité d’évoluer sur ces concours-là. Après si tout va bien,  pourquoi pas à plus long terme courir un championnat avec Ilex. »

Pourquoi étiez-vous absent lors des Championnats de France Pro Elite cette année ?

« Ilex avait déjà participé à des concours avant le championnat et ce n’était pas prévu dans son planning. Ce n’était pas non plus l’objectif des propriétaires. Nous avons pu ainsi enchaîner sur d’autres compétitions que je n’aurais pas faites si nous avions pris part aux championnats. » 

Si vous deviez citer un de vos meilleurs souvenirs, lequel serait-il ?

« J’ai beaucoup de très bons souvenirs mais celui qui m’a le plus marqué jusqu’à présent, c’est lorsque que j’ai été sacré champion de France avec ma jument Discrète IV qui appartenait à mes grands-parents. Agriculteurs de profession, ils n’étaient absolument pas dans le milieu des chevaux et n’avaient donc pas un œil de connaisseurs. Mais un jour ils voulaient m’acheter un cheval et ils ont trouvé cette jument lorsqu’elle avait quatre ans. Il s’est avéré qu’il s’agissait d’une crack, donc c’est vraiment une histoire extraordinaire qui me touche beaucoup ! « 

Qui est votre modèle ?

« Je m’inspire de plusieurs cavaliers mais celui que j’admire le plus c’est Eric NAVET. Pour moi c’est vraiment un cavalier exceptionnel. »

Quel est votre plus grand rêve ?

« Comme tous les cavaliers, j’aimerais vraiment un jour obtenir une médaille dans un gros championnat. »

Propos recueillis par Raphaël GARBOUJ.

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